Chroniques mafieuses - Bal tragique au casino

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Chroniques mafieuses - Bal tragique au casino

Message  Piranha le Dim 10 Sep - 10:07

- Tu sais ce que tu es Pira ?

Comme les mots méchants allaient bientôt se déverser en cascade, mains profondément enfoncées dans les poches de son Bermuda, Piranha ne chercha même pas à acquiescer dans un sens ou un autre. Il attendait le déluge. Plus tôt la saucée lui serait tombée sur la gueule, plus tôt il pourrait foutre le camp du bureau dans lequel il avait été convoqué. On aimait l'acajou dans la mafia. Tous aussi conformistes les uns que les autres, les chefaillons de la mafia se copiaient des goûts vestimentaires au mobilier, on aurait cru leurs bureaux fabriqués en série.
Ça avait beau se donner des grands airs, c'était aussi influençable qu'une ménagère à qui on vendait de la lessive.

- Tu es un saboteur.

Saboteur ? L'inconvénient quand on arrêtait l'école à dix ans, c'est qu'on se retrouvait amputé au bas mot d'un tiers du contenu du dictionnaire. Piranha le vivait bien, rares étaient les occasions où les parrains demandaient après lui pour rédiger une note de synthèse sur l'expansion du crime organisé en milieu périurbain. Toujours est-il qu'il s'était attendu à une remontrance plus virulente.

- Ouais, un résidu de capote troué tourné bâtard, un fils de pute issu de la dernière des chiennes pour finir en enculé de saboteur !

C'était plus ça que la bête de l'ombre avait en tête. Il suffisait de laisser ce lieutenant mafieux s'échauffer. Maintenant qu'il y réfléchissait alors que le balafré des bêtes de l'ombre observait ce merdeux qui se trémoussait dans un costume valant deux fois la valeur nette de tous ses organes sur le marché noir, il se posa cette question élémentaire : "Et si je le butais ?". Après tout, ce n'était qu'un lieutenant, un élément dispensable.

- Vous autres les mercenaires et autres porte-flingue, vous êtes pas foutu de voir plus loin que le bout de votre nez. Tu crois peut-être que cette putain de trêve entre les dix familles on la doit au Saint-Esprit ?!
Je te demande sérieusement ! Tu arrives comme une fleur dans un établissement qui n'est même pas le notre. Mettons, tu voulais jouer aux machines à sou...


- Au billard.

Première fois que Piranha brisait le silence. Une simple rectification. Toute aussi anodine et stérile fut sa remarque, son interlocuteur se stoppa un instant et déglutit avant de reprendre comme si de rien n'était. Il avait beau jouer les chefs, la hiérarchie qui les séparait apparaissait un peu plus clairement chaque fois que les crocs de la bête de l'ombre s'entrechoquaient lorsqu'il causait.

- Peu importe ! Tout ce que t'avais à faire c'est être discret, t'emmerdes personne, tu t'amuses tu repars, tout le monde est content.

C'était l'idée.

- Alors putain ! Qu'est-ce qui t'as pris de buter ces deux dindes ?!

De ces deux dindes, Piranha avait encore le goût de l'hémoglobine chaude collée au palais. Un casus belli bien insignifiant que celui-ci. Aviné et crétin de par nature - on ne servait pas la mafia par hasard - après avoir passé tout ce temps à se servir d'une queue pour mettre des boules dans des trous, l'idée saugrenue de faire plus ample connaissance avec ces dames - pourtant des putes de renom - lui était passé par la tête. Entre autre.
Pourtant elles avaient dit non. Peut-être était-ce son absence de nez, de lèvres, ce regard inhumain, ces dents menaçantes, toujours est-il que ces escortes de luxe se voyaient mal partager la couche d'un bestiau pareil. Pas n'importe quel bestiau malheureusement. Une bête de l'ombre. Le genre de spécimen qu'on ne sortait qu'une fois tous les trois ans pour les grandes occasions et les règlements de compte définitifs.
Piranha avait beau ne rien avoir laissé paraître, il s'était vexé et elles en étaient mortes. Mortes dans un établissement d'un autre parrain. Tuer deux gagneuses passait encore, mais ternir la réputation d'un casino pouvait coûter gros.

- T'as une idée du bordel que ça va être pour régler cette saloperie d'affaire ?!!

- T'as une idée à quel point j'en ai rien à foutre ?

Que pouvait-on répondre à ça. Tant de choses. Mais il aurait fallu être couvert par une puissante artillerie pour ne pas en payer le prix fort. Enfoncé dans son siège, le lieutenant ne pipait plus mot, il avait compris que le sermon avait trop duré en longueur.

- De toute façon vous me faites tous chier. C'est pas les employeurs qui manquent pour un gars de ma trempe, tu sais ça ? Alors vous faites ce que vous faites habituellement, vous vous polissez le gland entre gens du grand monde pour que la paix advienne et vous me lâchez.

Ainsi Piranha concevait la diplomatie entre mafias. Il n'était pas très loin de la réalité. L'argent prévalait sur l'honneur, un conflit entre les familles était inenvisageable. D'instinct, tous le savaient, mais il fallait au moins faire semblant de ne pas être au courant, qu'on ne se relâche pas.
Sortant une main d'une poche pour saluer brièvement l'infime lieutenant, la bête se mettait en marche. Il avait d'autres salles de billard à arpenter, c'était son quotidien, il le passait à attendre un jour qui viendrait, le jour où on aurait besoin de ses services.
avatar
Piranha

Messages : 1
Date d'inscription : 10/09/2017

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum