Histoire courte - La récréation de Marielle

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Histoire courte - La récréation de Marielle

Message  Marielle Vuilmark le Ven 8 Sep - 19:17

Depuis quand n'avais-je pas couru comme ça ? Depuis quand je n'avais pas couru tout court ? Tout ce temps à me larver dans ces bureaux, ou plutôt "ce" bureau, le mien : cette malédiction, cette affliction à laquelle j'ai consentie... Me voilà ramollie. Si jeune déjà et si rouillée. Ce n'était pas faute d'avoir aiguisé mes talents par le passé - c'est d'ailleurs pour ça qu'on est venu me chercher pour remplir ce rôle ingrat de présidente du comité - et à même pas trente années, je commence déjà à foutre mon potentiel en l'air.

Les balles sifflent. L'une d'elle m'atteint à l'omoplate. Petit calibre, je n'ai même pas été déséquilibrée.
Du frisson ? Pas vraiment. La frustration de tous les génies - on me présente comme telle - c'est de ne plus trouver de défi à sa mesure. Sans doute m'a t-on dit ça pour que je me résigne à ce poste de bureaucrate, que je me sacrifie pour que des Hunters moins doués que moi puissent vivre une vie bien plus trépidante.
Modeste frisson que le mien actuellement. Deux Jeeps me coursent dans ce semblant de savane poussiéreuse, un feu nourri me talonne, et pourtant, je ne ressens presque rien.

Non, ce n'est pas mue par l'aventure que je me suis confrontée à ces braconniers, il me fallait simplement un prétexte pour revivre ne serait-ce qu'un instant. Cet air frais qui m'emplit les narines, les muscles de mes jambes qui s'échauffent enfin, peu à peu, je renais. Il me prend l'envie de tout foutre en l'air. Au diable l'association ! Un Hunter c'est libre, un Hunter c'est indomptable, un Hunter ça n'a rien à faire dans un bureau. J'ai tant de choses à rattraper. Les cités situées dans les croûtes terrestre les plus profondes, c'était avec ça que j'ai obtenu mon rang de single Hunter. Il y en a tant d'autres à découvrir.
Tiens, si je m'écoutais, je fendrais le sol à même cette savane, je creuserai à mains nues s'il le fallait, je veux retrouver ce temps révolu trop vite.

Une balle me frôle l'oreille, elle ne me fait ni chaud ni froid.
Je sais que cette escapade tournera court. Cette association, je l'aime autant que je la hais. Après tout, si j'ai connu mon épopée toute jeune, c'est parce que d'autres se sont sacrifiés dans l'administration pour m'en donner les moyens. Abandonner les miens, c'est trahir ma vocation de Hunter. Et pourtant, bon nombre de ces ingrats ne me méritent pas.

Alors que je quitte la savane aux terres rougeoyantes, je m'enfonce dans les prémisses d'un marais. Cette odeur fétide me rappelle tous ces salopards qui se font porter pâle lorsqu'il s'agit de me venir en aide mais qui sont les premiers à prendre l'avion pour Swaldani dès qu'il faut me souffler dans les bronches pour un écart. Une majeure partie de ces aventuriers se prennent pour des fonctionnaires à qui tout est dû. Ce n'était pas ça l'esprit de l'association.

Le son du moteur des Jeeps n'est plus. Ils ont dû renoncer à me poursuivre. Dire que je courais lentement pourtant, que ce soit les braconniers ou les Hunters, plus personne n'a de motivation de nos jours. Quoi que pour une relique du vénérable Shaman Amaden, je les vois mal abandonner la poursuite ici. Ce genre de babiole se négocie deux-cent millions minimum au marché noir. J'avais connu un préfet de je ne sais plus quelle nation qui les collectionnait. Si les braconniers n'offrent aucun défi, lui devrait bien pouvoir mobiliser quelques armées pour partir à mes basques. Je devrais peut-être aller les lui piquer. Ce genre de trésor civilisationnel n'a de toute manière rien à faire entre les pattes d'un bureaucrate.

Je fais demi-tour. Si je rejoins la ville la plus proche, je pourrais prendre un avion. Tôt ou tard, plus tard que tôt, il faudra bien que je retrouve le siège de l'association, mais.... pas maintenant. Maintenant je veux renouer avec la Hunter que j'étais. Juste pour un moment, juste pour me ressourcer.
À l'orée du marais, dans les Jeeps, tous les braconniers sont morts. Pas une blessure externe à déplorer.

En.

- La récréation est terminée présidente Vuilmark.

D'un angle mort, je ne sais trop comment, je reconnais la silhouette de cet enfoiré de Kovik. Maintenant je me souviens pourquoi je n'ai jamais fait l'école buissonnière plus tôt. Aussi inexpérimentée, aussi malheureuse même d'être assigné à ce foutu bureau, je ne l'ai jamais quitté pour qu'il ne tombe pas entre ses mains. Il a une vision trop interventionniste de l'association, je ne sais pas ce qu'il en ferait, mais il la dévoierait de sa tâche originelle s'il venait à devenir président.
Maintenant que j'y pense, s'il ne s'est pas manifesté plus tôt, c'est qu'il a dû me suivre dans le marais. Peut-être avait-il dans l'idée de m'assassiner. Je ne sais pas de quoi il est capable, il est possible que j'exagère, que je sois trop sur mes gardes.
Quoi qu'il en soit, il a raison. La récréation est terminée. Le monde continue de tourner, et sur chaque nation de cette terre, un Hunter œuvre et a besoin du soutien de l'association.

- Oui. Rentrons.
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