Le quotidien d'un mafieux

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Le quotidien d'un mafieux

Message  Egad Moon le Mar 8 Mai - 12:46

Debout sur mes chaussures en cuir noir ciré, les mains précautionneusement rangées le long de mon corps, mon regard désintéressé dénotant d’un ennui presque immortel, observait le nouveau chef du département dans lequel j’étais. Pour schématiser le plus clairement possible l’actuelle situation, il est important de savoir que les dix dons qui régissent le monde mafieux, ont une bien trop grande influence et des territoires bien trop vastes sur le continent de Yorubian. Incapable de tout observer eux-mêmes, ils délèguent, en fonction des mafias des représentants de leur réseau dans chaque état, dans chaque ville ou bidonville. Je me risquerais donc, à les globaliser sous le titre de « chef de département ».

Celui donc qui était chargé de York Shin City, était l’une des personnes que je voyais le plus dans mes journées, sans jamais que ça ne soit l’inverse, du moins, jusqu’à ce jour. Toujours à vouloir diriger un ci, ou un ça, à avoir la main mise sur telle ou telle zone, il avait l’habitude d’appeler les plus anciens et les plus expérimentés pour leur confier des missions particulières. Pour la première fois depuis son arrivé, le chef m’avait donc convoqué. L’inquiétude qui se lisait derrière ses lunettes fumées plus petites que ses yeux, me transmettait son manque de confiance à mon égard. Mais le sentiment était réciproque bien que, en tant que supérieur hiérarchique, je me devais d’être dévoué et obéissant.

Le cigare coincé au coin de ses lèvres, il semblait confortablement assis dans sa chaise en cuir. L’odeur harassante du cigare parfumait la pièce dans son entièreté, et l’homme aux dix bagues – deux par doigts – m’observa de long en large avant de commencer à énoncer ses premières paroles :

Supérieur : Egad, c’est ça ?

- Oui monsieur.

Supérieur : T’es un nouveau ? Ta tête ne me dit trop rien…

- Non monsieur, je suis là depuis un peu plus de trois ans. Répliquais-je platement, sans toutefois montrer une quelconque forme de mécontentement.

Supérieur : Ah bon ? Donc t’as connu la guerre interne alors…

- Oui monsieur, mais j’ai reçu pour ordre de ne plus en parler monsieur.

Supérieur : C’est excellent garçon… C’est moi qui ai donné cet ordre. Tu sembles pas mal à cheval sur les règles, j’aime bien ça. Bon, tu vas te rendre utile pour moi aujourd’hui. Ajouta-t-il avant de tirer de son tiroir une pile de papiers qu’il déposa par la suite sur son bureau mal rangé.

Placé en face de lui les yeux mi-clos, je l’observais prendre les documents, les étaler sur la table. Il les lisait brièvement, captant les informations les plus importantes, avant de fermer le tout et prendre la parole :

Supérieur : Suite à un désordre urbain qu’il y a eu lieu il y a une semaine, les gens ont vidé leurs munitions et perdu leurs armes. Or pour notre QG, il nous faut obligatoirement être toujours armé. La réserve à l’armurerie est vide, et c’est un problème. Il faudrait donc aller voir le frère Argo’h pour qu’il nous ravitaille en armes, en quantité habituelles aux montants habituels.

Il réfléchit un moment encore, avant d’ajouter

Puis, il faudra aller voir l’agent Finch. Un groupe d’esclaves a été vendu aux enchères récemment. J’aimerais savoir ce que la police possède comme informations sur cela. Précise bien que s’il ne fait pas ce qui est convenu, il dira adieu à sa chère mère.

- Oui monsieur répondis-je le plus froidement possible.

Supérieur : AH… j’oubliais le sale petit informaticien à deux balles. Va également le voir et demande lui de nous générer trois cent millions pour la semaine prochaine. Je l’ai déjà appelé, mais il faut une visite à domicile pour lui rappeler qu’on ne rigole pas avec la mafia. Je… Je crois que c’est tout. Après tu me donnes un rapport rapide et consistant, d’accord ?

- Je le ferais monsieur.

Sur ces mots, je fis volte-face, sortant du bureau du supérieur, évitant son regard par tous les moyens. La porte fermée derrière moi, je plongeai à nouveau mes mains dans les poches, m’avançant nonchalamment vers la sortie de la vaste pièce. Ah, j’avais oublié de le préciser, mais j’étais au siège même de la mafia à York Shin City, un grand bâtiment hautement sécurisé que le don utilisait comme planque quand il arrivait dans la ville.

Le pied foulant déjà le sol de l’extérieur, je me retournai un moment, pour élever mon regard sur la grande bâtisse recouverte de verres qui s’élevait jusqu’à perte de vue. Si le sol lui dessinait des motifs artistiques, il n’avait rien perdu de sa perfection, malgré le nombre incalculable de chaussures qui passaient sur ce dernier. Mais dans cette métropole vivante du souffle de la technologie et du trafic malsain, je me devais de me remettre au plus vite à mes occupations.

- Bon, c’est encore quoi déjà ? Me demandais-je en retirant le bout de papier de ma pochette pour y lire le premier nom. Ah oui… frère Argo’h


Dernière édition par Egad Moon le Mer 9 Mai - 18:48, édité 1 fois
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Re: Le quotidien d'un mafieux

Message  Jusseb O'Gatilin le Mar 8 Mai - 18:48

- Eeeeeuuuuuh salut m'sieur ! Ça va m'sieur ?

Pour tenir les murs d'un building dont la notoriété était inscrite dans l'imaginaire collectif comme le siège social officieux du syndicat du crime, trois loubards faisaient l'affaire. L'un assis sur le banc qui faisait face à l'entrée principale, les deux autres à jouer les marioles juste à côté de la porte coulissante qui les séparait du faste de la bâtisse. Ils étaient comme des chats à la sortie d'une souricière. Des matous un peu trop taquins et affectueux aux goûts des recrues les plus subalternes de la mafia locale qui ne les croisaient que trop souvent.
Recouvert d'une chemise à manches courtes d'un mauvais goût et d'un lorgnon aux verres ronds et noirs, celui au crâne rasé posa son bras autour des épaules de ce qu'il se représentait comme un bizut à prendre en charge, serrant son étreinte pour mieux le rapprocher de lui et le présenter à ses camarades.

- Dites voir, ce serait pas le caporal ducon que voilà ?

- Euuuuuuuh.... Oui m'sieur. Ça y ressemble bien m'sieur.

Pour donner la réplique, le binôme du binoclard était une sorte de caricature de rappeur plus ou moins rachitique. Sa peau foncée contrastait avec les couleurs criardes d'un bermuda bleu qui lui tombait au milieu du cul et d'un marcel vert taille S dans lequel il flottait. En embuscade, ils attendaient Egad à la sortie afin de le chahuter un peu. La camaraderie dans le monde des truands était à la fois houleuse et relative. Parmi les gagne-petit de la mafia, le sieur Moon avait été aimablement affublé du charmant sobriquet de caporal ducon. Ce baptême crapuleux puisait sa source dans la propension excessive qu'avait Egad à toujours donner du "monsieur" à ses supérieurs comme s'il répondait à un supérieur hiérarchique dans l'armée. En somme, on le chambrait parce qu'il était discipliné.

- On a été causer avec le commandant ? T'étais au garde à vous j'espère. Important le garde à vous ! Capital même !

Nouvel éclat de rire gras entre les deux compères. Certains savaient s'amuser de peu.

- Qu'est-ce qui s'est dit là-haut ? Hein ?!

Ce n'était pas juste par taquinerie que Lucious s'acharnait à tourmenter le brave Egad qui lui, se contentait de fermer sa gueule et d'attendre que ça passe. Le caporal ducon était récemment monté en grade. C'était lui qu'on appelait dans les bureaux maintenant. Il s'était élevé au-dessus du grouillot de connards que ses petits camarades ici présents ne quitteraient sans doute jamais. La jalousie n'était pas qu'une affaire de bonnes femmes aigries et peu sûres d'elles, elle touchait aussi le milieu de la pègre où on aimait se tirer dans les pattes pour un oui ou pour un non. Ce n'était ni "oui" ni "non" qu'Egad souhaitait leur répondre, mais "merde", tout simplement. Ce petit élan d'impertinence ne lui aurait cependant attiré que davantage d'emmerdes. Restait à prendre son mal en patience. Sous peu, s'il se débrouillait dans son avancement, il n'aurait plus jamais à voir leur sale gueule. Et si d'aventure il devait les croiser à nouveau, ce seraient à eux de l'appeler "monsieur".

- Il lui a sûrement servi le même refrain que d'habitude. Ahem « euh... bonjour m'sieur. Que je baisse mon pantalon et que je me penche en avant ? Tout d'suite m'sieur. Oh oui m'sieur, encore m'sieur. Je vous lèche les couilles avec ça m'sieur ? »

Des enfantillages, rien de plus. Il y en avait un revanche qui ne plaisantait pas. Il était prostré sur son banc, les jambes écartées, son buste presque replié sur ses cuisses à regarder la lamentable scène qui se jouait sous ses yeux sans que celle-ci ne lui décoche un sourire. Lui n'était pas venu pour un bizutage.

- Mets-nous au parfum Moon, tu veux.

Son débit était calme et assuré mais une oreille attentive pouvait y déceler un fond de hargne ; un "ça" qui indiquait que ce type avec un piercing étrange à l'oreille droite ne demandait pas : il ordonnait.

- Tu sais ce que c'est O'Ga, la routine, rien de spécial.

Pour répondre sans froisser l'inquisiteur en chef du trio, Egad chercha à noyer le poisson. Sans sourciller, avec sa gueule d'ange, Jusseb ne répliqua pas. "O'Ga" ne savait pas ce que c'était que de causer aux hautes sphères. Lui n'était pas dans le secret des dieux. D'ailleurs, jamais Egad ne l'avait appelé "O'Ga" par le passé. Cette manière de ne pas lui répondre et ce côté à la fois décomplexé et condescendant avait le don de lui taper sur les nerfs. Mais il savait garder ça en dedans. En ce sens, Moon et lui n'étaient pas si différents.

- La routine hein...

- La routine. Comme tu dis.

Tournant légèrement la tête pour mieux plonger son regard dans le vide, Jusseb sirota machinalement quelques gorgées à même sa canette, l'air pensif, limite hagard. Il reporta à nouveau son regard traître et porteur de mauvaises espérances sur le "bizut" de ses deux acolytes.

- Dans ce cas... je te souhaite un bon routinage.

Lucious enleva son bras d'autour du cou d'Egad et mima une parodie de révérence car ne résistant pas à l'idée de se foutre de sa gueule une fois de plus. Natharel lui, se contenta pour sa part de se mettre au garde à vous afin de mieux saluer ce caporal ducon dont il aimait tant se moquer. Sans rancune et sans rancœur, Egad leur fit un signe amical de la main pour les saluer avant de disparaître dans la foule compacte des badauds qui grouillaient le long des trottoirs de York Shin.
Maintenant qu'il s'était éloigné, le binoclard aux frusques estival contourna le banc pour mieux s'y pencher, reposant ses bras croisés sur le sommet du dossier.

- J'ai mis le traceur dans le revers de son col-roulé.

- Et le signal fonctionne. Ajouta le congoïde malingre en brandissant un smart-phone dont l'affichage représentait un plan satellite centré autour d'un poing rouge clignotant.

Relâchant un semblant de rage qu'il avait réprimée durant sa discussion avec son rival, la petite frappe peroxydée broya sa canette de soda dans la main, contenant au mieux une moue acariâtre suscitée par un rien de jalousie à l'égard de ce petit caporal pour lequel il n'avait pas la moindre estime.

- Quelque chose me dit qu'il ne restera pas dans les bonnes grâces de la hiérarchie encore bien longtemps.
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Re: Le quotidien d'un mafieux

Message  Egad Moon le Mer 9 Mai - 18:47

Si un qualificatif pouvait leur être attribuer, agaçant, aurait été parfait. Mais comme les trois-quarts des personnes qui étaient dans cette nouvelle branche partageaient presque cette même philosophie archaïque et inutile, cela n’avait donc rien de bien étonnant. Pour une fois qu’on m’appelait pour me filer une tâche particulière, ces trois énergumènes – dont deux suiveurs et un meneur – venaient une fois de plus me rappeler qu’ils existaient. Comme ci on ne le savait pas suffisamment à la taille incroyablement élevée des embrouilles qu’ils enchaînaient. Ils savaient bien emmerder les gens, avec des magouilles dignes des hauts gradés de la pègre, utilisant des petits et moyens simples pour le faire. Mais bon, j’étais bien heureux d’avoir enfin fini de me frotter à ces gars, prêt à retourner à mon travail.

Plongeant ma main dans ma pochette, je tirai ma fiole de whisky, que j’ouvris avant de l’élever dans les cieux, laissant donc cette liqueur divine s’écouler dans le gosier que j’avais à la place de la gorge. Un petit coup, question de redescendre un peu sur terre, loin de cet épisode particulièrement mauvais que je venais de vivre. C’est alors que l’image du frère Argo’h me revint soudainement à l’esprit, ce qui me fit comprendre que je devais aller régler une affaire avec lui.

Traversant la ville à pieds, empruntant des couloirs peu communs, traversant des zones chargés en agressions, en menace, en vol, et peut être même pire encore, je me rendis compte une fois encore que dans cette ville à l’apparence joyeuse et civilisée, j’étais dans la facette sombre, celle qui était chargée de sang, de corps, de prostitution et de paris sur les vies. Mais sans véritablement trop m’y attarder – sans pourtant manquer d’y jeter dans ces choses un regard prudent et méfiant – je pris le temps qu’il fallut et arriva devant une petite chapelle, plutôt modeste, voyant là un jeune homme dans la trentaine, qui souriait innocemment aux enfants. Vêtu comme un prêtre, il communiquait partout autour de lui joie, patience, modestie et sens du devoir. En parlant même du sens du devoir, le moment où il devait s’y prêter, arrivait à grand pas.

M’approchant avec une démarche nonchalante, vêtu complètement en noir, comme si mes pas annonçaient une fatalité prochaine mais surtout inéluctable, je sortis de la pénombre de la ruelle comme l’ombre de la mort, débouchant ainsi sur la route principale. La route fut par la suite traversée, sans que je ne prête grande attention au peu de voitures – d’ailleurs rares – qui passaient dans le coin. Quand les enfants virent ma tête douteuse, ils furent saisis de peur et allèrent se cacher derrière le gardien de paix, comme si, à ce moment-là, j’étais le plus dangereux des deux. Quelle ironie n’était-ce pas ? Me tenant donc à bonne distance d’eux, je commençai :

- Euh…. Frère… Argo’h c’est ça ? Je peux vous parler seul à seul s’il vous plaît ?

Enfant 1: Il a l’air méchant le monsieur…
Enfant 2 : il pue l’alcool le monsieur…

Frère Argo’h : Allons les enfants… rentrez à la maison. Je dois parler de choses divines avec ce monsieur. Allez, rentrez. Et faites attention quand vous traversez la route, ok ?

Ils acquiescèrent en cœur, se bousculèrent pour faire un dernier câlin plein d’amour à leur prêtre avant de partir en groupe, chacun dans son sens, parfois en duo ou en trio. Une fois suffisamment loin, le sourire innocent habituel du frère Argo’h, ainsi que ses paupières toujours fermées, se changèrent du tout au tout. C’était un autre visage qui se tourna vers moi, me rappelant encore une fois que tout le monde pouvait ne pas être ce qu’il prétendait :

Frère Argo’h : Allons discuter à l’intérieur voulez-vous ?


* *
*


Une fois sur place, Il me fit asseoir. Et pour un souci de confort, j’ôtai mon téléphone, les clés de mon appartement, un bout de papier et les quelques yens qui traînaient dans mon pantalon. Par souci d’hospitalité, mon hôte me glissa un verre de scotch avant de rejoindre lui-même la table comme moi.

Frère Argo’h : Alors, que puis-je faire pour vous ?

- Vous le savez déjà je suppose. Des armes. Je pense que la commande est habituelle, et le montant aussi. Nous avons besoin d’une livraison au plus vite. Quand cela sera-t-il possible ?

Frère Argo’h : Mes adeptes sont nombreux. Et certains me sont plus fidèles que d’autres, prêts à mourir pour moi si besoin se fait sentir. Ce sont eux qui livreront la marchandise jusqu’à vos locaux de nuit, ce soir très exactement.

Concluant donc cette riche discussion, je bus cul-sec le verre qui m’avait été offert, avant de le poser comme il était à l’origine. Quelques instants d’après, j’étais sur mes deux jambes prêt à partir. Le travail de ce côté avait été fait, et donc, un départ futur était nécessaire. Je pris donc à nouveau mes yens, les clés de mon appartement, et le bout de papier, avant de me faire soudainement interrompre.

Frère Argo’h : Votre tête ne me dit rien particulièrement… Juste pour être sure, qui êtes-vous véritablement ?

Cette question, remplie d’un sentiment particulièrement nocif, me fit reculer d’un pas, puis d’un autre. Une méfiance perturbante, qui me fit d’ailleurs légèrement transpirer. L’air devenait étouffant et respirer un défi incroyable. Aucun doute possible, il s’agissait du Nen, bien qu’encore très faible. À moins que sa force mentale soit extrêmement forte, chose qui en soit me semblait trop peu probable, ce misérable utilisait le Nen contre moi, question de me contraindre à répondre le plus sincèrement possible.


- Ten -


Me protégeant instinctivement de cette pression avec une barrière approximative de Nen, je répondis :

- Nous sommes des milliers à travailler pour le compte du clan Donoam. Et je ne suis que l’un de leurs pions. Si vous me voyez aujourd’hui, c’est qu’on sera certainement encore appelé à se revoir… frère Argo’h. Contentez-vous de livrer les armes à domicile et tout se passera bien. Dans le cas contraire, ce n’est pas autour d’un aimable verre de scotch que nous allons discuter.

Sans trop m’attarder dans les lieux, je pris le large, fermant la porte derrière moi, pour laisser le prêtre seul, assis sur sa chaise, réfléchissant certainement à la nature de la personne qu’il venait de croiser. Il ignorait, se méfiait et comprenait que la mafia ne pouvait être impressionnée aisément, quelle que soit la personne qui se présentait en face de lui. Mais c’est à ce moment-là, qu’il remarqua quelque chose sur la table, chose d’ailleurs qui le surprit grandement. Mais dépassé par ce qu’il venait lui-même de voir, il ne fit rien, si ce n’est poser ses deux coudes sur la table.
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Re: Le quotidien d'un mafieux

Message  Jusseb O'Gatilin le Jeu 10 Mai - 18:35

Le nez en l'air, vaguement contemplatif, Natharel scrutait les étoiles. Cela devait faire des années qu'il ne les avait pas vues, le ciel de York Shin étant saturé de pollutions diverses et avariées. Il était là, paisible sur une petite butte à pisser dans un champ sur le bord d'une route départementale perdue dans le fin fond de la campagne de Sahelta.
Derrière lui, une vive lueur l'irradiait. Alors qu'il remontait la braguette de son bermuda, il se disait que le crépitement des flammes avait quelque chose de relaxant au milieu de la nuit. Jamais il n'avait quitté la grande ville et ce simple voyage au dehors lui teintait l'âme de quelques relents bucoliques.

Descendu de sa légère butte pour rejoindre la route qu'il avait quittée quelques instants plus tôt, il rejoignait ses deux camarades qui eux finissaient de charger des lourdes caisses pleines de promesses et de merveilles dans une fourgonnette de location. Des promesses et des merveilles de tout calibre.
Indolent, les mains dans les poches, le jeune noir regardait flamber le camion qu'ils avaient tout trois pris en embuscade en début de soirée tandis que les deux autres trimaient comme des bêtes à porter une partie de sa cargaison.

- Comment tu savais qu'ils passeraient ici ?

Lucious et le percé durent s'y reprendre à trois reprises pour fermer les portes arrière de leur véhicule de location tant la bête en avait ras-la-gueule, les essieux manquant de flirter avec le bitume.

- Les fournisseurs du padre crèchent à Gylltown. Pour venir jusqu'à York Shin, ils pouvaient pas prendre le risque de passer par les routes fréquentées par les flics. Leur restait que les petites routes s'ils voulaient arriver incognito.

Jusseb tout en déblatérant sur sa ruse regardait ses mains. Il s'était écorché les jointures des doigts à force de subir le recul de la mitrailleuse lourde avec laquelle il avait fait feu. Voilà à quoi se limitaient ses blessures là où les malheureux avoués du frère Argo'h s'étaient pour leur part contentés d'une salve de plusieurs dizaines de balles dans la carcasse et reposaient dans la cabine en feu de leur semi-remorque.

- Qu'ils essaient de se la jouer incognito maintenant wa-ha-ha !

Le "wa-ha-ha" était de circonstance. Maintenant que Jusseb et compagnie laissaient sur la route un camion en feu à moitié rempli de fusils d'assaut de contrebande, une enquête allait se lancer. Les réseaux d'Argo'h seraient compromis pour un moment et la mafia devrait vaquer un temps sans fournisseur d'armes.
Alors on mènerait une enquête interne pour savoir qui avait bien pu rencarder les voleurs et c'est la mort dans l'âme que le clan Donoam finirait par découvrir qu'en dehors des commanditaires de la transaction, un seul homme était au courant : Egad Moon.

Excité comme une puce, incapable de se tenir tranquille plus de deux minutes, Natharel trottinait gaiement en se frottant les mains pour rejoindre le cerveau de l'opération.

- Rien qu'avec ce qu'il y a dans la camionnette, on en a pour dix millions de jenies !

Sans lui accorder la moindre attention, comme un père indigne envers un fils ingrat, Jusseb s'en alla jusqu'à la cabine du véhicule côté passager. Il ouvrit la portière et, le visage légèrement incliné, plongé dans la pénombre il mit fin aux espoirs de l'impulsif de service.

- On ne vendra rien.

Figé et même pétrifié dans la position qu'il avait adopté pour se réjouir, le braqueur en marcel et bermuda se décomposa enfin avant  de se lamenter presque aussitôt et d'exiger qu'on lui fasse savoir le pourquoi du comment. Il avait un calibre 0.22 dans une des poches trop large de son pantacourt trop voyant. Parfois imprévisible, il ne faisait pas bon le contrarier quand il était question d'argent.

- Réfléchis tête de pine ! On vend un seul rougueur et on saura que c'est nous qui avons fait le coup.

Les réseaux d'informateurs de la mafia ne laissaient rien au hasard. Tôt ou tard, si le moindre flingue circulait, quelques limiers en colère ne tarderaient pas à remonter la trace. Le cas échéant, un tir nourri de mitrailleuse lourde ne suffirait pas à les calmer.

- Toi déjà tu me causes autrement !

Natharel, survolté comme trop souvent sautillait presque en pointant du doigt son acolyte. Plus calme - car plus prudent quand il s'agissait de Jusseb - il cherchait à négocier un moyen de faire un petit billet. Insouciant et naïf qu'il était, il serait certainement mort depuis une bonne décennie si son complice peroxydé ne s'était pas chargé de penser à sa place depuis tout ce temps.

- Mais... putain mec ! Qu'est-ce que ça nous rapporte ton histoire ?!

Jusseb en guise de réponse aurait pu soupirer, mais à force de fréquenter ce spécimen d'abruti, il s'était habitué aux frasques et autres stupidités coutumières du personnage. Sans s'énerver, son visage cireux aux yeux fixes éclairé par les flammes du camion qui brûlait à quelques mètres derrière lui, il n'accordait toujours pas le moindre regard à son partenaire.

- Vois plus loin que le bout de ton nez pour une fois.

Ce n'est que là que son regard de dément alla à la rencontre des globes azimutés de son confrère ébène. Son ton calme et posé était en parfaite inadéquation avec l'impression que dégageait son visage auquel on aurait pu prêter des intentions pour le moins hostiles.

- Quand Moon aura été identifié comme le coupable par les pontes, qui crois-tu leur livrera sa tête sur un plateau et gagneront du galon ?

Ce n'était pas seulement pour espionner Egad qu'ils l'avaient affublé d'un mouchard plus tôt en matinée. Maintenant qu'ils pouvaient le traquer par satellite, le retrouver une fois que les hautes strates de la mafia se seraient mis en quête de lui faire la peau s'avérerait être un jeu d'enfant. Après tout, Egad ne les avait pas entendu lorsqu'ils étaient venus écouter aux portes à l'église, il ne les verrait pas venir non plus quand ils viendraient pour le remettre au clan Donoam.
La jovialité de Natharel le fit encore s'agiter comme un gamin hilare et trop plein de sucreries.

- Ooooooh... toi mon Juju.... TOI MON JUJU ! T'es un bon ! Un bon de chez bon, moi je te le dis ! Et je dis pas ça souvent.

- Tu dis ça tout le temps.

- T... toi tu la fermes Lucious ! Tu la fermes okay ?!

Pas de réponse de la part du chauve à lorgnons si ce n'est un rictus gras avant qu'il ne se mette derrière le volant. Débonnaire, le trio de salopards repartait paisiblement maintenant que son forfait était accompli. Il était trois heures du matin et bientôt le petit jour illuminerait York Shin City. Au lever, les chefs de clan allaient déchanter. Egad ne tarderait pas non plus dans la foulée.
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Re: Le quotidien d'un mafieux

Message  Egad Moon le Mer 30 Mai - 21:11

« brrr…. Brrr… brr…. Br… »


Quelle sonorité désagréable pour toute personne qui ne cherchait à ne rien faire d’autre que prolonger son sommeil en un matin agréable. Cette matinée normalement, comme toutes celles qu qui l’ont précédées, était sensée commencer à dix heures, pas moins. Mais si à huit heures mon téléphone résonnait déjà dans toute la chambre à coucher dans laquelle je ne suis pas sorti depuis la veille vers minuit, cela n’était certainement pas pour m’annoncer que j’avais gagné au Roto et que, j’avais gagné plusieurs millions de Jenis. Le visage dessinant bien les traits de l’agacement, je tendis ma main sur le chevet du lit, tapotant à l’aveuglette cette portion de bois jusqu’à ce que ma main saisisse la source de mon supplice.

Sans même sortir ma tête du coussin douillet dans lequel il était enfoncé, j’appuyai sur la touche de réponse, plaquant rapidement le mobile à mon oreille :

- Egad Moon…

Je reconnus alors la voix de mon supérieur, qui semblait bien énervé compte tenu de l’accent qu’il avait utilisé quand il me demanda de rappliquer « au plus vite devant son bureau ». Un supérieur énervé, n’annonçait jamais rien de bon, surtout lorsque c’était à la suite de la demande d’un travail important. Mais bon, que nous réservait l’avenir ? Je n’en avais aucune espèce d’idée.

- Je me mets en route, monsieur… Soupirais-je en raccrochant le téléphone.

Par la suite, le schéma habituel de chaque matin se dessina. Une douche, une gorgée de whisky, repassage de la chemise, port du costume habituel, port de l’armement routinier et départ pour le QG. Le seul problème étant, en rangeant mon Magnum Swith & Melson dans ma pochette, une petite puce attira mon attention. Prenant cette dernière, je la regardai de long en large, réfléchissant longuement sur le comment du pourquoi de sa présence. Quand je pris conscience que le temps pressait, je la déposai ma table, cherchant à me précipiter ailleurs. J’allais penser à cela plus tard. Dans l’urgence, je me devais de me dépêcher.

Sortant donc de la maison, je fermai la porte derrière moi, laissant le cheval de trois disposé soigneusement sur la table principale.

* *
*
Arrivé au QG, les mains profondément plongées dans les poches, je m’avançai avec mon allure toujours aussi nonchalante, jusqu’à ce que j’ouvre le bureau de celui qui m’avait contacté. Il n’était pas seul. Une autre tête que je ne connaissais pas, était dans la pièce, le dos tourné et le regard fixé au-delà de la fenêtre de verre qu’il semblait observer. Le supérieur dont j’ignorais le nom, mais que j’appellerais «Chô » était dans sa chaise, m’observant d’une façon particulièrement mauvaise.

Chô : Assieds-toi, Moon.

Je m’exécutais silencieusement, observant du coin de l’œil l’homme qui ne s’était même pas une fois tourné vers moi.

Chô : J’ai reçu ton rapport hier. Et je dois dire que tout s’est passé à merveille quand je le regarde en tout cas. T’as vu le frère Argo’h, l’agent Finch et le putain d’informaticien. Tout s’est merveilleusement bien passé hein… On a eu les jenis qu’on a demandés, les informations aussi, on les a eus. Mais tu sais… on a retrouvé un camion sans armes qui venait de la congrégation du frère Argo’h. Deux de ses fidèles sont morts et le camion a été totalement brûlé. Aucune arme n’a été retrouvée là, mais nous savons très bien que la personne qui a buté les fidèles a pris nos armes. NOS PUTAIN D’ARMES, BORDEL !!!

Je vois… Ainsi donc quelqu’un aurait pris la cargaison qui devait nous être livré. Mais qui avait bien pu faire cela ? Ce qui était toutefois certain, était bien le fait que, la responsabilité de cette mission était mienne. Et il ne faisait surement aucun doute que j’allais devoir me retrouver dans de sales draps si je n’avais pas une explication importante à ce qui s’était passé. Problème étant, j’étais parti boire un coup avec des potes dans la soirée, sans soupçonner quoi que ce soit.

Chô : Tu sais, maintenant que j’y pense, t’étais la seule personne à qui on a confié cette mission. Comment ça se fait que, depuis des années, on ne nous a jamais fait le coup. Mais au moment où tu te pointes, on est dans la merde ? Hein ? Et en plus, je ne te connais pas très bien, et personne d’ailleurs. Tu es vraiment un des nôtres ? T’es pas par hasard une taupe des autres clans ??!!! HEIN ???!!!

???: Ne tire pas trop de conclusions hâtives… Il est possible que l’embuscade ne soit que le pur fruit du hasard. Il sait très bien comment on récompense les traîtres qui osent venir miner notre territoire.

Sa phrase semblait davantage être une menace qu’autre chose. Essayant de garder mon calme et de me remémorer la journée d’hier, j’étais persuadé que rien ne sortait de l’ordinaire. Absolument rien. Rien si ce n’était le visage agaçant d’ ‘’O’ga’’ et sa bande. Mais ces gens-là, n’auraient jamais pu avoir les informations que j’avais, même s’ils étaient en tête de liste dans les personnes capables de faire des choses pareilles.

- Je ne suis pas un traître, et encore moins une taupe. Depuis tout petit, je suis au service de ce clan, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer à le trahir. Je peux vous dire où j’étais hier soir, ce que je faisais, avec qui je le faisais. Pour le reste de la journée d’hier, je vous ai fait un rapport hier avant d’aller vaquer à mes occupations habituelles.

Chô : Et qui nous dit que t’as pas passé un coup de fil entre temps, hein ? Pour donner certaines informations à certaines personnes ? Donne-moi ton téléphone, ainsi que les noms et adresses de tous ceux que tu as croisé et appelé hier. Si à un moment donné, on se rend compte de quoi que ce soit, d’une coïncidence ou quoi que ce soit avec un autre clan, t’es mort, toi et tes potes.

Une perle de sueur glissa le long de ma tempe, jusqu’à ma joue. J’avais encore une chance de survivre. Même si fuir restait une option, je ne connaissais que trop bien la puissance d’un clan pour savoir que cela ne s’arrêterait jamais. Il me fallait trouver les auteurs de cette manigance… Et les neutraliser.

* *
*
Grincheux. C’était l’adjectif qui correspondait le plus à cet agent de police dont on ne connaissait ni la provenance ni les réelles ambitions. Comme minant le service de l’ordre avec son humeur insupportable, il avait la fâcheuse manie de mettre tout le monde hors de lui. Et le commissaire sachant bien cela, avait décidé de se venger en lui confiant une mission plutôt emmerdante, celle d’enquêter sur un crime organisé par les cartels de la zone. De tous ceux qui étaient dans la salle quand le commissaire en parlait, personne ne voulait être chargé de cela, parce que tout le monde savait que ces choses-là entraînaient parfois la mort. Qui diable avait dit qu’être policier était un métier de paix et de sécurité ? Torrhin lui aurait fait comprendre, de la plus violente des manières que c’était loin d’être le cas.

En cette matinée bien calme, sa voiture de service s’était arrêtée, fumante, devant un trio de gangsters qu’on connaissait bien. On pouvait bien aisément reconnaître Jusseb et ses deux acolytes. Sortant de sa voiture, cigare en coin, et lunettes de soleil présentes malgré le temps nuageux, il appuya son coude sur le sommet de la voiture, supportant ainsi son poids. L’objectif, fixer suffisamment les déchets de la société qui étaient en face de lui pour qu’ils comprennent qu’il était présent.

Torrhin : Agent Torrhin. Police. J’ai quelques questions à vous poser vous trois.

Il acheva son cigare, avant de contourner sa voiture pour se mettre à deux mètres du trio, les mains dans les poches et la poitrine suffisamment élevée pour croire qu’il avait du mal à respirer.

Torrhin : Une jeune fille qui habitait aux abords de la cité a aperçu des personnes armées hier, en train de piller un camion et voler les marchandises. Vous imaginez la pauvre elle a dû retenir sa respiration pour éviter d’être aperçue haha…

Il jeta un moment un jet de fumée dans les airs avant de reprendre une fois encore.

Torrhin : On l’a retrouvé en larmes ce matin aux abords de la scène, et là, elle nous a raconté ce qu’elle avait vu. Et coïncidence ou pas, mais les portraits robots effectués correspondent à vous, exactement. Et comme je sais que ce genre de merde, c’est dans vos cordes, j’aimerais savoir où vous étiez ce matin, à trois heures exactement. Je vous dis ça comme ça mais... Si vous n'avez pas de justificatif intéressant, on devra aller faire un tour au poste
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Re: Le quotidien d'un mafieux

Message  Jusseb O'Gatilin le Sam 2 Juin - 12:48

Avant-bras tendus, poignets dévoilés, poings fermés, le chefaillon du trio s'avançait posément en direction du fonctionnaire zélé. Ce dernier venait de comprendre que ce nid de guêpe dans lequel il venait de mettre un coup de pied ne contenait qu'une vipère perfide et sinueuse. Il n'était pas équipé pour lutter contre ça. Pareille proie pouvait rapidement prendre une forme de prédateur.
Des yeux fixes comme ceux de Jusseb avaient de quoi décontenancer, sa bouche légèrement entrouverte et ses moues faussement innocentes d'autant plus. Comme s'il se présentait maculé d'une pureté absolue, il s'avançait sans peur vers l'agent trop téméraire, les poignets offerts pour qu'on y glisse autour une paire de menottes.

- Qu'est-ce que tu me fais toi ?

Pareille réaction n'était pas celle escomptée. Quand on taquinait du mafieux de bas étage, il était facile de les provoquer pour les faire parler. Seulement, le blondinet peroxydé n'était pas ce qu'on pouvait appeler un bavard. Son credo à lui consistait plutôt à établir un monde du silence en faisant fermer sa gueule au tout venant. Puisqu'il ne pouvait pas décemment abattre un représentant de la loi en pleine rue - cela aurait manqué de civisme - un argumentaire rodé ferait l'affaire.

- La procédure veut que tout témoin soit présenté à une liste de suspects derrière une vitre teintée. Si témoin il y a, en principe vous devez m'emmener pour que je sois identifié comme coupable potentiel.

Quand on avait derrière soi quelques années de filouteries dans le crime organisé, on finissait par connaître les procédures administratives et réglementaires mieux encore que ceux chargés de les appliquer. Assis les bras croisés sur quelques marches en pierre menant à l'entrée d'une des innombrables maison longeant l'avenue, Lucious ne put réprimer un sourire en coin. Qu'il était bon de se payer la tête d'un de ces flics téméraires à l'excès. D'un naturel plus hostile, avachi l'épaule appuyée contre un lampadaire, les mains dans les poches, Natharel lui, toisait le sieur Torrhin. Mais il ne disait rien. Trop de fois il avait compromis la situation du groupe avec des déclarations à l'emporte-pièce. Ce n'était pas le risque d'être traîné en garde-à-vue qui le refroidissait, plutôt la réaction éventuelle de Jusseb. La dernière en date avait consisté à lui entailler l'abdomen à grands coups de sécateur.
Devant l'absence de réponse de l'officier, le percé baissa les bras lentement.

- Seulement... t'as pas plus de témoin que de beurre au cul.

Sourcils très légèrement haussés, le mépris se voulait juste assez perceptible pour rabaisser le trublion assermenté par l'État. En leur dévoilant de but en blanc qu'ils étaient suspects, Thorrin avait foutu en l'air l'idée même d'une enquête minutieuse sur l'affaire Donoam. La triplette serait à présent trop vigilante pour se voir reprocher quoi que ce soit dans l'affaire.
Le clic du briquet, la fumée qui s'échappe et Lucious qui soupire de plaisir. Se griller une clope était de circonstance après l'amour, et Thorrin avait été suffisamment bien baisé pour qu'il ressente le besoin de fumer.

- On était au diner un peu avant la sortie de l'autoroute toute la nuit durant pépère. Tu pourras vérifier les enregistrements vidéos.

Et pourtant il ne le ferait pas. Tous les établissements «protégés» par la mafia se mettaient en quatre pour les couvrir. Avant même qu'ils n'aient fait le coup, une fausse bande vidéo datant d'il y a plusieurs nuits de cela avait déjà remplacé l'enregistrement de la veille. Bien sûr, tous les autres clients du diner auraient témoigné pour certifier les avoir vus là à trois heure du matin. Et pour cause, tous ou presque étaient des membres de la mafia. À moins de preuves concluantes qu'un criminel d'une des bandes de York Shin avait fait le coup, il était impossible de dépêtrer le merdier des alibis bidons. Aussi à force, la police avait renoncé à cette tâche aussi vaine qu'éreintante.
Ainsi contrecarré, l'officier se vit gratifié de on dur labeur par un mollard venu s'écraser à quelques centimètres de ses pompes. Natharel prit son temps pour essuyer d'un revers de main les quelques gouttes de salive restées au bord de ses lèvres.

- P'tain... on est si innocents qu'on hésite à se faire nommer adjoints au pape. Laisse donc les honnêtes gens tranquilles. Va... va plutôt répandre la justice, sauver des chats coincés dans les arbres... je sais pas quoi d'autre encore, mais nous emmerde pas.

Maintenant qu'il se savait dans son bon droit, Natharel se permit une irrévérence agressive. Malgré les provocations, Thorrin n'avait rien de solide pour l'embarquer. Ce n'était pourtant pas l'envie de leur cogner la gueule qui lui faisait défaut. Quoi de plus frustrant qu'un État de droit qui garantit l'innocence de ceux que l'on sait coupable ? Levant les yeux au ciel comme s'il était au-dessus de tout ça, il s'en retourna à sa voiture.

- Faites les marioles tant que vous le pouvez. Si y'a un poil de cul à vous sur la scène de crime, on vous fera contempler la beauté de l'architecture carcérale de York Shin pour trente ans minimum.

Amer d'avoir grillé sa seule piste, il fit crisser les pneus avant de décamper sous les yeux des trois compères qui attendaient patiemment que son véhicule disparaisse à l'horizon. Certes, ils l'avaient envoyé chier sans peine, mais qu'on fasse d'eux les suspects prioritaires dans une affaire qui ne les concernait pas en principe avait de quoi soulever quelques interrogations. Jusseb après avoir grincé des dents fit volte-face pour scruter l'un après l'autre ses deux acolytes tout aussi dubitatifs que lui face à la tournure des événements.

- Le crime parfait hein ?... Ça fait pas douze heures et les schmidts rappliquent déjà pour nous renifler l'arrière-train. Tu m'expliques ?

Immobile pendant bien dix secondes à observer - le regard absent - un point fixe situé dans un parterre de fleurs situé sous une fenêtre, le chef des opérations était de retour dans l'arène.

- J'ai ma petite idée là-dessus.

Restait à mettre sa théorie à l'épreuve des balles.

***

C'était toujours grisant de trouver quelqu'un assis dans son fauteuil en rentrant chez soi après une dure journée de labeur. En l'occurrence, pour Egad, ça avait été une journée de merde. L'alignement des planètes s'était opéré de sorte à le désigner comme l'engrenage défectueux dans une mécanique mafieuse bien huilée. Sa journée, il l'avait passée à éclaircir sa situation et chercher les vrais coupables. Quelque peu tourmenté psychologiquement, il était repassé chez lui pour manger un bout avant de repartir en chasse.
Voir Jusseb contenir une mine hargneuse en étant assis dans le fauteuil de son salon l'avait quelque peu surpris mais en aucun cas inquiété. Il savait pertinemment que s'il avait été question d'un règlement de compte, il n'aurait pas vu le tireur avant de se prendre une balle dans la tête.

- O'ga~, quelle plaisante surprise. Mais je t'en prie, entre, fais comme chez toi. Tu es venu seul ?

La sensation de métal froid venu s'enfoncer dans ses lombaires se chargea de répondre à sa question. Lucious était resté derrière la porte pour le prendre à revers et lui braquer son arme contre le dos une fois entré. Au même moment, le gangsta du trio fit irruption une cuisse de poulet à la main en sortant de ce qui devait vraisemblablement être la cuisine.

- Y'a plus de mayo caporal.

De l'intimidation à domicile, il en fallait plus pour secouer Moon. Plus vite il aurait répondu aux questions qu'on était venu lui poser, plus tôt il pourrait être débarrassé de cette brochette d'empêcheurs de tourner en rond dont il connaissait au fond les motifs de la visite. Les mains levées alors qu'un calibre 9mm était pointé dans son dos, il n'en perdit pas le sourire pour autant.

- Que puis-je faire pour v...

- J'ai été prendre le thé tout à l'heure.

Posture agressive mais contenue, Jusseb lui avait coupé la parole pour instaurer le rythme. C'était lui qui posait les questions, et il avait bien l'intention que cela soit compris de tous. Egad prit cette effronterie à la rigolade. On ne lui mettait pas la pression, que ce soit sous la menace physique ou psychologique.

- T'as bien raison. Paraît que c'est excellent pour le cœur.

Natharel se chargea de répondre à son insolence en lui jetant l'os de la cuisse du poulet froid qu'il venait de béqueter. Sans quitter Egad du regard, il lécha la graisse sur le bout de chacun de ses doigts. Il lui en coûtait de ne pas se jeter à sa gorge, mais le chef de meute lui avait intimé l'ordre de rester tranquille.

- J'ai été le boire chez madame Longström.

Même s'il restait de marbre, le maître de maison avait maintenant confirmation de la raison pour laquelle ils se trouvaient ici.

- Elle m'a invité après que je lui ai dit que j'étais un ami de son mari. Une femme très bavarde.

L'intonation de sa voix était sèche et incisive, on sentait qu'il ruminait sa rancœur.

- Lorsque son mari est revenu du travail, il a eu l'air surpris de me voir. C'est là qu'il a demandé à sa femme d'aller faire des courses pour qu'on puisse discuter entre hommes. Un peu conservateur sur le plan des mœurs ce brave monsieur Longström. Quand on le voit, on jurerait qu'il est pétri de droiture, intransigeant, intraitable...

Si son visage restait le même tout du long de son exposé, Jusseb crispait légèrement ses doigts dans l'accoudoir du fauteuil dans lequel il était assis pour mener son inquisition de salon.

- En clair, tu comprendras mon étonnement lorsqu'il m'a finalement avoué avoir quelques accointances avec un certain mafieux du coin.

- Un indice. Il a une queue de cheval à la con et il devrait racheter de la mayo.

Le commissaire Ingden Longström avait eu ce matin la mauvaise surprise de trouver un mafieux percé et peroxydé attablé avec sa femme. La manœuvre avait été une menace évidente. Alors, lorsque Jusseb lui avait demandé s'il connaissait un certain Egad Mood - ce qu'il pressentait fortement - le commissaire s'était rapidement mis à table.

- Oui, je suis informateur pour Longström. La belle affaire. Tu en connais un chez nous qui ne soit pas maqué avec les flics ?

Chez les voleurs, pas d'honneur. On fricotait aussi bien du côté criminel que policier. C'était le jeu qui voulait ça. Tout le monde faisait tout un tas de petites saloperies dans le dos de tout le monde. Mieux valait avoir des réseaux des deux côtés de la loi pour garantir sa survie. Au fond, la mafia ne copinait avec la police que pour mieux la tromper et l'induire en erreur. Ou pour se servir d'elle.

- Donc, lorsqu'il t'a téléphoné pour te demander une liste de suspects potentiels dans le règlement de compte qui a eu lieu cette nuit, tu t'es dit que ce serait une bonne idée de donner nos noms ?

Cela aurait en tout cas pu être une bonne idée si Longström n'avait pas délégué l'enquête au dernier des sagouins. Chez les mafieux comme dans la police, on n'était jamais mieux trahi que par les siens.

- Des noms parmi d'autres. On m'a chargé en haut-lieu de multiplier les fausses pistes pour couvrir les vrais coupables. Après tout, je savais pertinemment que vous n'aviez rien à voir dans l'histoire et que vous ne risquiez rien.

Ces derniers mots frappèrent le trio comme un bloc de granit tombé sur le coin de leur gueule. À force de jongler avec les allusions dans le métier, on finissait par apprendre à lire entre chaque ligne de chaque réplique énoncée. Ce sous-entendu sonnait à leurs oreilles comme une accusation franche. Moon n'était pas né de la dernière pluie et avait établi une liste de salopards potentiels susceptible d'avoir pu intervenir dans ses affaires. Il savait maintenant lesquels exactement.

- Tu t'en abstiendras à l'avenir.

Tous ici savaient pertinemment qu'il n'y aurait pas d'avenir. Cette réunion improvisée dans le salon du jeune mafieux était le point de départ d'une lutte à mort qui s'était engagée. Egad était certes dans la mouise jusqu'au cou, mais il savait à présent où enquêter pour se démêler de cette situation. Si tant est que cela fut possible.
Pour le moment, il bénéficiait encore de la protection des huiles de York Shin, ni Jusseb ni personne ne pouvait tenter quoi que ce soit contre lui sans que cela ne se retourne contre eux. Il lui faudrait mettre ce temps béni à contribution pour s'extirper de la merde dans laquelle on l'avait jeté la tête la première.

Le faux blond leva son cul du fauteuil et quitta l'appartement dans la foulée sans accorder un regard supplémentaire à Egad. Lucious ne tarda pas à rengainer pour le suivre. Quant au dernier membre de la bande, il mit quelques petites tapes amicales sur la joue du vacataire avant de sortir à son tour.

- Oublie pas la mayo.
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