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Sam 23 Sep - 10:43
- Est-ce qu'on peut libérer le lit ?

Ce devait être la troisième fois qu'un médecin extérieur à l'infirmerie du deux-centième étage se présentait afin d'émettre sa doléance ô combien macabre. On ne libérait les lits qu'en cas de guérison ou de décès, et aucune optique de guérison n'était à envisager concernant Guijes. Las, le médecin en charge de la bête humaine se contenta d'un hochement horizontal de la tête en guise de "non", ne quittant pas les yeux de son magazine le tout, en se délectant d'un sandwich.
Son confrère se retira en soupirant. Ce n'était pas tant qu'il était dépité que son patient ne trouve pas une chambre où être traité, il trouvait simplement stupide qu'on s'acharne à laisser un cadavre en devenir sur un lit d'infirmerie. Du gâchis en somme.

Si personne ne veillait sur le moustachu en proie à l'agonie, c'est qu'il n'y avait rien à faire. Un cas de ce genre, ce n'était pas le premier qui se présentait à l'infirmerie de cet étage, et ce ne serait pas le dernier. On avait fini par s'accoutumer à ces "baptisés" du deux-centième étage. Les symptômes étaient simples à appréhender. Douleur intense dans tous le corps ? Hémorragie continue des plaies ? Fatigue extrême ? Inutile de chercher à guérir le mal ou même à le nommer, la victime était d'emblée cataloguée comme foutue. La médecine moderne n'avait pas ses accès lorsqu'il était question de Nen.

Du Nen, c'était ça qui avait eu raison de la bête humaine. Misérable qu'il était devenu, il se tortillait violemment, éructant divers jurons, grognant comme un animal blessé, pleurant à foison. Jamais qui que ce soit ne se serait un jour imaginé le voir dans cet état, lui qui était si fier, presque invincible. Et pourtant, un bête estropié avait suffit à lui faire son affaire. Ce deux-centième étage ne semblait répondre à rien de rationnel, c'était une frontière entre deux mondes ; un portail vers l'enfer.

L'enfer, Guijes l'avait appelé de ses vœux. Comme la curiosité était un vilain défaut et que tout défaut se devait d'être corrigé, la correction qui lui fut infligée avait au moins le mérite de s'avérer fatale. Sans vouloir l'admettre, le ressentant du fin fond de sa carcasse meurtrie, le hutin impulsif le savait : il était foutu.
Qu'on soit criblé de balles, lacéré de toutes parts ou dans son état, il fallait s'en remettre à l'évidence. Seulement, de mauvaise foi par nature, le genre humain refusait de se résoudre à la mort lorsque celle-ci lui présentait un faire-part pour la Géhenne. À quoi s'accrochait le Listoban sauvage au fond ? Une vie frénétique de combats dont l'issue aurait été tout aussi prévisible que celle qui serait la sienne d'ici quelques heures ? Qui vivait par l'épée périssait par l'épée et même le meilleur bretteur pouvait succomber à une blessure de canif portée par le dernier des infirmes.

Sa "chambre" : un lit entouré d'un rideau le séparant de son médecin et des autres patients qui souffraient avec lui à force de subir ses cris d'agonie. Ledit médecin ne cherchait même pas à s'intéresser à son cas. Des Guijes, il en avait vu d'autres. Puissants, impérieux, arrogants, ils finissaient tous par larmoyer à torrents en se vidant par tous les orifices après leur première confrontation. Le drame dans l'affaire était qu'en dépit de ces cas récurrents, on n'avait aménagé pour eux la moindre accommodation d'ici à ce qu'ils expirent pour mieux les isoler de ceux qui bénéficiaient d'une perspective de guérison.

- Toubib ! Achevez-moi ce con que je puisse dormir !

Lettre morte que cette plainte. Tous initiés au Nen, les blessés de l'infirmerie savaient pertinemment quel mal rongeait la bête humaine. Ce genre de client était généralement une proie facile pour les plus faibles des combattants peuplant les étages au-delà du méridien deux-cent.

- Dix contre un qu'il crèvera entre dix-sept et dix-huit heure !

- Moi je dis après vingt heure.

C'était un pari risqué que de penser qu'il vivrait jusqu'au soir. Déjà les cordes vocales de l'expansif à moustache s'enraillaient à force d'être si rudement sollicitées, ses cris s'amenuisaient, ses gesticulations se faisaient moins fréquentes et il semblait que ses glandes lacrymales n'avaient plus rien à offrir.

- Tenu !

On avait misé un million de jenis sur l'heure de sa mort. Sa vie ne valait guère plus que ça à présent. Une dépouille en proie aux vautours qui récolteraient au moins les bénéfices de sa mort. Rien ne se perd, tout se transforme.
Rien ne se perd sauf la conscience de Guijes. Éreinté de ses propres cris, se sentant un peu plus vidé à chaque minute qui s'écoulait, il venait de sombrer dans un sommeil profond dont il ne se relèverait peut-être pas.

- Tiens bon connard, j'ai misé trop gros sur ta pomme pour que tu crèves maintenant !
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Lun 2 Oct - 9:38
- Heure du décès ?

L'infirmière, une quinquagénaire aux longues cernes et au regard morne témoignant de sa dévotion excessive pour son métier jeta un œil en direction du mur sur lequel était habituellement pendue une horloge. On en trouvait dans chaque chambre. Quoi de plus réjouissant pour un convalescent que de pouvoir effectuer lui-même le compte à rebours d'ici à ce qu'il ne pousse son dernier soupir ?
Seulement, aucune horloge. Juste une fissure. Comme sur les autres murs d'ailleurs. Pas un élément du mobilier n'avait été épargné. Commode, armoire, même le lit n'étaient plus que des débris.

Profondément enfoncé dans le plumard plusieurs heures durant à brailler, à vomir, à convulser, on aurait pu supposer que Guijes était foutu. Il l'était, c'était acté, seulement son dernier acte fut flamboyant. À trop gesticuler, il avait fini par chuter de son lit. La douleur au vu de tout ce qu'il avait subi jusque là lui paraissait insurmontable. Comme par réflexe, après s'être tortillé un instant, il bondit.
Ses dernières forces, il les employa à faire ce qu'il savait faire de mieux : détruire.

Personne n'eut l'audace ou plutôt le courage d'entraver son élan frénétique ; un dernier au revoir à la scène sur laquelle il mourrai bientôt. Son pronostic vital avait été engagé depuis son admission, et on lui aurait donné une chance sur mille. Meurtri comme il l'était, broyant tout ce qui l'entourait, hurlant comme la bête fauve qu'il avait toujours été, on le savait à présent condamné pour de bon.
Lorsqu'il n'eut plus rien à annihiler, son souffle lui manquant depuis bien avant son entreprise, il s'écroula.

Infirmière comme médecin patientèrent une bonne minute avant de pénétrer la chambre. Un mauvais coup était si vite arrivé. Toutefois, le calme étant revenu, on finit par admettre que la bête humaine avait enfin expiré. Déjà dans les chambres voisines, on s'échangeait des liasses de jenis pour régulariser les paris. Triste spectacle que celui d'un glorieux fauve qui crevait en cage.
L'absence de pouls ne laissait plus de place au doute et le médecin se permit d'insister.

- Heure du décès ?!

- Ah euh...

Distraite, encore quelque peu estomaquée par les dégâts qu'avait engendré le patient en si peu de temps, l'infirmière dû s'en remettre à son portable afin de répondre à la question lui étant adressée. Vingt-et-une heure trente-six : Guijes Listoban était mort.

- Des proches à contacter docteur ?

Le service administratif de la tour céleste avait fait parvenir les papiers que la bête humaine avait rempli lors de son admission en ces lieux. À la rubrique "personne à contacter en cas de décès" ne figurait qu'un numéro de téléphone sans autre référence. À l'autre bout du fil, ce fut Fici Berolam.
Concernant ce fou furieux qu'elle avait été chargée de surveiller de près ou de loin, elle s'était attendu à tout, à tout sauf à sa mort. Elle l'avait pourtant mis en garde contre le deux-centième étage, mais elle ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Après tout, c'était elle qui lui avait suggéré de canaliser sa rage ici-même.

Raccrochant après un court échange, le médecin fit un signe de tête à l'infirmière assistée d'un collègue qui venaient de placer le bougre en housse mortuaire.

- Elle viendra réclamer le corps d'ici une à deux heures. Gardez-le au frais en attendant.

Ponctuant sa phrase d'un soupir, le toubib légèrement ventripotent sortit des papiers d'un tiroir. Maintenant qu'il en avait terminé avec l'administratif post mortem, restait à faire l'inventaire de tout ce qui avait été détruit dans la chambre afin qu'elle soit rendue opérationnelle dans les plus bref délais.

"Au frais", en chambre mortuaire, Guijes reposait dans une petite case individuelle tout juste assez large pour laisser passer ses épaules. Il n'était pourtant pas bien massif, mais il avait toujours été trapu.
Personne ne gardait la pièce où le "turn-over" des cadavres était pourtant particulièrement fréquent. Un néon grésillant, une odeur de cadavre frais, et rien d'autre ne trônait en ces lieux.
Rien si ce n'est un vain râle, un râle qui muta en un braillement pour mieux s'achever en un rugissement de rage. Ce n'est que quand l'intégralité des caissons réfrigérés se mirent à trembler au rythme des cris puissants qui venaient d'être poussés que le personnel se hâta - paniqué - jusqu'à son lieu de travail.

Quand on admettait un vivant en chambre mortuaire, ce dernier ne se privait généralement pas de le faire savoir, à plus forte raison lorsque ce mauvais cadavre s'appelait Guijes Listoban.
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Mar 20 Fév - 21:03
Dans les rues de ces grandes agglomérations, confronté aux cacophonies multiples et variées, le bruit qui en résultait se mêlait pour ne plus former qu'un son gras ne faisant plus qu'office de bruit de fond, un bruit de fond auquel on s'accoutumait bien vite, au point de l'ignorer. Ce doux son qui avait étreint le remuant distributeur de fractures était lui insupportable. Un rien pourtant, un simple bip sporadique et innocent. Tout juste audible et pourtant, on n'entendait que ça ; il n'entendait que ça.
Depuis quatre mois qu'il avait été admis à l'hôpital le plus proche de la tour céleste, Guijes ne s'était toujours pas fait à la machinerie à laquelle on l'avait branché. D'abord conséquente, pour s'assurer de son maintien en vie, puis un peu plus menue les semaines passant.

Ne restait que cet électro cardiogramme. Lui, et le son agaçant qu'il débitait à fréquence régulière. Une fréquence qui accélérait parfois soudainement lorsque, trop horripilé par ce bip lui tenant compagnie depuis un tiers d'année maintenant, le hutin frénétique laissait son rythme cardiaque s'emballer. Pourtant, malgré cette lente et douce torture, il ne criait pas. À vrai dire, il ne criait plus.
Ce n'était certainement pas le personnel hospitalier qui l'avait domestiqué, plutôt la douleur intense qui le lancinait chaque fois que sa cage thoracique n'était - même très peu - mise à contribution. Quatre longs mois pour aboutir à une rééducation inaboutie. Bien sûr, il pouvait se tenir sur ses pieds. Ce cheminement spectaculaire qui consistait à pouvoir se rendre seul aux toilettes relevait de l'exploit. Joviales, les infirmières l'avaient félicité et même poussé le vice jusqu'à l'applaudir. La bête humaine eut-elle été en pleine possession de ses moyens qu'elles seraient morte de ce surplus de zèle.

En quatre mois, il avait maigri. Ses cheveux avaient poussé, sa barbe aussi. Ce fut d'ailleurs la première chose que Fici lui fit remarquer en entrant dans sa chambre. Et quelle chambre. Les murs étaient tapissés d'un monochrome vert de mauvais goût, délavé par les années si ce n'est les décennies le mobilier se réduisant au lit et la table de nuit.
Elle était enfin venu lui rendre visite. Ce n'était pas l'indifférence qui l'avait maintenue éloignée de lui durant si longtemps, mais plutôt la gêne. Sa vie avait été pour ainsi dire ruinée par les frasques de Guijes, et pourtant, elle avait ressenti une certaine appréhension à le voir si diminué. Malgré l'inimitié profonde qu'elle lui vouait, cette Hunter avait des égards pour celui qu'elle avait été chargée de surveiller depuis si longtemps. Mission dont elle était à présent libérée, le fauve ayant les dents trop limées pour mordre.
Bien qu'elle savait pertinemment qu'il ne rétorquerait pas un mot ou même une syllabe à chacune des phrases qu'elle venait lui transmettre, Fici discutait de futilités diverses et variées, cherchant à le provoquer en débitant un tel monceau de platitudes. Mais il n'éructa pas. Le mouvement le plus brusque qu'il put lui dresser fut de cligner des yeux.

Amorphe, affaibli, semblant dépourvu de vitalité, Guijes Listoban n'était plus que l'ombre de lui-même. Il se serait déjà laissé décomposer si la possibilité lui fut offerte. Car de tous ses tourments, ce n'était pas la douleur ou l'impuissance qui le minait, mais la fatigue. Une fatigue qu'il n'expliquait pas. Vidé de ses forces, il dormait près de dix-huit heures par jour sans pour autant avoir effectué le moindre effort de la journée.
Scruté par le Gyô de la Hunter venue davantage pour se renseigner que prendre innocemment des nouvelles, cette dernière savait pertinemment quelle était l'origine de ses maux. Incapable de maîtriser son aura qui, depuis qu'il avait été éveillé au nen malgré lui, s'échappait à torrents de son corps faute de contrôle, ses forces vitales venaient à manquer bien assez tôt.

C'était heureux. Pas pour lui évidemment, mais son état n'était pas que son affaire. Ainsi privé de tout moyen d'action, Guijes était incapacité sans avoir à être neutralisé physiquement. Au fond, il vivait, et pour le comité Hunter pour qui ce forcené avait été une plaie nécessitant une surveillance constante, la situation était optimale dès lors où l'impulsif hirsute ne pouvait plus nuire.
Mieux encore. Pour Fici, la chute du fauve était une aubaine. Des années de sa vie avaient été gâchées à devoir garder un œil sur cet emmerdeur, sa santé psychologique ayant été lourdement éprouvée au passage. Une renaissance s'annonçait pour la demoiselle, elle allai enfin pouvoir exercer sa vocation de Hunter librement, se retrouver affublée de missions autrement plus constructive. Elle était libre, et pourtant.... constatant à quel point ce que ce monstre vivace relevait à présent de l'amibe, Fici s'apprêtait à commettre l'irréparable.

En praticienne assidue du Nen, elle connaissait le remède à cette fatigue perpétuelle qui accablait la bête humaine. Seulement, le lui administrer, c'était d'une part se condamner à le subit une fois de plus mais surtout... lui permettre d'amplifier l'étendue de la fureur que Listoban avait au ventre, accroître son potentiel de destruction. Lui apprendre à contrôler son aura, c'était déclencher un incendie qu'elle ne pourrait éteindre.
Aucun argument n'eut été suffisamment persuadant pour l'enjoindre à lui enseigner le Nen, à cette perspective, tous les signaux viraient au rouge. Alors pourquoi ? Pourquoi lui tînt-elle ces mots qu'elle regretterait sous peu ?

- Listoban... je connais un moyen de te remettre sur pied.

Peut-être car il était son fléau et qu'après avoir été enchaîné à lui durant si longtemps, l'idée même de vivre en tant que Hunter sans ce boulet accroché au son pied était inenvisageable. On se retrouvait tôt ou tard esclave de ses démons, le sien avait le nom de Listoban et il aurait sous peu le diable au corps.
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