Que nenni

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Message  Guijes Listoban le Mar 1 Aoû - 9:24

Essuyant l'hémoglobine qui ne cessait de couler de son arcade droite, la bête humaine cracha sur le ring, sa salive étant elle aussi entremêlée à son sang qui manifestement trouvait bien des voies pour s'écouler. Ouvrant grand la mâchoire -un coup qu'il avait reçu lui ayant provoqué de sérieux acouphènes - il cherchait à se déboucher les oreilles. Dans l'assistance, s'il voyait effectivement la foule s'agiter, Guijes aurait bien été incapable de retransmettre un traître mot de ce que la speakerine perchée sur le balcon réservé aux commentateurs hurlait à tue tête.
Groggy, l'impulsif ultra-violent avait l'impression de recouvrer d'un accident de voiture, n'osant faire un pas, tenant à peine debout. Il avait voulu de l'adversité, il en avait eu.

Chaque coup qu'il avait administré le lui avait été rendu. La mornifle n'avait pas tardé à laisser place à la mandale qui elle-même avait muté en coup de coude. Sans savoir comment - bien qu'en ayant une petite idée - Guijes et son adversaire - un beau bébé de deux mètres pesant facilement un double quintal - s'étaient écharpés comme des chiffonniers. Amateurs de technique et de virtuosité, passez votre chemin. Tout n'avait été que surenchère dans la violence, une violence grasse, inélégante et ô combien dévastatrice.

Le cent-quatre-vingtième étage recelait son lot de durs à cuir. Pour la bête humaine, jusqu'alors, tout avait été plus ou moins un long fleuve tranquille. Enfin le niveau était digne de sa sauvagerie, enfin il trouvait du répondant. Ledit répondant était si percutant que l'emmerdeur expansif peinait encore à recouvrer ses esprits. Toutefois, les yeux à nouveau en face des trous, il tressaillit lorsqu'il sentit sur son épiderme salement malmené une main venue se saisir de son poignet meurtri. Ce n'était pas son adversaire mais l'arbitre, ce dernier s'étant emparé de son poignet afin de brandir bien haut le bras et proclamer Guijes vainqueur.

Tournant la tête sur sa gauche, une masse informe baignait dans un jus rougeoyant au centre du ring. Jamais il n'aurait été capable de dire comment il s'y était pris, mais la bête humaine avait remporté la confrontation. Cela s'était terminé avec un mort, l'arrête nasale enfoncée jusque dans la cervelle.
Enfin les acouphènes s'estompèrent. Les acclamations comme les hurlements dithyrambiques de la commentatrice lui parvinrent finalement. Insensible à cela, tout ce bruit ne lui avait pas manqué plus que de rigueur pour ne pas dire pas du tout. De ce qu'il saisissait, des beuglements dans le micro poussés par la jeune fille en amont, c'était un favori qu'il venait purement et simplement d'annihiler. Sa place au deux-centième étage lui revenait d'office, il n'avait pas démérité pour y avoir ses accès.

L'étage deux-cent. Un palier vers un monde nouveau venait d'être franchi. Il se souvenait de la frustration qu'il avait ressentie cette fois où il avait été observer un match entre deux monstres de puissance lui ayant donné ce sentiment d'insignifiance absolue. Sa mémoire ne manqua pas de lui rappeler ce sentiment d'oppression qui avait manqué de l'étouffer. Instinctif de par nature et même de culture, le mordu de violence avait perçu cette "aura" sans en déterminer sa provenance.

En ce jour bénit, il avait fait bien des heureux. Les cotes de paris - lui étant à la base défavorable - avaient ruiné autant qu'elle avait enrichi. Pendant que les charognards se partageaient le butin amassé sur le dos de la bête humaine, cette dernière s'en alla retrouver sa tanière ; sa chambre d'hôtel.

Mais avant, alors que la foule l'entourait et le bousculait, un impératif biologique le pressait. Son sang n'ayant que trop coulé, une perte de connaissance s'imposait. Tout naturellement, pourtant rarement disposé à exposer la moindre faiblesse, il s'écroula.
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Re: Que nenni

Message  Guijes Listoban le Jeu 3 Aoû - 15:38

Chaque étage de la Tour Céleste était pourvu d'accommodations adéquates afin d'envisager tout cas de figure, notamment les plus prévisibles liés aux combats. Que ce soient les rings, les gradins, les guichets de vente, les vestiaires, rien ne manquait. Pas même l'infirmerie où le personnel le chômait jamais.
Plus que des infirmeries, il s'agissait presque de cliniques miniatures pouvant chacune accueillir jusqu'à dix patients à la fois. Même certains grands hôpitaux publics ne pouvaient se vanter de bénéficier d'un tel service. Ceux qui y travaillaient pouvaient y gagner bien mieux leur vie qu'en soignant des innocents. Rien n'était trop beau pour ce ramassis de brutes venues s'entre-déchirer pour égayer la plèbe venu jouir des percussions des coups et des débordements d'hémoglobine.

Trois infirmières et un médecin par infirmerie. Ils étaient parés à tous les cas de figure. Nombreux parmi le personnel des soins de la Tour Céleste avaient à leur actif leur lot d'amputations. Plus qu'une clinique, c'était un service d'urgence perpétuel.
En dépit des torrents sanguins qui se déversaient en ces lieux, le sol et les murs étaient impeccables, régulièrement lavés. Dans la salle d'attente constituant l'entrée du bloc d'infirmerie, seule une femme patientait assise un livre à la main.

Elle n'était pas venue pour une consultation. On pouvait toutefois déceler chez elle, juste sous sa gorge, une hideuse cicatrice résultant d'une blessure profonde. Passant auprès d'elle, aucune infirmière n'osa se stopper pour faire la discussion l'air austère de la demoiselle n'incitant pas à la prise de contact.
Habillée de vêtements orientaux et amples, elle continuait de lire paisiblement sans qu'on ne sache trop ce qu'elle faisait là..

- Docteur, le candidat euh... mille-cent-onze, vous l'avez laissé sortir ?

Un vieux dégarni et mal rasé traîna des pieds jusqu'à la pièce où il avait aperçu ledit candidat pour la dernière fois. Sans trop se démonter, il se gratta le sommet du crâne sans pour autant que l'expression affichée sur son visage n'évolue d'un iota.

- C'est quand même curieux cette histoire. J'étais à l'entrée à discuter avec un arbitre. S'il était sorti je l'aurais vu quand même.

Puis il fit demi-tour, s'en retournant à ses patients qui eux ne lui faussaient pas compagnie.

- Bof, encore un mystère. Pas mon problème après tout.

Pas le sien effectivement, Guijes Listoban était le fardeau d'un autre, ou plutôt, d'une autre. Sèchement, Fici - Hunter chargée de surveiller la bête humain pour mieux préserver son entourage - ferma son livre avant de le ranger à l'intérieur de ce qui se présentait comme la manche d'une sorte de kimono.

- Il a ressenti ma présence...

D'un pas décidé, sa large silhouette s'engouffra de la chambre d'où était ressorti le médecin. Le lit n'avait évidemment pas été fait mais ce n'était pas ce qui intéressait la demoiselle. Sans hésiter, elle se rua jusqu'à la fenêtre qu'elle ouvrit s'empressant de regarder par dessus.

- Tu sais Listoban, du haut de cent-quatre-vingts étages, même toi tu n'en réchappes pas.

Agrippé au rebord d'une fenêtre quelques étages plus bas, c'est à bout de bras que la bête humaine cherchait à se hisser encore convalescent. Le vent violent qui soufflait à cette altitude empêcha la Hunter à ses trousses d'entendre ce qu'il lui rétorquait. Sans avoir à lire sur les lèvres, Fici se douta que rien de bien constructifs n'était maugréé à son intention. Ni une ni deux, sa proie repérée, elle enjamba la fenêtre tandis qu'une infirmière dernière elle couinait devant ce spectacle.

- Ne vous inquiétez pas, je saute et je reviens.

D'un sourire morne, à la mesure de son faciès triste, elle passa la deuxième jambe pour mieux chuter. Elle profita de cette dégringolade vertigineuse pour mieux saisir la cheville du moustachu cherchant à lui échapper (vas-y pour prononcer ça sans postillonner), débonnaire, elle l'entraîna dans sa chute, lui arrachant un hurlement bestial.
On ne se représentait pas à quel point une chute pareille pouvait être longue à vivre avant de pouvoir enfin y passer. Guijes ne s'en souciait pas. Enragé, il chercha à frapper sa chargée de tutelle même si cela devait être la dernière chose qu'il puisse accomplir avant de ne devenir rien d'autre d'une flaque de sang remplie d'os brisés.
S'amusant de le voir aussi agressif que la fois où elle l'avait quitté, Fici se saisit de lui en l'attrapant une main sur sa nuque et l'autre se s'emparant de l'expansif homicidaire au niveau de la ceinture.
Avant qu'ils ne touchent le sol, un bref instant, la bête humaine perçut la sensation qui l'avait tant chamboule lorsqu'il avait assisté au combat du deux-cent-vingtième étage.

La demoiselle au kimono était recroquevillée et d'un coup vif, comme frappant l'air de ses pieds, généra un bruit sourd. De la chute libre ils passèrent à une phase d'ascension spectaculaire, comme un plongeur qui aurait touché le fond pour mieux s'en servir comme appui afin de remonter à la surface. Toutefois, elle avait rebondi avant même de toucher la surface sur laquelle tous deux avaient été amenés à s'écraser.
Aussi fulgurante qu'à la descente, la montée chargea la bête humaine en adrénaline jusqu'à ce qu'il soit jeté à travers la fenêtre ouverte qu'il avait quittée quelques instants plus tôt. Fici s'était ensuite saisi du rebord de la fenêtre alors qu'elle recommençait à tomber pour mieux le rejoindre.

- T'écris pas, tu téléphones pas, tu donnes pas de nouvelles. Bon sang Listoban, je vais finir par croire que tu me fuis...
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Message  Guijes Listoban le Ven 4 Aoû - 18:54

Plutôt que d'ouvrir la porte convenablement, l'emmerdeur expansif laissa s'abattre une main lourde sur la poignée de la porte, l'ouvrant d'un léger coup de pied du bout d'une de ses bottes. Comme un petit garçon vexé d'avoir été repris à l'ordre, il cédait à une violence contenue pour ne pas la laisser exploser totalement, risquant ainsi une bonne correction.
Sa porte n'était jamais fermée à clé. Après tout, c'était une chambre d'hôtel où il n'y entreposait aucun effet si ce n'est quelques vêtements qui ne demandaient qu'à passer au lave-linge.

Cigare en bouche, il craqua une allumette qu'il s'empressa de jeter dans le lavabo une fois son barreau de chaise allumé. Le sens des convenances lui faisait défaut. Sortant de la salle de bain qu'il avait directement retrouvée une fois qu'il fut engouffré dans sa chambre, il se retrouva nez à nez avec Fici qui trônait impérieuse en son centre.

- Tu permets ?

Lui demanda t-il - modérément agressif - alors qu'elle se trouvait sur son passage. Sourire placide aux lèvres, elle fit un pas de côté, comme glissant sur le parquet.

- Fais comme chez toi.

Avec un grognement en guise de réponse, la bête humaine s'en alla retrouver la penderie afin d'en sortir un autre marcel, le sien encore maculé du sang de son dernier combat. Tandis qu'il se changeait, sa chargée de tutelle s'assit sur un fauteuil en soupirant d'aise. Après sa prestation récente ses jambes commençaient à se faire lourdes, elle amorça un début de conversation en se massant la cheville droite qui la faisait le plus souffrir.

- Tu as oublié pointer au commissariat le plus proche ce mois-ci.

Son nouveau maillot de corps enfilé, le principal intéressé restait aussi inerte que muet. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de réprimer ses accès de rage, mais il se fit violence. Après tout, se trouvait dans cette chambre la seule personne qui ait jamais pu le massacrer sans qu'il ne puisse répondre aux coups donnés.

- Toi en tout cas t'as pas oublié de me faire chier...

Fici conserva son sourire, prétendant ne rien avoir entendu. Elle n'était de toute manière pas du genre à se mettre en colère pour si peu. Ou pour quoi que ce soit d'ailleurs. Guijes avait su façonner sa patience au fil des ans où elle avait été amenée à le surveiller pour l'empêcher de nuire.

- Peu importe, je t'ai toujours à l'œil quoi qu'il arrive. C'est d'ailleurs la raison de ma venue. Deux-centième étage de la tour céleste hein ? Ça force le respect dis voir, même pour toi.

Elle cessait de se masser au même instant où la bête humaine vit volte face pour enfin l'observer. Prenant peu à peu - instinctivement - une pose pour le moins agressive, il fulminait. Bien qu'il n'était pas certain de pouvoir la battre, la présence de cette Hunter l'incommodait au plus haut point. Se savoir surveillé comme l'animal qu'il était ne l'amusait guère, mais qu'elle joue avec ses nerfs comme elle l'avait fait tout à l'heure avait de quoi titiller ses inclinaisons à l'ultra-violence.

- Si tu veux me féliciter, tu le fais par courrier. Maintenant qu'on s'est vus, considère que j'ai pointé. Casse-toi de ma chambre, j'ai du repos à récupérer.

À son grand étonnement, la demoiselle se leva prête à quitter ses appartements, puis, se dirigeant lentement vers la porte encore ouverte, elle plaça sa main sur la tranche de cette dernière, tourna la tête pour lui dire le plus calmement du monde.

- Là-haut, ils vont te bouffer tout cru.

Réaction prévisible. Dents serrées, pupilles à moitié révulsées, poings crispés, Guijes n'était que trop au courant de ce qui l'attendait pour son prochain combat. Cette "force" qu'il avait non pas simplement observée mais ressentie, l'atmosphère qui s'en était dégagé, tout cela était encore ancré dans sa mémoire.

- Là-haut comme là-bas, je les écraserai !

Fici le connaissait trop bien pour savoir quand il bluffait. Car lorsque son moustachu de protégé était assuré de sa victoire, il ne le clamait jamais haut et fort en premier lieu ; pour lui, cela était généralement si évident qu'il était inutile de le préciser au préalable. Cette assurance feinte n'était en réalité que la seule manière qu'il avait trouvé pour cacher le fait qu'il crevait de trouille. Comme toute bête sauvage acculée, il montrait les crocs et hérissait le poil lorsqu'il ne savait comment réagir autrement.

Alors qu'elle était partie pour quitter la chambre, sa "tutrice" ferma la porte de l'intérieur.

- Vu que le contrat qui me lie à toi prévoit aussi que je prenne garde à ta santé, tu vas bien m'écouter Listoban. Le deux-centième étage pour toi, c'est le terminus : tout le monde descend, toi le premier. Face à des manieurs de Nen aguerris, tu n'as au-cune chance.

Le contrat n'était qu'un prétexte pour ne pas avoir à dire qu'elle ne souhaitait pas sa mort en dépit de tout ce qu'il lui avait fait subir.
Habituellement, les mots n'avaient aucun écho sur lui. On ne raisonnait pas un animal à l'aide de la parole. Pourtant, cette fois, étrangement, l'impulsif de service se fit plus calme, relâchant une bouffée de fumée du coin de ses lèvres.

- Nen ?

Cela avait échappé à Fici sans qu'elle y fasse attention. Jusque là impassible, ses yeux s'écarquillèrent très légèrement lorsqu'elle prit conscience de l'erreur qu'elle venait de commettre.

- T'en as dis trop ou pas assez.

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Message  Guijes Listoban le Dim 6 Aoû - 9:44

Dans les couloirs de l'étage où avait élu domicile ce spécimen de furie concentré qu'était Listoban, tous ou presque sortirent de leur chambre. Pour ce faire, ils n'avaient pas eu à se concerter, mais simplement répondre à un cri de ralliement. Un cri bestial, une rage folle. Ne connaissant encore pas vraiment ce voisin qui ne brillait pas par ses aptitudes sociales, ils eurent ainsi l'occasion d'apprendre à le connaître.
Guijes n'en finissait pas de faire trembler les murs du couloir d'un long cri à lui en arracher les cordes vocales. Il semblait que son souffle ne manquait jamais. Mal avisé était celui qui décidait de manquer de civisme là où dans chaque chambre l'entourant se trouvait un combattant chevronné. Trois d'entre eux se décidèrent à mettre fin à cette sérénade monocorde et bruyante qui leur tapait sur les nerfs.

Puisqu'il leur fut inutile de frapper à la porte, cette dernière étant entrouverte, ils pénétrèrent de concert dans l'antre de la bête humaine qui ne se dérangea pas pour autant, hurlant toujours comme un beau diable. Durant un instant, le trio se figea. Cette vision avait de quoi tétaniser qui n'y était pas préparé. Bave aux lèvres, lèvres retroussées, dents toutes dehors, l'impulsif braillard se tenait debout, droit, tête basculée en arrière, bandant les muscles de ses bras, crachant les décibels à s'en rendre sourd.
Si l'idée de le raisonner avait effleuré l'esprit des trois hommes venus le calmer, cette simple vision suffit à les conforter dans l'idée qu'il était à présent vain de le calmer autrement que par la violence.

- Mais tu vas la fermer ta grande gueule ?!

Demanda aimablement un barbu aux cheveux lui arrivant jusqu'à la nuque avait de balancer tout naturellement son solide poing dans l'estomac laissé sans protection lui étant présenté. Tous dans l'étage eurent la sensation de pouvoir enfin souffler alors que le cri venait de subir une interruption violente. Pour autant, le problème n'était pas réglé.
Penché en avant, formant un angle de quatre-vingts-dix degrés, on avait sorti la bête humaine de sa colère aveugle. Sans doute était-ce pour le mieux. Seulement, quelques reminiscences de sa furie demeuraient. Son exutoire, Guijes le trouverait ailleurs que dans un cri. Se redressant doucement, grognant comme la bête blessée qu'il était, trois proies s'étaient jetés dans sa gueule et n'en avaient toujours pas conscience.

- Prochaine fois que tu nous fais ça je te jure que...

Le barbu ne pouvait plus jurer de rien. Personne n'avait vu le coup venu heurter sa mâchoire inférieure à présent décalée de près de dix centimètres sur sa droite. Alors qu'il était occupé à paniquer - à juste titre - ses deux camarades prirent le relais afin de neutraliser l'expansif à moustache qui n'avait que trop dépassé les bornes. Pour eux aussi, tout avait été rapide.
Sa dernière victime projetée d'un coup de poing jusqu'à l'autre bout du couloir, Guijes sortit de sa chambre en s'échauffant la nuque. Cette mise en bouche était au final tout ce dont il avait eu besoin pour reprendre ses esprits.

- Ficiiiiiiiiii...!

Grogna t-il d'une voix caverneuse, son visage se déformant un peu plus pour afficher une moue des plus hargneuse. S'il s'était retrouvé dans un tel état de frénésie, cela tenait à la Contract Hunter. Elle avait préféré ne pas lui parler davantage du Nen malgré les insistances pressantes de Guijes. Le surveiller tel qu'il était déjà demandait des nerfs hors du commun, se charger de l'empêcher de nuire une fois qu'il aurait acquis la maîtrise de l'aura aurait été une toute autre paire de manche.
Frustré, sachant qu'il frôlait la connaissance qui lui permettrait d'appréhender la puissance des habitués de l'étage deux-cent et au-delà, l'emmerdeur expansif avait extériorisé sa rage d'un simple cri après que Fici lui ait faussé compagnie.

Mais à présent, il était serein. Il avait les idées en place, des idées bien précises. Se dirigeant vers l'ascenseur, sa décision était prise, il programmerait son prochain combat pour demain. Quelque fut le Nen, il le découvrirait par lui-même pensait-il. Présomptueux, il allait aux devants de graves ennuis.
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Re: Que nenni

Message  Guijes Listoban le Jeu 10 Aoû - 16:01

- ... et face à lui ! Un nouvel arrivant au deux-centième étage. Souhaitez-lui la bienvenue, il s'agit de Guijes Listoban ! Un sauvage parmi les sauvages. Même la mafia en a peur ne leur dites pas que j'ai dit ça s'il vous plaît. Voyons s'il restera parmi nous ou si comme presque tous il passera l'arme à gauche.
Un match de sélection naturelle pour vos beaux yeux mesdames et messieurs ! Régalez-vous !


On ne donnait pas cher de la peau de la bête humaine. Impassible, sourd aux commentaires de la planquée en amont derrière son micro, il demeurait droit, les bras croisés, même imposant malgré sa stature trapue peu intimidante. En face de lui, un jeune homme. On ne lui aurait pas donné une trentaine d'années. Si bien des fantasmes reposaient sur l'image populaire du combattant d'au-delà le deux-centième étage, le bougre ne s'y conformait pas. Un homme banal. Rasé de près, des cheveux courts et châtains, aucun signe distinctif du visage n'aurait pu lui permettre de se démarquer. Pire que banal, il était quelconque. Bras ballants, une veste à capuche peu épaisse le recouvrait ainsi qu'une paire de gants.
Rien d'hostile n'était à noter dans son regard. Perplexe mais peu disposé à baisser sa garde, Guijes le garda à l'œil bien qu'il le trouvait on ne peut plus insignifiant.

Entre eux - qui étaient séparés de trois mètres l'un de l'autre - l'arbitre s'immisça afin de communiquer les règles coutumières des combats en guise de préambule à l'affrontement. À ces règles s'ajoutèrent de nouvelles normes. Notamment celles relatives à la possibilité de posséder des armes. L'expansif moustachu aurait été mis au courant à titre préventif qu'il serait tout aussi bien venu les mains vides. Un animal ne s'encombrait pas d'outils pour combattre.

Les confrontations qui opposaient un nouveau venu au deux-centième étage à un adversaire ayant au moins un combat à son actif étaient très appréciées de la communauté des amateurs de combats de la Tour Céleste. Non pas que ce qui s'y déroulait avait un quelconque intérêt martial, mais les spectateurs s'y rendaient comme on allait observer les courses voiture en priant pour un crash violent. L'hémoglobine allait fuser, c'était une certitude. Instinctivement, la bête humaine le pressentait. Quelque chose dans l'air, quelque chose de familier lui donnait des frissons.
Tout en demeurant imperturbable, il le savait à présent, même si cela était tout juste perceptible ; cette sensation, ce "Nen", son adversaire y était abonné et n'hésitait pas à y avoir recours.

- Prêts ? Combattez !

Sur ses gardes, Guijes ne se pressa pas. Il s'étonna d'autant plus de la passivité de son adversaire qui avançait lentement, ses bras longeant son corps, mollement. Des gradins, la scène pouvait avoir un aspect ridicule, sur le ring toutefois, la tension était à son comble. Ne sachant à quoi d'attendre, l'impulsif homicidaire préféra s'adonner - une fois n'est pas coutume - à une retenue à laquelle il n'était pas habitué. Cette atmosphère l'étouffait. En son for intérieur, il aurait volontiers déguerpi si sa nature bestiale n'avait pas pris le dessus.

Puisqu'il fallait se décider un jour ou l'autre à combattre, la bête humaine préféra que cela se fasse selon ses modalités. Enfin prêt à en découdre, il se jeta sur son adversaire dont le nom lui avait échappé. Contrairement à ce à quoi il s'était attendu initialement, ce dernier ne semblait pas si sûr de lui qu'il aurait pu le croire, essuyant même un mouvement de recul en voyant Guijes se jeter sur lui. Pour sa défense, les supporteurs admettaient bien volontiers que le hurlement qu'avait poussé la bête humaine leur avait collé la chair de poule. Restait à transformer l'essai après avoir intimidé son camarade de joute.

- Critical Hit ! Clean Hit ! Clean Hit !...

Tous ces coups qu'il distribuait avec une générosité et une hargne folle étaient d'une violence inouïe. Et pourtant. Bien que son adversaire essuyait un bref recul à chaque mandale - chacune d'elle ayant le potentiel de générer une fracture du crâne - c'est tout juste si quelques hématomes apparaissaient sur le visage du jeune garçon. Curieusement, il ne brandissait pas les bras pour se protéger. Maladroitement, il tentait de repousser son assaillant à coups de pieds, coups de pieds que Guijes préférait éviter pour mieux s'acharner sur lui à grand renfort de phalanges jusqu'à le faire chuter dos au ring.

- Iiiiiiiiiiiiincroyaable ! Ça n'arrive qu'une fois sur dix et ça nous arrive maintenant ! Un petit bizut réussit à en faire voir de toutes les couleurs à un habitué de l'étage deux-cents et plus

Dans l'assistance - alors que le score était de huit à zéro - on changeait déjà de discours. "Guijes" répétaient en cœur les salopards et autres alcooliques venus pour se délecter initialement d'un lynchage en règle. Ledit Guijes y était insensible à ce genre d'acclamations. Essoufflé de sa propre rage, il reprenait ses forces profitant de l'état de faiblesse de sa victime. Peut-être une vingtaine de coups avaient été administrés et il lui semblait que tous avaient heurté un mur mou, mais un mur quand même.

À terre, Helric - car c'est ainsi que le nommait la commentatrice - cherchait à rouler sur lui-même jusqu'à se retrouver à plat ventre, ne se redressant qu'à la force de ses genoux.

- Comme le veut la rumeur, Helric ne s'est pas remis des petits cadeaux de Cidelle. Ce sont donc bel et bien des prothèses qu'il a en guise de bras. Combattre en étant amputé des deux bras reste tout de même un acte de bravoure incroyable. Qu'on l'applaudisse bien fort !

Et ainsi les badauds frappèrent dans leurs mains pour en encourager le massacre d'un handicapé, un handicapé qui avait fait l'erreur de se redresser au mieux, à présent à genoux, prêt à se tenir à nouveau debout. Prêt aussi longtemps que Guijes ne venait pas lui frapper l'arrière du crâne d'un puissant coup de pied qui lui encastra à nouveau le visage à même les dalles du ring. En dépit de la violence de l'impact, pas une goutte de sang de coula des lèvres du brave Helric.

- Clean Hit !

Cette frappe n'avait rien de "clean" mais la bête humaine se s'embarrassait pas de remords pour ce coup. Car il avait beau avoir le dessus, sa nervosité était sans cesse plus titillée par ce "Nen" qui l'enveloppait, le rendant presque fou à force d'y être confronté de près.
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Re: Que nenni

Message  Guijes Listoban le Sam 19 Aoû - 11:33

Étendu sur le ring à se tortiller comme un ver inoffensif et grotesque, le perdant était tout désigné. Meneur de neuf points à zéro, la rencontre s'était déroulée sans encombre pour la bête humaine. Tout bon prédateur à qui l'on présentait une proie inerte, offerte, ne demandant que le coup de grâce, se devait de l'achever. Et pourtant, Guijes ne pouvait s'y résoudre.
La pitié ne faisait pas partie de son logiciel, ses instincts - contradictoires - s'affrontaient au mieux. Du côté du cerveau reptilien, on l'enjoignait chaleureusement à écraser le crâne de son adversaire d'un violent coup de semelle. Mais quelque chose issu des tripes se saisissait de tout son système nerveux afin de réfréner ses ardeurs.
Un danger latent était tapis là, quelque part, proche. S'approcher d'Helric, c'était réveiller cette affliction qui ne faisait sentir sans se faire voir. Tant de signaux alertaient le moustachu expansif, à commencer par le caractère prudent de l'arbitre, trop en retrait au goût de la bête humaine, comme s'il se méfiait de quelque chose.

- Que se passe-t-il mesdames et messieurs ?! Guijes semble moins sûr de lui. Cherche-t-il à faire languir son adversaire ou bien commencerait-il à avoir des remords ?

Ajouter de l'huile sur le feu, les commentateurs de la Tour Céleste n'étaient bon qu'à ça. La foule en tribune ainsi haranguée s'impatientait, hurlait, vociférait quelques râles incompréhensibles. Ils voulaient une issue à ce combat, ils voulaient récolter les fruits défendus de leurs paris.
Distrait pas les cris, perturbé par cette atmosphère qui semblait à elle seule émaner de l'insignifiant Helric parvenu à se relever malgré un mauvais coup supplémentaire, le Listoban enragé devait reprendre du service. Face à lui, à peine égratigné malgré la violence des assauts qu'il avait subit, le manchot à prothèses paraissait concentré, l'atmosphère semblait se muter autant que son faciès.

- Qu'est-ce que tu me prépares saloperies ?

Cinq mètres au moins les séparait. Ce coup de pied dans le vide que venait d'effectuer Helric n'avait aucun sens, pas pour le public, pas pour l'arbitre, pas pour le commentateur, encore moins pour l'impulsif trapu. Et pourtant, si le geste n 'avait aucun sens, trois secondes après avoir été effectué, il engendrait un effet.
Déchirant fut le cri de Guijes qui, comme simulant un coup reçu, avec été projeté en arrière, les mains sur le visage à hurler comme un beau diable. Quelque chose était entré en contact avec lui, cette atmosphère, cette "chose" invisible s'était incarnée pour le heurter au niveau des yeux. Il lui semblait avoir reçu le crochet d'une grue en plein visage, l'effet de surprise ayant été tout aussi violent que l'impact en lui-même.

Tandis que la commentatrice s'évertuait à justifier son salaire en braillant des répliques aussi dispensables que crétines, se demandant quelle mouche avait bien pu piquer le candidat mille-cent-onze, celui-ci agonisait sans que qui que ce soit ne puisse en deviner la raison. Seul l'arbitre resta de marbre. Des inconscients venus la tête vide et rappelés à la réalité par un coup induit par le Nen, il en avait vu des pelletés entière.
C'était une attaque au Nen - médiocre - qui, émise avec beaucoup de mal par le brave Helric, avait effleuré la bête humaine au niveau des yeux, se heurtant à ses arcades et le haut de ses joues.

La douleur toutefois s'était emparée de chaque parcelle nerveuse de l'emmerdeur expansif qui se sentait mourir de par chacune de ses cellule. Il se contorsionnait, bavait, vomissait, le son de ses cris était presque douloureux à entendre. L'arbitre commença un décompte qui avait bien dix secondes de retard.

- Dix....

Dans un élan purement instinctif, alors que la souffrance la plus intense l'habitait toujours, les yeux fermés, Guijes bondit sur ses jambes meurtries, et d'un bond fulgurant, se jeta tête en avant sur le manchot étant resté debout à observer son méfait. Un coup de tête avait suffi.

- Clean Hit ! Victoire de Guijes Listoban !

Ce coup du désespoir, ce n'était pas la rage de vaincre qui l'avait commandé à Guijes. Ne pouvant se résoudre à attendre la fin du décompte - chaque seconde étant cruciale dans son état - il avait rassemblé ce qu'il lui restait de forces pour clôturer au plus vite l'affrontement, que les services médicaux le prennent plus rapidement en charge maintenant qu'il était retourné à terre à crever à petite dose.
Dans un état lamentable, il avait eu recours à une astuce aussi pitoyable pour tenir le coup. Lui, si fier, si sauvage, avait agi comme une demoiselle en détresse pour qu'on lui vienne plus vite en aide. Mais à la maladie qui le rongeait : il n'y avait pas de remède.
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Guijes Listoban

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