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Demi-tonne pour une gloutonne

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Dim 31 Mar - 0:47
À relire


Jusqu’à ce jour j’avais toujours aimé sa manière de me prendre en main. Mais ce jour-là c’était différent. Ses mains ne me tenaient pas fermement le levier de vitesse et le volant,  non,  les mains d’Atlantik étaient toutes douces et frêles. Ma chère conductrice m'utilisais lentement,  en première,  à travers les ruelles de Padokia. Il y avait beaucoup de monde et certains râlaient de devoir se pousser pour nous laisser passer. Personnellement,  n’étant pas humain et donc non soumis à leur justice,  j'aurai bien été tenté de faire une partie de bowling avec leurs corps droits et si provoquants.

Sans être gêné par notre présence,  un passant profita de notre lenteur d’escargot pour me lever le sourcil,  ou l’essuie glace, afin d'y glisser un papier. Non mais ! Ça m'avais mit dans une fureur ! Pour quoi il me prenais,  une vulgaire table ? Je prépara une mélodie efficace que j’utilisa dès qu’il eut le dos retourné : rupteur et klaxon chantèrent en cœur et l'homme fit un joli bond de surprise.

Le satané papier pollueur de mon charme était tourné vers l’intérieur de l’habitacle,  Atlantik pencha la tête pour en prendre connaissance. Dans les grandes lignes ça disait « Justice sera faite mercredi 12 Vanjier,  à 10 heures sur la place centrale de Padokia.  Zultan le croupier-assassin assumera enfin ses actes avares et criminels. ».  Cela expliquait la présente masse humaine avec leurs cervelles qui avait la curiosité aux commandes.  La ruelle débouchait sur la place et nous ne pouvions plus avancer à moins d’être un serpent.

Tout à coup,  un évènement fit que je crûs faire une crise cardiaque.  Mon moteur faillit imploser lorsqu’un foutu garnement me prit comme un escalier.  Sans gêne aucune ni respect pour la formidable monture mécanique que je suis,  devinez quoi… Il monta sur mon capot ! Et comme ai ça suffisait pas il continua son ascension pour se mettre debout sur mon toit ! Ces humains me rendrons fous,  c’est certain.

Atlantik,  ne fut pas insensible au fait que cet attroupement réagissait comme des particules métalliques avec un aimant. Elle n’eût pas le choix,  puisque ces mouches à merde m'entouraient sans possibilité de bouger,  Atlantik décida de sortir.  Elle me ferma et en profita pour faire gentiment déguerpir l'énergumène qui risquait de m’abîmer le toit.  Trop gentille ma conductrice,  car pour un tel affront  à sa place je l’aurais carrément poussé ! De plus sa chute aurait été amortie par la marée humaine,   alors franchement parfois j’aimerai être un des leur pour leur montrer que je me laisse pas faire. Et que je reprenne personne à me prendre pour un escabeau,  sinon bien que je sois limité par la parole,  je demanderai à ma carrossière de souder un tapis de clous sur tout mon corps !

Atlantik suit donc le mouvement et ses coups de coudes et excuses répétées lui permettent de de frayer un chemin.  Je finis par la perdre de vue et je suppose que sa détermination finit par lui offrir une place de choix en face du centre d'attention.  Mais si tu savais ma belle,  toi tu aurais pu monter sur moi,  ça aurait même été un plaisir.

Je parviens désormais à voir ce qui procure à tant de gens l'envie d’être ici,  c’est effectivement un dénommé Zultan,  homme que je jugerais d’une trentaine d’années,  plutôt propre sur lui et habillé d’un smoking sobre,  classe,  et sûrement coûtant les yeux de la tête.  Le croupier est sur une petite estrade faite de sombres planches de récupération ce qui permet de le surélever par rapport à la foule ambiante.  Drôle de choix,  me dis-je,  car d’un côté avoir fait cela met sa personne en avant et laisse un sentiment de supériorité sur ceux qui sont en contrebas.

A côté de lui se trouvent deux hommes et semblent jouer un rôle décisif sur la future situation du condamné.  Je n'attarde pas min regard sur leur physique,  c’est plutôt ce qu’ils mijotent  qui attire ma curiosité.  L'un est accroupi devant un tonneau opaque qui m’empêche de distinguer son contenu.  À côté de lui se trouve un sceau métallique.  L’autre est debout devant le tonneau,  penché la tête en arrière comme s’il ne voulait pas en respirer les vapeurs qui en émanent.  A ses pieds se trouve un chalumeau éteins et vu la fumée qui s’échappe du gros récipient je suppose que j’arrive après qu’il ait réchauffé,  voire fondu,  ce qu’il y a à l’intérieur.

Je commence à me perdre dans mes pensées pendant que j’entend des gens râler derrière moi et  intimer à quelqu’un de se relever.  En fait j’ai du mal à trouver un aspect positif à toute cette mascarade.  J'irai pas jusqu’à dire que je suis une personne humaniste,  non j’ai quand même pas ce sentiment poussé  à l’extrême au point de faire de moi une révolutionnaire. J’ai juste en moi ce que tout le monde devrait avoir, à savoir un cœur et par conséquent un minimum d’empathie,  de respect et d’amour pour autrui.  J’ignore vraiment les méfaits de Zultan,  mais de là à faire toute cette mise en scène pour le punir je trouve ca exagéré.  Cet homme a forcément fait de belles choses et des bonnes actions dans sa vie mais là,  aujourd’hui,  je lis dans certains regards que certains se plaisent à se focaliser sur le négatif qui va être puni d’un instant à l’autre.

Quelque chose bouscule mon voisin de derrière et quelques secondes après un truc me gêne les jambes.  Je pense d'abord à un animal,  tel un chien,  mais baissant le regard je constate que c’est un homme tout de noir vêtu et en plus de ça cagoulé.  Je vois vite dans son attitude qu’il n’est pas là comme certains.  Je pense aux nombreux vieux qui sont présent et qui s'amusent à profiter de la situation dans ses moindres détails pour en faire une passionnante anecdote à raconter à leur entourage.  Qu’on se le dise,  quel serait l'autre intérêt de leur présence,  eux qui n’ont rien à faire de leurs journées.  

De sa main gantée l’homme essaie de m’écarter les jambes pour se frayer un chemin.  Mais non,  je ne bouge pas,  je ne suis pas un vulgaire pantin que l’on manipule à sa guise alors je continue mon attitude,  à savoir rester aussi fixe qu’un épouvantail.  Je baisse alors la tête au moment même où cet étrange homme la lève en me demandant de m’écarter.  En voyant son visage je suis surprise et en moi se consolide ma certitude que lui n’est pas là par plaisir ou curiosité.  Il pleure.  Je me met à genoux et tente d’entamer une discrète discussion pour en savoir plus sur ses motivations.

- Que fais-tu ? Et pourquoi être habillé dans un tel accoutrement ?
- Chuut.  Tu m’as l’air différente des autres alors je vais te répondre.  Mais nous aurons tout le temps de discuter après.  L’heure presse,  je dois saboter tout ce bordel alors si le cœur t’en dis viens m’aider.

Forcément que j’étais d'accord,  bien que m'allier avec un inconnu ne m'enchante guère. Mais ses l'addition de ses larmes avec son souhait de détraquer la situation font un résultat suffisamment convainquant pour que j'intègre son plan même sans en avoir connaissance. Je pense qu’il est digne de confiance.

- Oui,  mais t’aider dans quoi ?

Il plonge sa main dans une bourse accrochée  à sa ceinture et sa main me tend une vingtaine de pilules jaunes.
- Tiens,  essaie de les disperser dans la foule,  moi j’en laisse derrière moi comme le Petit Poucet.
- D’accord,  c’est à ma portée,  mais que contiennent-elles ?
- Tu vas vite comprendre quand les gens marcheront dessus,  en attendant je te conseille de te boucher le nez.
- Ça marche.

Je prend ces gélules remplies d’un truc volatile que je suppose nauséabond et commence à m'exécuter.  Je lance dans tout les points cardinaux et pousse les gens pour avancer afin d’étendre au maximum le champ d’action et d’efficacité de cet étrange objet.

 À ce moment là, le niveau sonore augmente,  la quasi-totalité des gens murmuraient ou restaient silencieux mais les paroles fusent : ils réagissent.  Mais réagissent à Zultan,  pas à moi et mon inconnu camarade.  Je cherche à comprendre la raison de tout le raffut naissant en dirigeant mon regard vers l’estrade et un pincement au cœur me prend.  Je suis pas stupide,  je comprend quelle est l’origine de la substance liquide et noire que les deux hommes versent avec le sceau sur Zultan.  Oui,  c’est bel et bien du goudron.  Je crois que là la connerie humaine atteint son apogée.  

Soudain,  alors que l’accusé est devenu entièrement goudronné,  deux nouveau hommes montent auprès d’eux.  Il portent un tonneau de verre et je vois des trucs blancs dedans.  Je suis trop éloignée pour savoir précisément ce que c’est,  mais sans doute aucun ils vont utiliser ça sur le croupier.  La réponse vient quelques secondes plus tard,  et un micro sans fil sorti de la poche d’un de ces êtres sans cœur vient annoncer,  non sans joie dissimulée dans la voix,  ce qu’il se passe.

- Toi ! Oui toi ! Je ne prononcerai même pas ton nom ! Mais comprends bien une chose.  Tu as passé ta vie à plumer les gens,  les escroquer et j’en passe des meilleures et des pires.  Aujourd’hui,  sois satisfait,  tu vas pouvoir accomplir un des grands rêves  des Hommes,  oui,  aujourd’hui tu vas pouvoir voler et sais-tu pourquoi ?

C’est avec un suspense vraiment naze que cet homme puant la fortune et l'inhumanité choisit d'interrompre son discours,  qui faisait briller et captiver trop de regard,  pour faire ce pour quoi il est venu.  A savoir,  aidé par son compagnon de même acabit,  vider les truc blancs sur Zultan.
- Car aujourd’hui…  C’est toi le pigeon !

Non mais je rêve,  il ont versé des plumes sur ce pauvre homme.  Elles se sont figées dans le goudron et il vient de passer du côté obscur à la lumière.  Je compatis et m'imagine,  pensant que je dois être l’une des seules,  à voir cet homme maintenant comme un ange.  La foule s'extasie,  saute,  acclame,  crie,  applaudit et bouge sous leur vive émotion.  Notre plan commence à entrer en action,  les mystérieuses jaunes sont écrasées et une odeur écoeurante se répand telle une marée olfactive.  J’ai pas de connaissances poussées en chimie mais les odeurs évidentes je sais les reconnaître et là,  une seconde m'a largement suffit pour me décider à suivre le conseil de mon camarade.  C’est du soufre ! J'ignore si le concentré de soufre existe mais si tel est le cas,  je dirai que c’est plutôt ça ! C’est à vous retour…  

Mon deuxième voisin sur la droite vient effectivement d’avoir les tripes retournées par l’odeur et c’est bien fait pour lui ! Il gerbe jusqu’à n’en plus pouvoir sur son voisin de devant qui,  à son tour,  riposte à cette immonde offense de la même façon.

- Tihihihik !

J’en rigole,  souvent les gens s'échangent des cordialitées,  mais là c’est littéralement un échange de contenu d’estomac qui se met en place ! Sous la tournure des événements la foutue foule commence à se disperser,  je m’en réjouis.

Maintenant il me faut retrouver cet étrange homme avec son brillant cerveau qui lui a trouvé cette idée.  Mais avant cela je jette un dernier coup d’œil vers Zultan pour savoir ce qu’il va advenir par la suite. A ma grande surprise leur délire continue,  voilà que le condamné se retrouve assis sur un rail métallique et rouillé.  Deux des personnes impliqués dans son déguisement portent l’épaisse barre de fer en créant cortège d’une dizaine de personne,  qui prennent une direction qui m’est inconnue.  Tant pis pour mon camarade farceur,  je retarde nos retrouvailles et retourne vers ma Tayato.  Je vais suivre ce groupe de marcheurs qui,  si j’essaie de deviner leur destination grâce à l’environnement,  peut probablement se diriger vers Kukuru Mountain. Une chose est sûre,  je n’acheterai pas la Gazette de Padokia pendant une bonne semaine, je n’ai nulle envie que le journal me rabâche cette vulgaire attraction. La vivre directement est suffisamment déplaisant.

Je retrouve avec plaisir ma voiture et en m'installant confortablement dedans je soupire un bon coup avant démarrer ma fausse filature.

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Atlantik Halcyon
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