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Dim 30 Juil - 21:31
Du haut de la cime d’un séquoia ; Imago scrutait patiemment l’horizon. L’air frais du matin bousculait tendrement les cheveux fins du jeune homme, formant ainsi un délicat chaos capillaire. Comme chaque jour de sa vie, sa coiffure héritait des traits de son duvet.

En contrebas de son perchoir, le temps semblait s’écouler bien plus rapidement. Quelques verreries aux allures incertaines menaçaient d’exploser sous la chaleur dégagée par un feu de camp. Les liquides colorés des contenants semblaient se cacher sous un tapis de bulles, mais ils ne pouvaient échapper à l’enfer miniature des flammes allumées par Imago avant son ascension. Mais celui-ci était bien au dessus des dangers de cette fournaise. Une fiole émit un sifflement strident. Le bouchon de cette dernière avait sauté avec l’augmentation de la pression liée à la température. La petite bouteille allégée de son contenu déclencha un subtil mécanisme planifié par Imago : celle-ci avait été consciencieusement placée par le jeune homme sur une vieille branche reliée à une outre remplie d’eau. L’équilibre fragile de cet assemblage venant d’être rompu, le liquide transparent se déversa dans la cavité où le brasier rouge avait été allumé. Une seconde suffit pour éteindre les flammes et apaiser l’ardeur des philtres.

Le tumulte engendré par le mécanisme n’atteignit pas l’aîné des Suton qui demeurait stoïque, le regard fixé sur l’horizon. Devant lui s’étendait une gigantesque étendue verte, au dessus de laquelle trônait une immensité bleue. Pas un nuage ne venait blanchir le ciel, pas une volute de fumée pour obscurcir la forêt.

Le calme apparent observable depuis son point de vue désespérait le jeune homme. A l’instar de ses philtres un instant plus tôt, Imago bouillait d’impatience. Il lui tardait de percevoir le signe qui mettrait un terme à son attente. Il était convenu que son grand-père allumerait un feu pour lui indiquer son arrivée au NGL. C’était bien pour cette raison qu’il s’était placé dès l’aube au sommet du plus vieux et du plus grand arbre qu’il aie connu.

Aujourd’hui était un jour important : le jour de la venue de Ganpo, le jour précédant le départ pour le monde extérieur. Bien que ce fut son anniversaire, Imago ne prêtait pas attention au fait qu’il venait d’avoir 26 ans. Seul lui importait le fait de pouvoir quitter sa terre natale pour deux semaines de temps, comme il était convenu avec son père depuis maintenant 14 ans. Ce dernier détestait voir son premier fils sortir ainsi de sa vie, et ne voyait pas d’un regard aussi attentionné l’arrivée de son beau-père. A chaque fois que Ganpo Orstal venait les visiter, Kusto Suton souhaitait intérieurement que ce soit son dernier passage chez eux...

Soudain, le pouls du jeune homme s'emballa un instant. Une fumée grise venait de prendre naissance à quelques kilomètres de la frontière...
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Imago Orstal
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Lun 21 Jan - 19:15
Imago observa calmement le signal grisâtre. Peu à peu, la teinte de la fumée passa d'une couleur sombre à un rouge plus clair. C'était le signe habituel, Ganpo serait bientôt là. L'épaisseur de la colonne était plutôt épaisse, ce qui indiquait un retard éventuel. Il était aussi possible que le feu aie été accidentellement trop nourri : c'était déjà arrivé par le passé... Bien que son grand-père avait nombre de qualités, Ganpo Orstal était aussi maladroit qu'un singe malade, boiteux et manchot. Arriver à un âge aussi imposant alors que le destin nous accable d'une telle nuisance ne peut s'expliquer que du miracle ou d'extraordinaires capacités capables de compenser un tel handicap. Imago n'étant pas croyant, il admirait son ancêtre à qui il trouvait toutes les qualités : ses connaissances sur le monde extérieur et la botanique, son éloquence, et même sa forme physique.  

En temps normal, notre jeune habitant de Neo Green Life attendait patiemment que son aïeul fasse le trajet entre la frontière et le paisible village des Suton. Mais le temps pressait. Ganpo ne devait surtout pas s’arrêter sur la route pour contempler l'éphémère beauté d’une fleur sauvage. La botanique devra attendre.

Une vie en dépendait.

Imago descendit de son perchoir en toute hâte, aidé d’une corde tressée, et ne mit que quelques minutes à atteindre le sol. Il récupéra rapidement quelques fioles et les plaça dans son sac de toile, qu'il alla placer dans la cachette habituelle.



Ganpo prenait toujours la même route, et ce n’était pas une ligne droite. Tout d’abord, il était impossible de circuler dans le NGL sans virevolter parmi un dédale de reliefs accidentés et d'arbres souvent centenaires. Mais surtout, Ganpo aimait observer les changements dans la végétation qui s’opéraient chaque année. Le cycle de la vie était un sujet tout à fait digne d’intérêt pour le vieux scientifique.

Celui-ci s’émerveillait chaque jour davantage en observant avec quelle efficacité les plantes retardaient leur fin. Comme d’habitude, il avait prévu de s’attarder au niveau d’un lac dont la transparence était la preuve indiscutable de la sanité de la région. C’est en ces lieux qu’Imago avait prévu d’intercepter l’errance tranquille de son grand-père.
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Imago Orstal
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Mer 23 Jan - 14:15
Ganpo observait, impassible, les oscillations de la surface transparentes du lac. Se lassant de son observation passive, il plissa lentement des yeux en s’étirant. Progressivement, il se décida à poursuivre sa route sinueuse en direction du village où se trouvaient sa famille. Il sentit soudainement une présence approcher depuis les fourrés. Avec l’expérience, Ganpo savait reconnaître les pas précipités d’un homme au travers des racines et des branches. Peut-être s’agissait-il d’un ami, peut-être s’agissait-il d’un ennemi. Dans le doute, Ganpo se prépara à combattre et adopta une garde ouverte.

Un jeune homme de petite taille à la pilosité incongrue s’extirpa avec hâte de la masse buissonnante. Ganpo reconnut son petit-fils. Celui-ci n’avait pas l’habitude de se précipiter à sa rencontre, ce qui emplit de bonne humeur le cœur du grand-père.

Imago, essoufflé, leva la tête. Il était là ! Il l’avait trouvé. Vite : lui parler !

‘’ C’est maman, souffla-t-il, elle est malade. Elle va mourir !  Elle…

- Est-elle au village? l’interrompit Ganpo.

- Oui.”

Ganpo s’effaça soudainement. Là où étaient ses pieds un instant plus tôt, la terre fit place à un fin nuage de poussière. Imago, sidéré, ne comprit pas tout de suite que son grand-père était parti sans lui. Il reprit son souffle un instant et essaya de rattraper cet ancêtre qui était bien plus rapide que lui. Il ne prit pas la peine d’analyser cet événement insolite, ni même de vérifier dans quelle direction était parti Ganpo : il fallait rentrer le plus vite possible. Peut-être qu’il restait une chance de sauver Hayna, et peut-être que l’on aurait besoin de lui
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Imago Orstal
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Dim 27 Jan - 19:32
Lorsqu'Imago parvint à rejoindre le village, la nuit était tombée et Ganpo était depuis longtemps déjà au chevet de sa fille. Imago traversa, tel une ombre, la partie ouest du village. Son chemin, éclairé simplement par la lueur des torches vacillantes, semblait plus angoissant qu'à l'accoutumée. Arrivé devant la hutte familiale, Imago retint son souffle. Pas une âme n'avait osé l'approcher sur son trajet et aucun mot ne fut prononcé lorsqu'il passa le seuil de la demeure. Son père et ses frères étaient assis en tailleur, l'air grave. Sa mère était allongée au centre de la pièce, le visage faiblement éclairé par la lueur d’une bougie. Derrière elle se trouvait Ganpo. Un mélange chaotique d’anxiété, de colère et de tristesse pouvait se lire sur son visage.


Imago s’avança, angoissé. Il s’abaissa au niveau de sa mère et lui prit la main. Elle était si froide… Elle avait l’air apaisée, endormie. C’était comme si la souffrance des derniers jours n’avait jamais existé. Le cœur d’Imago lui sembla porter un poids inquantifiable. Des larmes s’enfuirent sur ses joues, accompagnant celles de tous les membres de la familles, maintenant en cercle autour de la défunte. Ganpo tenta maladroitement de prononcer quelques mots. Sans succès...


L’instant paru durer une éternité. Peu à peu, les joues s’asséchèrent. Le flot des larmes avait cessé. Imago se retira, suivi de près par ses frères. Ganpo s’attarda encore un instant, il voulait parler à Kusto, lui dire que tout allait bien se passer et que la tristesse serait plus légère avec le temps. Il n’en croyait rien. Finalement, Kusto Suton demeura seul dans la pièce. Il embrassa sa femme sur le front et ferma les yeux.
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Mer 13 Fév - 22:12
‘’Dure journée, soupira Ganpo en se rapprochant d’Imago.’’

C’était un euphémisme pour Imago, sa mère était la seule personne dans le village, et peut-être même dans tout le NGL, à réellement le comprendre. Il se sentait perdu, à la dérive dans un océan de verdure peuplé par des Hommes dont la simplicité d’esprit les rapprochent davantage du bétail qu’ils côtoient au quotidien. Combien d’attaches fragiles le retenaient encore à l’ancrage familier de ces branchages ? Combien d’années encore à prendre racine dans cette verte demeure ? Fallait-il encore s’accrocher à un arbre familial qui, sans qu’il soit fané, lui laissait l’impression d’être un greffon mal enté ?

La main de Ganpo se posa maladroitement sur son épaule, tremblante mais rassurante. Imago se retourna lentement, à moitié aveuglé par la lumière vacillante d’une torche et les yeux encore embués par les larmes qu’il tentait vainement de cacher. Il fit face à un homme qui semblait dissimuler au moins autant de tristesse. Ganpo s’approcha et prit son petit-fils dans ses bras, le serrant avec une fermeté qu’il voulait rassurante. Les deux hommes pleurèrent ensemble quelques minutes dans un requiem silencieux.  


Peu à peu, Imago se libéra de l’étreinte de son grand-père. Après avoir mûrement réfléchi, il le regarda droit dans ses yeux rougis et lui annonça :

Il faut que je parte d’ici. Je ne veux pas… Je ne peux plus rester ici, constata-t-il d’une voix fatiguée par les pleurs.

- En es-tu sûr, répondit Ganpo ? Ta famille est ici, tes racines sont ici…

- Tu es aussi de ma famille, et en ce moment j’ai plus que jamais besoin de m’éloigner d’ici. Bien que j’adore les plantes, la densité de celles-ci me lasse et je veux voir le monde : bien plus que ce que tu m’as déjà montré ! Emmène-moi !

- Bien que ta demande me fasse plaisir, réellement… Il faut d’abord que nous rendions Hayna à la Terre, que nous lui fassions nos adieux de manière décente…

- Papa a déjà commencé à creuser… Il y a une semaine. D’une certaine façon, je crois que nous lui avons déjà dit au revoir lorsque les plaques brunes ont commencé à apparaître sur sa peau… Mais je comprends que toi, tu veuilles lui rendre un dernier hommage.

- Merci pour ta compréhension, répondit doucement Ganpo. J’aimerai aussi avoir l’accord de ton père. Je sais que tu es majeur à l’égard de la loi, mais…

- A l’égard de la loi ? Certaines lois ne s’appliquent pas ici, surtout celles qui ont été décidées à l’extérieur. Mais je réussirai peut-être à le convaincre.

-Et si tu ne réussis pas ?

-Je compte bien réussir, mais je partirai d’ici avec son aval ou non, conclut Imago.”

Ganpo hocha la tête. La tâche ne s’annonçait pas des plus aisées.
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Imago Orstal
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Ven 15 Fév - 22:24
Kusto Suton ressentait un grand vide au fond de lui : un trou béant qui ne se pourrait pas se combler aussi facilement que celui qu’il avait creusé ces derniers jours. Comment peut-on encore vivre sans sa moitié ? Trente ans de vie à deux, et soudain le néant : il ne restait à notre homme que ses quatres enfants et de bien maigres possessions. Fort heureusement, l’ancien du village voisin lui avait assuré que la maladie contractée par Hayna n’était que rarement contagieuse.

Kusto soupira. Une épidémie aurait sans doute décimé tout le village, mais quelque part… Au fond de lui, il songeait à la simplicité d’un destin commun : mourir en même temps qu’Hayna…

Cette pensée égoïste eut au moins le mérite de lui faire penser à sa descendance. Quel sort ses enfants auraient-ils subi si la maladie s’était révélée plus dangereuse ? Et si ils avaient survécu : seraient-ils capables de se débrouiller ? Bien que les terres du NGL soient fertiles, le terme de débrouillard était loin de lui venir à l’esprit lorsqu’il avait ses fils sous les yeux. Pour commencer, Lehmar était encore jeune et inexpérimenté : incapable de bêcher correctement. Il faudrait encore une bonne dizaine d’année avant qu’il soit un bon parti. Kahyn, de deux ans l’ainé de Lehmar, avait un don pour cultiver la terre. Mais ses deux mains vertes se transformaient en mains gauches dès qu’il fallait faire autre chose. L’affreuse poterie qu’il lui avait offert l’an dernier en était la preuve. Jundi se débrouillait dans l’ensemble, mais il devait encore apprendre à se débrouiller seul. Son manque de confiance en lui et sa timidité seraient sans doute surmontables, avec du temps. Quant à l’ainé de la fratrie… Que dire sinon que sa mère l’avait sans doute trop couvé quand il était encore enfant, lui avait trop raconté les soi-disantes "merveilles" extra-frontalières sans préciser les dangers qui les guettaient tous. Imago était certes le plus âgé de sa fratrie, mais c’était aussi celui qui avait le plus besoin d’un bon coup de pied au fondement pour le mettre au travail. Kusto regrettait l’accord concédé à son beau-père il y a presque vingt ans… Son premier fils avait bien sûr hérité de sa fière pilosité, de son regard vif et de sa silhouette trapue, mais il avait aussi malheureusement reçu l’intelligence de sa mère ainsi que son inébranlable force de caractère.

Kusto soupira et tenta de faire de l’ordre dans sa tête. Il lui restait ses fils. Sa vie avait toujours un sens, même sans l’amour de sa vie. Devant le trou qui accueillerait bientôt le corps sans vie d’Hayna, il se promit intérieurement de tout faire pour guider leurs enfants dans la vie et leur offrir un avenir sûr, tranquille et le plus long possible.

Au loin, le ciel semblait prendre une teinte plus claire, l’aube approchait. Il faudrait bientôt assister à la cérémonie, retourner aux champs et profiter du repas du midi pour discuter en famille. Kusto se sentait soudainement bien fatigué.
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Imago Orstal
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Dim 24 Fév - 17:25
Le cortège funéraire prit le chemin le plus direct entre la maison des Suton et ce qui faisait office de cimetière actuel. Imago, fort de ces connaissances sur l’extérieur, se fit la remarque que les coutumes funéraires du NGL étaient, encore une fois, bien distinctes des rituels compliqués et cérémonieux que pratiquent les gens cultivés. Ici, tout semblait plus simple… L’absence de bibelots et de tenue d’apparat rendait les choses moins inhabituelles. L’emplacement du cimetière actuel était réfléchie en fonction des besoins en futures cultures, car les dépouilles sans vie rendues à la terre permettraient un jour de nourrir les descendants en fertilisant le sol. Ces brèves pensées firent d’ailleurs écho à l’éloge funèbre d’un ancien, qui vanta modestement les qualités maternelles d’une femme que tous auraient aimé connaître plus longtemps avant de conclure que la vie était un don de la terre et que nous offrions nos remerciements en retour.

Le corps fut placé dans la fosse, délicatement. Les enfants de la défunte s’avancèrent et placèrent chacun une petite statuette, sculptée par leurs soins, sur son ventre afin de lui rendre un dernier hommage. Imago remarqua que les traits de sa sculpture étaient bien moins fins que ce qu’il avait cru réaliser cette nuit. Les œuvres de ses frères témoignaient du temps qu’ils avaient passé pour les réaliser. Depuis combien de temps les avaient-ils préparées ?

A son tour, Kusto s’avança. Il plaça une fleur sur la poitrine de sa moitié. Une larme silencieuse s’y déposa également. Tandis qu’il plaça un baiser sur le front froid de sa femme, tous se turent : un instant de silence empreint de respect et de compassion.

Tandis que Kusto se reculait, les aînés entamèrent un chant dont les paroles semblaient former un psaume. Personne ne les écoutait vraiment.
Trois villageois empoignèrent leurs pelles, et la terre commença bientôt à effacer Hayna.
Peu à peu, les Hommes quittaient la scène pour retourner à leur quotidien, posant parfois une main sur l’épaule de Kusto. Le temps était propice au labour.
Désireux de penser à autre chose, les trois frères d’Imago suivirent les membres de la communauté. Seuls demeuraient Kusto, son fils aîné ainsi que son beau-père, dans un silence pesant.

Imago prit l’initiative et s’approcha de son père :

‘’ C’était émouvant comme cérémonie, dit simplement Imago.
- Elle n’avait rien de spécial, soupira Kusto.
- On aurait pu faire mieux pour maman, non ?
- Nous avons fait ce qu’il fallait faire, dans la tradition de notre village.
- A l’est, les cérémonies d’enterrement durent plus longtemps, avec de magnifiques cercueils en bois sculpté dans lesquels on place les défunts, vêtus des plus beaux costumes…
- Et à quoi cela sert-il, le coupa son père ? Je t’ai déjà dit de ne pas évoquer les "coutumes" des autres pays au village. Ta mère était d’accord avec moi sur ce point, le-monde-extérieur-doit-rester-à-l’extérieur, martela-t-il.
- Maman n’est plus là. J’aurais aimé connaître le monde comme elle l’a connu…
- Stop. Tu as déjà pu voir le monde extérieur, tu y a même passé un total de dix-sept mois. J’avais osé espérer qu’un mois ou deux auraient suffit pour te montrer ses dangers, pour que tu réalises où se trouve ta place…
- Je ne suis pas certain de vouloir demeurer au NGL toute ma vie… Non. Je suis même certain de devoir partir. Ma place n’est pas ici.
- Tu oses me lancer ces mots le jour de l’enterrement de ta mère... Tant que je le déciderai : tu resteras ici avec tes frères et moi !
- J’ai la même maladie que maman, répondit Imago d'un air grave.’’

La phrase eut l’effet d’un couperet sur la conversation. Imago ôta la partie haute de son ensemble, dévoilant son torse sur lequel se trouvait une étendue poilue parsemée de plaques rougeâtres. Leur couleur et leur aspect n’étaient que trop semblables à celles se trouvant encore sur le cadavre que l’on venait d’enterrer.
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Imago Orstal
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Dim 24 Fév - 20:00
L’effroi pouvait se lire sur le visage de Kusto. L’ancien pensait que la maladie n’était pas contagieuse. Il s’était visiblement trompé. Le risque d’une épidémie mortelle planait à nouveau sur le village, et il allait perdre son fils. C’en était trop pour lui. Il se sentit tomber à terre ; ses jambes ayant décidé qu’il n’était pas possible de supporter le cumul de ces peines.

Ganpo, qui demeurait en retrait depuis le début de l’échange s’approcha prudemment. Son petit-fils, en qui il plaçait une grande confiance, n’avait pas évoqué ce "détail" jusqu’à présent. Alarmé, il voulut questionner Imago sur sa santé mais celui-ci l’arrêta d’un geste de la main.

‘’Ici, je sais ce qui m’attend. Je rejoindrai sûrement maman avant toi…
- Depuis quand… Pourquoi l’avoir caché, bégaya Kusto ?
- Je m’en suis rendu compte il y a deux jours, déclara Imago. Je n’ai pas de difficulté à bouger, ou encore à respirer. Mais j’espère simplement ne pas avoir à subir la même cérémonie du point de vue du défunt. Ici, je n’ai plus aucun espoir de vivre. Là-bas, j’ai encore une chance d’être soigné. Ils ont des médecines plus puissantes que les boissons de l’ancien… Pour maman, la question ne se posait même pas vu son état, mais moi je peux me déplacer ou être déplacé. Ganpo m’amènera voir un spécialiste et je suis certain que je pourrai survivre.
- Je ferais tout pour empêcher un deuxième drame, promit Ganpo.
- …
- Papa ?
- Tu dois partir, parvint à articuler Kusto. En restant au village, tu mets en danger tout le monde. Va dans la forêt et ne revient pas.
- Dans la forêt, s’emporta Imago ?! Il n’y a rien qui puisse me sauver là-bas…
- Plus jamais je ne t’autoriserai à quitter ces lieux, mais je ne peux pas te forcer à rester dans le village, tu mettrais tout le monde en danger. Pars, ne t’approche pas de moi, de tes frères ou de qui que ce soit dans tout le NGL !
- Mais…
- Si tu survis, et que tu arrives à éradiquer ce mal d’une manière ou d’une autre, tu seras autorisé à revenir. J’expliquerai à tes frères les raisons de ton départ. Je pense que tu leur manqueras. Maintenant pars ! Ne pollue pas davantage l’air avec les miasmes que tu portes... Ganpo !
- Oui, répondit ce dernier ?
- Veilles sur lui, tu veux ?’’

Sur ces mots, Kusto se releva et partit en direction de la maison familiale. Tourner le dos à son fils était plus dur qu’il ne l’aurait cru et cachait fort mal les larmes qui perlaient à nouveau sur ses joues.
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Imago Orstal
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Mar 26 Fév - 17:05
Cela faisait maintenant deux heures qu’Imago et son grand-père avaient quitté le village : deux heures depuis l’exil. La végétation se faisait de plus en plus dense et Ganpo, malgré son exceptionnel sens de l’orientation, situait de moins en moins bien la direction à prendre pour le chemin du retour. Depuis leur départ, les paroles prononcées furent peu nombreuses et gravitaient peu autour de la discussion vive qui précipita leur marche. Au détour d’un saule au feuillage incroyablement épais, l’homme d’expérience qu’il était se décida à aborder les sujets les plus graves.

‘’ Les plaques sur ton torse… Je veux dire la maladie de ta mère. Je ne sais même pas ce qu’elle avait et je ne peux pas t’affirmer qu’elle aurait pu être soignée, même en dehors du NGL.
- La plupart des maladies qui nous déciment au NGL sont facilement identifiées à l'extérieur et elles peuvent être soignées, n’est-ce pas, répondit Imago ?
- Si ça avait été une simple grippe ou même un rhume, oui. Il existe certaines maladies que l’on connaît moins bien et qui nécessitent des vaccins préventifs, mais elles n’auraient pas pu t’affecter toi. Tu es à jour de ce côté là.
- Je me souviens bien de ça oui. Je suis sûr qu’il n’était pas nécessaire d’utiliser une aiguille aussi longue, rétorqua Imago.
- Mais ces plaques rouges sur le torse, ce n’est définitivement pas normal. Il faut qu’on trouve un médecin au plus vite. Est-ce que ça te gratte ? Non, ça ne ressemble pas à de l'eczéma… Ce serait trop simple… Rubor, rugor, calor et dolor : est-ce chaud ou bien douloureux ? Les deux peut-être, s’enquit Ganpo ?
- Ça me démange, effectivement. Mais ce n’est rien de bien grave.’’

Rien de bien grave. Ces quatre mots eurent autant d’impact sur les inquiétudes du grand-père qu’un insecte se jetant sur un pare brise. L’incompréhension totale qui avait pris place sur le visage de Ganpo était à l’exact opposé du calme qu’affichait celui d’Imago.


“C’est ici, déclara ce dernier.”


Ganpo regardait autour de lui, ne distinguant dans ce paysage vert qu’une poignée de plantes dignes de son intérêt botanique. Imago recula alors d’un pas et s’enfonça subitement dans le sol. Aucun cri ne se fit entendre, juste un léger bruit de chute.

"C’est bon, tu peux venir, cria Imago d’une voix qui paraissait quelque peu lointaine !’’
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Imago Orstal
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Ven 8 Mar - 0:00
Ganpo avança prudemment. Ou bien son petit-fils jouissait d’un don surnaturel lui permettant de se téléporter, ou alors ce dernier avait déniché une cavité quelconque camouflée par quelques formations végétales. La dernière hypothèse étant la plus probable, il paraissait nécessaire pour le hunter expérimenté de progresser pas à pas, histoire de ne pas se briser inutilement une jambe, ou plus selon la profondeur du trou, le relief au sol, ou encore les décombres pouvant le recouvrir.


La voix d’Imago se fit entendre à nouveau :

“Avance simplement : c’est sans danger, promis.”

Ganpo sourit à l’idée que son petit-fils et lui-même avaient sans doute une idée bien différente de la notion de danger. Confiant, il fit un pas, puis un second et sentit un courant d’air froid remonter le long de son corps depuis la végétation dense du sol. Un petit saut en avant prit rapidement l’aspect d’une chute de deux mètres. Ganpo vit rapidement s’effacer la luxuriante verdure environnante au profit de l’obscurité souterraine. La chute fut brève et l'atterrissage, bien qu’inconfortable, ne fut pas douloureux. Au toucher, Ganpo parvint à distinguer quelques mousses communes  et un amas de diverses fougères et brindilles, le tout faisant office d’amortisseur. Bien que le trou par lequel il venait de passer soit juste au dessus de lui, la lumière du jour transparaissait peu au delà de l’écrasante densité végétale. Il semblait toutefois possible de remonter à l’aide des épaisses racines au niveau des parois de la grotte. Droit devant lui, une faible lueur laissait entrevoir au vieux hunter un semblant de couloir.

A l’autre extrémité, Imago appela une fois encore :


“C’est par ici ! Il faut juste suivre la lumière. Fais attention aux champignons en marchant !”


Quelques mètres plus loin, Imago s’affairait à mettre en ordre les ustensiles de son antre secrète, espérant naïvement que le manque de rangement perpétuel et l’anarchie ambiante puisse s’effacer en quelques secondes. Dans sa précipitation, un récipient en terre cuite se brisa, laissant son contenu visqueux se répandre sur le sol argileux.
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Imago Orstal
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Ven 8 Mar - 0:11
Ganpo s’engouffra dans ce qui semblait être le laboratoire secret d’un scientifique fou primitif. Le contraste lumineux avec le couloir qu’il venait de traverser était saisissant. La “pièce” dans laquelle il venait d’entrer semblait ne pas avoir de plafond, et pourtant il était possible de distinguer, deux mètres plus haut, un passage net entre la paroi rocheuse et ce qui ressemblait à l’intérieur du tronc d’un arbre de taille impressionnante : peut-être un séquoïa ? La lumière devait donc venir d'une large fente, quelque part en hauteur.

Quelques verreries difformes occupaient une table de pierre à peu près droite au centre de la cavité rocheuse. Au niveau des parois, des trous creusés par l’homme (sans doute celui qui venait de ranger précipitamment son laboratoire) comprenaient plusieurs dizaines de récipients non étiquetés. Au fond, se trouvait une étagère en bois dont les rayons, loin d’être horizontaux, abritaient quelques ouvrages qui étaient indubitablement d’origine extra-frontalière. Ganpo en était certain dans la mesure où c’est lui qui les avaient amenés en toute illégalité. Ce dernier posa son regard sur Imago, qui attendait visiblement des remarques élogieuses au sujet de cette cachette :

“C’est toi qui a creusé tout ça, s’étonna Ganpo ?
- Non, avoua Imago. La cavité était creusée ainsi quand je l’ai découverte. Je suppose que c’était l’habitat d’un gros animal, mais si c’était le cas, il n’est jamais revenu. Dans le doute, j’ai planté quelques gousses d’ail autour du trou d’entrée en espérant repousser un peu les bêtes à l’odorat trop puissant.  Pour le reste, oui c’est moi qui l’ai aménagée. J’espérais te montrer les résultats de certaines de mes recherches ! Tout d’abord, sache que j’ai beaucoup lu “Eléments de physiologie humaine”, et le “Guide de détermination des plantes forestières de Yorubian et ses îles” que tu as co-signé il me semble.
- Quelque chose me dit que je sais pourquoi ton père te reproche régulièrement de ne pas travailler aux champs…
- Bien que ce soit nécessaire, je pense qu’il y a plus important à faire. Je disais donc, j’ai trouvé quelques applications intéressantes à des plantes du NGL. Par exemple, goûte-moi ça, dit Imago en lançant une petite boule de couleur jaunâtre à son grand-père.
- Qu’est-ce ?
- Un bonbon, s’exclama Imago ! J’ai galéré comme pas possible pour arriver à cette forme ! Il m’a fallu faire un moule de pierre. Évidemment, les moules en terres cuites tenaient pas bien la chaleur et surtout ça laissait un goût amer. Après, le goût est loin d’être formidable, mais on sent bien le miel, la menthe poivrée et si tu en as déjà goûté tu pourrais reconnaître un peu d’astragale.
- Tu as réussi à faire un bonbon… J’avoue que je suis assez surpris. Pourquoi ne pas m’en avoir parlé avant ? Je veux dire, de ce laboratoire, de tout ce qui m’entoure tout de suite… Cela doit faire plusieurs années…
- Ça fait six ans que je connais l’emplacement de la grotte : je m’en suis servi à peu près immédiatement pour cacher les ouvrages. Je dois dire que c’était déjà plutôt osé de ta part d’en apporter ici. Je ne sais toujours pas comment tu as fait d’ailleurs. Il est impossible d’échapper à leur vigilance. Il paraît que quelqu’un a été exécuté pour tenter le coup il y a deux ans, il avait un plombage en plus… Mais j’ai commencé à essayer de faire des expériences depuis seulement deux-trois ans. Ça va ?”

Ganpo tentait discrètement de recracher la “sucrerie” qu’il venait naïvement de mettre dans sa bouche. Il se força à ne pas recracher cette immondice dont le peu de sucre que son palais était parvenu à discerner ne pouvait pas dissimuler l’acidité qui perforait sa langue. Il fit mine de s’éclaircir la gorge et reprit la conversation :

“Je pense que Hayna aurait adoré connaître cet endroit, dit-il en repensant à sa fille. Quand elle était petite, elle faisait toutes sortes d’expériences et était très curieuse. Ça lui a passé en grandissant, sinon je doute qu’elle serait restée au NGL.
- Bien que maman n’aie pas… Enfin, n’avait pas des positions aussi extrêmes que celles de papa : je pense qu’elle m’aurait empêché de faire tout ça. Elle voulait simplement une vie paisible, en famille. Et c’est en partie ce qu’elle a eu. J’ai essayé de l’aider tu sais…
- Je suis sûr qu’elle t’en es reconnaissante, de là où elle est… C’est en l’aidant que ces plaques sont apparues sur ton torse sont apparues ?
- Exactement, mais ne t’en fais pas pour elles…
- Excuse-moi, mais il me semble que j’ai tous les droits de m’inquiéter pour toi, insista Ganpo ! Si ces plaques sont des symptômes de la maladie qui a emporté Hayna, on doit te soigner au plus vite. Je ne comprends pas pourquoi nous sommes encore ici alors que nous devrions nous dépêcher quitter le NGL pour trouver un médecin !
- Je ne suis pas malade grand-père, j’ai menti à papa tout à l’heure.
- Hein, répondit bêtement Ganpo ?
- Les plaques rouges sur mon corps ne sont pas dues à une maladie, je peux te l’assurer. Elles n’ont aucun lien avec la maladie de maman. Tu connais la molène ?
- Oui, c’est une plante bisannuelle qui pousse un peu partout dans les climats tempérés et tropicaux.
- Et qu’en est-il de ces applications ?
- C’est un interrogatoire, répondit Ganpo ? Elle est parfois utilisée pour soulager les bronches et les voies respiratoires en général. On l’utilise souvent en infusion.
- Maman avait du mal à respirer et sa gorge avait enflé. Je n’avais pas d’autre choix que d’en faire un cataplasme…
- Que tu as appliqué sur son torse ?
- C’était assez gênant, mais nécessaire. Il semblerait que maman y aie fait une allergie, d’où l’irritation cutanée. J’y suis aussi allergique, je m’en suis rendu compte en testant la mixture sur moi-même, d’où les plaques. J'en avais aussi sur les mains à un moment.
- Mais alors, tu n’as rien… Tu aurais pu clarifier plus tôt…
- Je voulais voir la réaction de papa... Et puisque je voulais te montrer ma cachette, je trouvais ça plus approprié de te dire la vérité ici. D’ailleurs, maintenant que tu es rassuré… J’aurais une faveur à te demander.
- Laquelle ?”

Imago regarda son grand-père droit dans les yeux :

“Je souhaite que tu fasses passer en contrebande les livres de l’étagère et quelques substances que j’ai créé.
- Hmm… Je ne peux pas tout faire passer, tu vas devoir sélectionner des objets.”

Ganpo réfléchit un instant, puis attrapa un pan de tissu accroché sur le côté d’une étagère.

“Tout doit tenir dans cette toile. On doit pouvoir la refermer.
- Pour le transport, demanda Imago ?
- Tu verras.”

Imago passa près d’une heure à choisir ses affaires en estimant le volume maximal du baluchon. Il se décida finalement à n’emporter que son herbier personnel, les livres offerts par Ganpo, et quelques pots contenant des onguents et des friandises, ainsi que le plus vieux cadeau que son oncle lui aie offert : une réplique de la licence officielle des hunters, à son nom. Imago savait bien peu de chose de cette profession singulière, mais il savait que son grand-père en possédait une : une vraie, bien évidemment. Une fois le sac de toile bouclé, il le tendit à Ganpo. Celui-ci ne tendit pas la main pour le récupérer :

“Tu vas plutôt le mettre dans cette malle, dit-il à son petit-fils.”

Imago se retourna et aperçut effectivement une malle, qui n’était pas là quelques instants plus tôt. Il savait que son aïeul avaient quelques talents pour la prestidigitation, mais là : on touchait au surnaturel.

Prudent, il s’avança et inspecta la malle. Celle-ci semblait normale au premier abord, assez lourde à déplacer et de bonne facture. Imago ne parvenait pas à en voir le fond, mais cela n’était pas choquant avec la lumière assez tamisée de la pièce. N’identifiant aucune menace, il déposa son baluchon dans le coffre. Imago cligna des yeux. Le contenant venait de disparaître, ainsi que les souvenirs d’Imago portant sur les objets qu’il venait de placer et sur la malle.

“Pouvons-nous y aller, demanda Ganpo ?
-Oui, répondit Imago. Il n’y a rien ici que je souhaite réellement emmener.”


Tous deux quittèrent alors le laboratoire secret, espérant arriver au poste-frontière avant la tombée de la nuit.
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Imago Orstal
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Ven 8 Mar - 17:02
Le Soleil disparaissait progressivement au delà de l’étendue verdoyante, la couvrant d’un teint crépusculaire. Le poste-frontière, pourtant taillé dans deux grands arbres, semblait bien petit par rapport à l'immensité végétale qu’ils quittaient. Imago était perturbé. Il avait l’impression d’oublier quelque chose d’important. Il voulait impressionner son grand-père en citant le nom scientifique de cette espèce d’arbre gigantesque, mais ne parvenait pas à s’en souvenir. Il mit ce phénomène sur le compte de la fatigue. Les jours passés avaient été quelque peu éprouvants sur le plan mental, et le voyage vers la civilisation ne serait pas non plus de tout repos.

Après avoir passé une vingtaine de minutes devant l’entrée, une dame assez mince vint à leur rencontre. Les consignes étaient toujours les mêmes et n’avaient jamais variées depuis le premier passage de Ganpo. Celui-ci fit toutefois remarquer à Imago qu’un peu de budget avait pu être débloqué puisque les appareils avaient eu droit à une seconde jeunesse. Imago ne comprit pas l’intérêt : il fallait toujours se déshabiller, et le contact glacé des appareils contre sa peau nue faisait littéralement hérisser l’entièreté de sa pilosité. Observant les grimaces de son petit-fils, Ganpo lui lança la phrase suivante :

“La loi est dure, mais c’est la loi.”

Imago ne répondit pas, mais se promit de lui rappeler ces mots quand ce serait au tour de son aïeul de subir un inconfort aussi horripilant.

Après que l’on eût fouillé leurs affaires, deux fois, on les autorisa à passer dans le second arbre, où l’on gérait principalement les communications avec l’extérieur du NGL ainsi que les formalités administratives.

Après une foule de questions posées à Ganpo, Imago se sentit las d’être ignoré par les fonctionnaires et chercha une chaise sur laquelle se poser. Au moment où il allait enfin pouvoir s'asseoir sereinement sur son séant, son aïeul le rappela à ses côtés.

“Nous vous remercions pour votre patience. Nous vous souhaitons bonne route, messieurs Ganpo Orstal et Imago Orstal.
- Merci à vous de nous avoir accueillis à une heure si tardive. Bonne soirée à vous.
- Bonne nuit, lui répondit-on simplement.”

Imago ne participa pas plus à la conversation qu’il ne l’avait fait jusqu’alors. Il se contenta d'adresser à ces gens un signe de tête cordial.

En sortant du deuxième arbre, ils constatèrent que la nuit était tombée. L’immensité verte derrière eux, ils se trouvaient maintenant dans une plaine sombre et désertique. Imago soupira :

“Peut-être aurions nous dû attendre la levée du jour pour partir.
- Tiens donc ? Tu as envie de faire demi-tour, lui suggéra Ganpo en souriant ?
- Certainement pas, mais je ne sais pas vraiment me repérer avec les étoiles et je serai bien incapable d’aller jusqu’à notre prochaine étape. D’ailleurs, où allons-nous cette fois-ci ?
- Ne t’en fais pas : pendant que tu étais occupé à chercher je-ne-sais-quoi tout à l’heure, j’ai pu utiliser les téléphones du poste-frontière. Un de mes amis va venir nous chercher dans quelques heures tout au plus. Il nous conduira dans sa demeure où nous passerons les prochains jours en attendant le bateau.
- Le bateau pour ?
- Pour le continent bien évidemment ! Pour la suite, on verra plus tard. En l’attendant, pourquoi ne pas dormir un peu : je vois bien que tes jambes ont du mal à te porter, donne-leur un peu de répit.
- Par terre ?
- Tu viens du NGL et tu fais ton difficile ? Tiens, j’ai emprunté ça aux gardes-frontières.”

Ganpo tendit à son petit-fils un sac de couchage. Ce dernier l'accepta sans dire un mot, trop concentré à investir le peu de forces qu’il lui restait dans l’effort nécessaire pour se glisser dans le duvet. Tandis qu’Imago s’assoupissait, son grand-père scrutait le ciel étoilé. L’obscure clarté l’amena doucement à ressasser les précieux souvenirs qu’il avait de sa fille. Ces pensées nostalgiques le guidèrent à son tour sur la route du sommeil.
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Imago Orstal
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