Musclé, huilé et moustachu

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Musclé, huilé et moustachu

Message  Guijes Listoban le Sam 24 Juin - 14:36

Rares étaient les occasions d'observer un spécimen de Listoban essoufflé. La bête humaine n'avait pas une endurance remarquable, mais ses confrontations s'expédiant généralement d'un revers de la main, il ne trouvait jamais le temps d'être épuisé. Haletant, bouche disgracieusement entrouverte, il poussa un autre cri entre deux souffles puis essuya le mince filet de bave coulant de sa lèvre inférieure.
C'était un cri de frustration. Frustré, il l'était plus que de raison. Son appétence pour la destruction ne trouvait satisfaction alors qu'il multipliait les ruades afin d'éradiquer son adversaire, un jeune éphèbe aux traits épurés et à la nuque couverte de ses cheveux lisses et fins. Plongeant une fois de plus en direction de sa proie, Guijes s'écrasa sur le ring. Rien n'y faisait, il ne pouvait mettre la main sur cette anguille à l'apparence humaine. À peine eut-il eu le temps de bondir pour se redresser, assénant un nouveau cri bestial, que sa joue droite fut frappée de plein fouet par un coup de talon s'étant élevé jusqu'à son visage.
Il avait eu beau tenter de saisir la jambe que celle-ci s'était déjà rétractée. Vif, mais pas que, le jeune et svelte combattant qui l'humiliait avec un zèle débordant venait d'obtenir un nouveau "Clean Hit". Enragé, concentré sur son combat, l'impulsif trapu n'avait pas tenu les comptes. Il ne le savait pas encore mais il n'était plus qu'à un coup de la défaite.

Ce n'était pas faute de redoubler d'efforts pour inverser la tendance. Tout - en tout cas, tout ce qui était à la mesure de son ingénierie, c'est à dire peu de choses - y était passé. Que ce soit de subir un coup pour mieux se saisir de l'adversaire et contre-attaquer ou bien s'adonner encore et encore au plaquage, rien n'y faisait. Trop rapide et surtout trop agile pour lui, son adversaire dansait sur le ring. De sa silhouette, on le devinait assez peu puissant, certainement pas assez en tout cas pour infliger de dégâts sérieux au Listoban sauvage qui rugissait à nouveau. S'il hurlait à s'en déchirer les cordes vocales comme le dernier des possédés, c'était parce qu'il lui fallait un exutoire afin d'exorciser sa fureur et sa frustration. Cet exutoire se déversait habituellement de ses phalanges, lorsque celles-ci s'affairaient à pulvériser la chair et les os qui avaient le malheur de se trouver sur leur chemin. Mais l'adversaire se contorsionnait avec brio à chaque tentative de charge de la bête humaine. Aucun recours n'était concevable.
Même à un point seulement de la défaite, Guijes ne chercha pas à se tempérer, il en était de toute manière incapable en l'état, et une fois de plus, se rua tête baissée, poing brandit en arrière prêt à atterrir et même à s'écraser sur le visage de jeune fille qu'arborait son adversaire. Cela ne suffit pas.

- Clean Hit ! Victoire du candidat mille-deux-cent-soixante-douze Nihis Mervante. Accession au cent-dixième étage.

Tout s'était passé très vite. Trop vite en tout cas pour que l'impétueux moustachu puisse saisir de quoi il en était retourné. C'est tout juste s'il avait senti une claque derrière la nuque, geste ô combien condescendant, que le match fut scellé. La victoire avait été annoncée mais il en fallait plus pour la bête humaine. Tant que sa proie pouvait se mouvoir, tant qu'il n'était pas mort, rien n'était fini. Pour cette raison, dix arbitres aidés de plusieurs candidats volontaires se portèrent rapidement au secours de Nihis qui, sans se presser, provocateur, se dirigeait triomphant vers l'ascenseur. Retenu par des combattants bloquant à peine cet emmerdeur expansif qu'était Guijes Listoban, la bête humaine hurla toujours, formant cette fois des syllabes presque distinctes. Agressif, énervé, on ne comprenait presque plus les mots qui éructaient de sa mâchoire grande ouverte d'où émanaient une nuée de postillons. En substance, il avait cherché à faire comprendre à son adversaire, à sa proie, qu'en dehors d'un match à point, le résultat eut été tout autre. Se retournant pour faire face à celui qu'il venait de vaincre une fois qu'il eut rejoint la cabine d'ascenseur, ce n'est qu'un sourire arrogant qui se profila le long du visage de l'éphèbe avant que les portes de la cabine ne se referment devant lui.
Ne pouvant le contenir davantage, les hommes réunis pour entraver sa charge de Guijes durent se résoudre à l'assommer tant sa hargne stimulait ses ardeurs. Pour l'arbitre, le plus dur était à venir puisqu'il devrait sous peu, au réveil de la bête, lui faire savoir qu'il descendait de dix étages suite à sa défaite.
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Re: Musclé, huilé et moustachu

Message  Guijes Listoban le Mar 27 Juin - 13:13

Quatre-vingt dixième étage tout le monde descend.
Enragé encore, enragé toujours, Guijes franchissait d'un pas pressé le couloir en direction des rings attribués aux combattants. Plus tôt il viendrait gueuler pour qu'on lui accorde son combat, plus tôt il rattraperait l'éphèbe. Car telle était sa résolution première à présent. Comme le taureau puissant et sans cervelle qu'il était, il ne cesserait de courir après ce fanion rouge qu'il agitait lui-même devant ses yeux.

Dans le couloir, adossés aux murs pour certains, dressés en plein passage pour d'autres, six hommes se trouvaient sur le chemin de la bête humaine. Débraillés, percés, tatoués mais surtout armés, ils se redressèrent en voyant arriver le trapu à moustache qui fusait vers eux toutes dents dehors, mordant dans son cigare sans même calculer les insignifiantes formes de vie qui pouvaient l'entourer.
Placés sur sa route, l'un d'eux tendit le bras, l'autre demeurant ballant un flingue à la main.

- On a à causer Listoban !

La conversation tourna court ; car d'une simple baffe dans la joue du petit impertinent ayant tenté de se mettre sur son chemin, le principal intéressé avait ainsi émis son intention de ne pas perdre de temps avec le ramassis de zonards amassé ici. Nuque brisée par un coup aussi sec qu'emplis de la rage qui animait la bête humaine en cet instant, la première victime s'écroula raid mort sous les yeux exorbités de ses camarades.

- De... que... PUTAIN D'ENFOIRÉ !!!

Synchronisés, le peloton d'exécution de Guijes venait de se constituer. Sans la moindre forme d'hésitation, tous avaient brandit l'arme de poing qu'ils avaient apportés avec eux. Qu'étaient-ils venus faire là ? Qui étaient-ils ? Pourquoi tant de haine ? L'impulsif trapu n'en avait cure. Alors qu'il avait continué d'avancer sans leur payer ne serait-ce qu'une once d'attention, il fit un volte-face soudain et se saisit du bras tendu de l'énergumène le plus proche de lui. Ainsi avait été désigné son bouclier humain alors que les salves commençaient à pleuvoir. Chaque tir était une torture pour les oreilles tant les coups des feu résonnaient avec force dans un couloir aussi étroit.
Amateurs, tous avaient tirés jusqu'à vider leur chargeur. Trop synchronisés, ils s'étaient retrouvés à court de munitions en même temps. Rien n'était moins prudent qu'être un ablette sans arme face à un prédateur de renom. Entre quelques "pitié" et "non pas ça", la bête humaine s'en donna à cœur joie, martelant leurs petits crânes frêles et fragiles jusqu'à en faire de la ratatouille.
Avant que l'équipe de sécurité n'intervienne, ils étaient tous morts.

***

Amené dans le bureau d'un responsable administratif, quelques souvenirs agitèrent l'esprit de Guijes. Comme enfant, on le convoquait chez le directeur. Généralement, l'expulsion n'était jamais loin.

- Monsieur.... Listoban.

Dit le rond de cuir en relisant ses dossiers.

- Faisons vite je vous prie et expliquez-moi pourquoi nous avons retrouvés six mafieux morts dans le couloir d'un de nos étages ?

À sa droite comme à sa gauche, quelques gros bras de la sécurité avaient été dépêchés pour mieux l'encadrer. Rien de menaçant, juste de quoi protéger le bureaucrate dans l'éventualité saugrenue où l'emmerdeur expansif s'adonnerait à l'un de ces épisodes de fureur dont il était si coutumier. Grinçant des dents mais jouant le jeu, pressé de pouvoir retourner sur le ring pour retrouver au plus vite sa nemesis du jour, Guijes collabora.
Plus vite il répondrait, plus vite il sortirait. Tout du moins le pensait-il.

- Cette question ! Parce que je les ai butés tiens !

Tous dans la pièce échangèrent des regards circonspects. Ce mélange de bêtise et de candeur était plutôt déroutant lorsqu'on n'y était pas habitué.

- Oui je... j'avais cru comprendre.

Répondit l'homme en face de lui qui essuyait ses lunettes soupirant, déjà éprouvé par les emmerdes que lui attiraient Guijes en ce jour.

- Ce que je cherchais à savoir en réalité, c'est pourquoi ils vous attendaient vous, et vous en particulier.

Sûr de ce qu'il rapportait, le rond de cuir ouvrit le dossier qu'on lui avait transmis dans lequel figuraient quelques pièces à conviction qu'ils n'avaient pas transmis aux autorités compétentes. Mieux valait pour eux qu'ils suppriment quelques preuves afin que la mafia ne soit pas trop impliquée dans une affaire policière dont la rancœur pourrait s'exercer à l'encontre de la Tour Céleste toute entière.
Ces pièces à conviction : des photos de Guijes Listoban. Pour le principal concerné, leurs intentions étaient équivoques.

- Ils venaient sûrement pour me demander un autographe. Je peux y aller ?

Leur répondait-il en espérant qu'ils se satisfassent de ses réponses tandis qu'eux persistaient à le trouver plus louche à chaque réplique. La mafia avait pris Guijes en grippe depuis qu'il avait massacré l'un de leurs agents. Insouciant, le moustachu pensait le différend clos. Le comité de six hommes venu lui rendre une visite à la sortie de l'ascenseur tendait à démontrer qu'il n'en était rien. Le drame étant qu'il était le seul à ne pas l'avoir saisi.

- Monsieur Listoban... Si un autre incident de ce genre venait à se produire nous serions contraints... de collaborer avec ceux qui ont envoyé ces hommes. N'y voyez là rien de personnel, mais nous préférons éviter le conflit. Vous comprenez ?

Alors que cet homme, admettant par là implicitement travailler avec la mafia dont les revenus qu'ils injectaient dans le Tour Céleste s'avéraient colossaux, lui faisait savoir qu'il le livrerait si jamais on lui en donnait l'ordre, Guijes se leva subitement de son siège. Les gorilles à ses côtés manquèrent presque de lui sauter dessus par réflexe, s'attendant au pire mais se tempérèrent au dernier moment.

- Ok d'ac ! Bonne journée ! Merci pour l'entretien, au revoir !

Ne sachant pas lire entre les lignes, ne cherchant pas réellement à le faire en réalité, Guijes avait salué tout le monde, trop pressé de foutre le camp. Aurait-il eu saisi de quoi il avait été question à l'instant qu'il aurait agi de la même manière. Mafia, armées, comité Hunter, rien ne l'arrêterait. Cet incident qui venait de survenir dans le couloir était un non-événement à ses yeux. Car un taureau lancé en pleine charge ne se souciait jamais de ce qui se trouvait au niveau de ses flancs. Il s'en retourna aux rings, prêt à disputer son prochain match, prêt à rattraper ce jeune garçon qui avait eu le malheur de ne pas perdre face à lui.
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Re: Musclé, huilé et moustachu

Message  Guijes Listoban le Jeu 29 Juin - 17:16

C'est avec une certaine appréhension que l'arbitre fit signe au candidat mille-cent-onze de venir sur le ring. Inutile de l'appeler de vive voix, le spécimen ne l'avait pas quitté du regard depuis plusieurs dizaines de minutes, impatient de trouver un prétexte pour escalader plusieurs dizaines d'étages. S'il était si nerveux à l'idée de l'appeler, c'est que l'arbitre comme tous ses collègues avait été mis au courant des la cible qui avait été dessinée dans le dos de celui qu'il faisait venir sur le ring. La mafia faisait toujours son petit effet, la simple perspective qu'elle puisse agir glaçait le sang.
En face de Guijes, le candidat sept-cent-vingt-neuf. Grand, très grand même, deux mètres et donc près de trois tête de plus que le trapu de service chargé de combattre contre lui. Bien que ce fut pas la taille qui compte, mesurer plus de trente centimètres que son adversaire et peser quarante kilos supplémentaire était toujours un plus non négligeable.

- Vous connaissez les règles, pas d'armes, vainqueur aux dix points ou au K.O.

Nerveux, l'arbitre s'était senti obligé de rappeler le passage du règlement sur les armes. Dieu seul savait comment la mafia agirait pour faire payer le tribut du sang à l'impulsif moustachu. Peut-être en payant un combattant et en l'armant afin qu'il se débarrasse de lui sur le ring, en l'abattant à l'arme à feu, ou bien même en empoisonnant sa nourriture. Lorsque les subalternes de l'un des dix parrains vous avaient en pleine ligne de mire, le mieux était encore de se suicider, on avait au moins le mérite de choisir la sauce à laquelle on était mangé ainsi que l'heure du repas.
Guijes n'y pensait pas. Ce n'était pas seulement qu'il s'en foutait, mais la menace qui planait autour de sa tête était trop dérisoire à son goût. Une guêpe qui aurait tourné autour de lui aurait été plus irritant en comparaison. Son caractère insouciant résultait davantage d'une incapacité à se projeter dans le futur que d'un courage démentiel. Puisqu'il voyait rouge, seule sa cible trouvait grâce à ses yeux en cet instant.
Ayant eu le temps de se renseigner avant le combat, il savait sa proie au cent-trente cinquième étage et rageait de ne pouvoir la rejoindre suffisamment vite. Chaque seconde où l'arbitre hésitait à lancer la confrontation était une raison de plus de le tuer. Puis vint la délivrance inéluctable.

- Combattez !

Ce ne fut pas un combat mais un massacre. Les genoux de son adversaire assez haut perchés par rapport à lui, c'est à coups de poing que Guijes s'affaira à lui briser les rotules. Seul le hurlement de douleur du géant tombant de haut pu masquer le terrible son des os brisés.

- J'a... j'aban...

- Que dalle !

S'empressant de se percher au dessus du gaillard incapable de se relever, c'est d'un puissant direct à l'estomac que l'expansif à moustache clôtura leur confrontation. Terminer par K.O était autrement plus impactant que de remporter le match via un abandon. Il voulait son ascension fulgurante, aucune pitié n'était de mise pour ce faire. Encore estomaqué par ce qu'il venait de voir, l'arbitre - un novice peu sérieux - ne trouva ses mots, ne sachant s'il devait en appeler au personnel de soin ou non.

- Oh ! Pisseuse ! Elle vient ma récompense ?

La bête humaine claquait des doigts sous le nez de l'arbitre. Le temps que ce dernier ne revienne à lui - ce qui était plus évident pour lui que pour le perdant - Guijes s'était allumé un cigare pour mieux fulminer d'impatience.

- Euh... je... Oui ! Candidat mille-cent-onze, étage cent-quarante !

- Non, cent-trente-cinq.

Bras croisés, regardant devant lui sans fixer quoi que ce soit en particulier, le trapu à cigare se voulait catégorique. Rares étaient les combattants cherchant à minorer leur progression au sein de la tour, mais la bête humaine avait un compte à régler et il s'en serait retourné au pied de la tour pour ce faire s'il avait fallu. Rien ne préparait à l'imprévisible. Le jeune blanc-bec, exerçant le métier depuis seulement une semaine était désemparé.

- C'est... c'est à dire que...

Tournant lentement la tête en sa direction, bras croisés toujours, une légère brume de fumée échappait d'entre les dents de Guijes exerçait sa pression sur le malheureux gringalet.

- On... on m'a donné des ordres. Si vous deviez gagner, je devais vous accorder l'étage cent-quarante.

Sa phrase était à peine achevée qu'une des énormes paluches de la bête humaine vint s'accoler, s'étalant sur la partie droite du sommet de son crâne. Considérant le tempérament bestial du loustic, l'arbitre aurait été incapable d'évaluer si ce geste se voulait affectueux ou menaçant.

- Note sur ta merde électronique : cent....trente.... cinq.

Et miracle, l'arbitre nota exactement ce qui lui fut dicté. Les mafieux l'ayant enjoint à mener le candidat mille-cent-onze dans un piège l'effrayaient au final moins que cet amas de rage surplombé d'une moustache qu'était le quadragénaire se trouvant face à lui et dont la fureur était quasiment palpable. De deux petite tapes condescendantes sur la joue du gamin, comme pour le remercier tout en lui rappelant sa place en ce bas monde, Guijes se saisit de son cigare entre l'index et le majeur droit, soufflant sa fumée et s'adonna à une marche impérieuse dans le couloir menant à l'ascenseur. Cette fois, aucune petite frappe ne l'attendait pour se faire enterrer gratis.

- Un petit détour à la supérette d'abord.
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Re: Musclé, huilé et moustachu

Message  Guijes Listoban le Dim 2 Juil - 14:13

- ... et enfin à sa droite le candidat mille-deux-cent-soixante-douze Nihis Nervante !

Dépassé le centième étage, on prenait la peine de présenter les combattants. Des salles avec des rings individuels, des gradins fournis en spectateurs extatiques, on sentait qu'un pallier avait été franchi une fois que l'ascension avait atteint un tel seuil. D'emblée, l'impulsif à moustaches se débarrassait de son débardeur miteux qu'il envoya en boule hors des limites du ring. Cela fit son petit effet puisque les hurlements de frénésie issue de la plèbe venue observer leur combat s'intensifia.
En dépit de la climatisation, il semblait couvert de sueur. L'excitation du moment sans doute.

Nihis soupira juste. Les bras croisés, il se savait vainqueur à l'avance. Puisque les mêmes causes produisaient les mêmes effets, une seconde confrontation l'opposant à ce concentré de fureur aboutirait au même dénouement. Agile et même volatile tant il excellait dans l'art de l'esquive, le jeune éphèbe ne notait aucun changement chez son adversaire. En un jour à peine, il ne pouvait de toute manière avoir changé considérablement.

Effectivement, Guijes demeurait désespérément ce qu'il était la veille et ce qu'il avait toujours été : un amas de violence sans nuance, simplement de la brutalité pure et rien d'autre. Jusqu'à présent, il n'avait jamais eu besoin de plus. Il se suffisait à lui-même et, comme Nihis, patientait pour la revanche.

- Combattez !

L'arbitre n'aurait pas eu à en faire deux fois la demande puisque aussitôt les deux pugilistes se jetèrent à la gorge de l'autre. On hurla d'extase dans les gradins d'observer une telle animosité entre deux combattants. Plus il y aurait de sang, mieux ça serait pour eux. Les tickets se commercialisaient à un certain prix et on en voulait pour son argent.
Donnant un instant l'impression qu'il se jetait droit devant lui, Nihis sourit en coin. Ce n'était certainement pas son genre de manquer de sang-froid à ce point. Un centième de seconde avant d'entrer en contact avec la bête humaine, il fit un bond sur le côté et plaça un coup de pied bien situé sur le flanc droit de Guijes.
Le premier "Clean Hit" avait été lâché. Toutefois, le point fut laborieux à obtenir. Le bellâtre n'aurait su dire si cela avait été le fait de sa maladresse ou bien d'avoir sous estimé la vélocité de son adversaire, mais il avait chuté après avoir brillamment porté son coup.

Un torero à terre était un torero mort. Encore emporté par son élan, la bête humaine prit du temps avant de faire volte-face. Sa proie au sol, vulnérable, il ne comptait certainement pas laisser passer une occasion pareille de la piétiner. Fonçant à nouveau, dans la direction inverse cette fois, il manqua de peu de heurter le sujet de sa frénésie qui avait eut le bon sens de se redresser rapidement pour mieux bondir derrière le bovin trapu ayant manqué de lui écraser la gueule.

Bien placés dans la Tour Céleste, ils avaient le privilège de voir leur confrontation affublée d'une commentatrice zélée. On les aimait jeunes et dynamiques et celle-ci ne manquait pas de revenir sur chaque action s'étant déroulée sur le ring. Pour Nihis, c'était irritant, pour Guijes, c'était inaudible comme tout ce qui l'entourait ; sa rage ayant pris le dessus sur ses sens. L'éphèbe avait été ébranlé. Ce n'était pas tant le fait qu'il ait échappé de peu à un destin pour le moins funeste qui l'avait chamboulé, mais sa glissade après avoir porté le coup de pied. Jamais il ne se serait cru capable de commettre un tel impair, il s'était trop entraîné pour cela. Quelque chose clochait.

C'est moins sûr de lui, la mine légèrement déconfite que le jeune impétueux tournait autour de Guijes. Ils s'observaient comme deux prédateurs prêts à fondre tous crocs et griffes dehors, mais ils patientaient ; ils attendaient le bon moment. Sachant tempérer ses pulsions quand les circonstances l'exigeaient, la bête humaine se voulait curieusement calme. Ce revirement comportemental alerta Nihis. Il y avait clairement quelque chose de louche dans l'affaire.
Crocs dehors, tout sourire, provocateur, l'impulsif de service quitta sa pose de combat pour se redresser et de son pouce et son index droit, se lissa la moustache.

- Bah alors ?! On sautille moins que la dernière fois !

- Incroyable ! Listoban offre littéralement le flanc à l'ennemi, et pourtant, Nihis ne bouge pas, on dirait qu'il a peur alors qu'il mène la danse.

Dans les gradins, on s'impatientait. On huait les combattants qui, après avoir débuté sur les chapeaux de roue, semblaient moins disposés à la sauvagerie pourtant coutumière sur le ring. Déglutissant, sensible à la pression des tribunes, le plus jeune des deux agit de manière impulsive. À croire que c'était contagieux. En face, Guijes ne se mit même pas en garde, ouvrant grand les bras à ce jeune garçon arrogant qui fusait sur lui ; il n'hésitait pas à lui faire clairement comprendre qu'il s'agissait d'un piège. Mais quel piège ? On ne percevait jamais les dents d'un piège à loup qu'une fois qu'il s'était refermé sur sa jambe.

Usant de feintes multiples, l'assaillant finit enfin par balancer un coup de pied latéral venu heurter de plein fouet la nuque lui étant présentée. C'était comme frapper un mur fait de chair, Guijes ne bougea pas d'un pouce. De leur première confrontation, aucun dégât n'avait été infligé à la bête humaine. Ce fut une victoire aux points et rien de plus.

- Tu te déhanches comme une gonzesse et tu cognes comme une gonzesse. Ça te dérange si je t'appelle mademoiselle ?

S'il s'était attendu à ce que le coup n'occasionne aucun dommage, Nihis venait enfin de saisir la nature du piège dans lequel il était tombé. Ce qu'il avait pris pour de la sueur, c'était de l'huile. Une huile odorante, écœurante mais surtout collantes. Juste assez en tout cas pour ralentir d'une seconde le délai de retrait de la jambe venue s'abattre sur le coup de bœuf de expansif à moustaches.

- Perdu.

Une seconde de plus c'était une seconde de trop. Sa jambe saisie à pleine main, l'éphèbe se savait perdu. Maintenant qu'il tenait sa proie, Guijes ne comptait certainement pas la lâcher. La revanche était un plat qui se mangeait froid et qui abîmait les os.

- Non ! Non ! Non non non non ! Nooooooooon !
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Re: Musclé, huilé et moustachu

Message  Guijes Listoban le Ven 7 Juil - 17:33

Plus question de vestiaire après sa victoire. Pour la bête humaine, on avait trouvé une cage dorée. Ce n'était pas le grand luxe : une chambre individuelle avec sanitaires salon et cuisine, mais cela aurait au moins le mérite de l'isoler des autres combattants. Des études récentes avaient prouvé que le moustachu impulsif avait moins de chances de s'adonner à l'homicide quand personne ne l'entourait.
Sa routine ne changeait pas. Castagner, se laver les mains - les avant bras même, sa dernière rencontre ayant été salissante - manger et dormir. Métro, baston dodo, chez monsieur Listoban, on savait se contenter de plaisir simples. Ce fut d'ailleurs un plaisir - non partagé - que de massacrer Nihis sur le ring. Plaisir salissant s'il en était, en attestait le temps que la bête humaine passa auprès du lavabo dont la céramique avait viré au cramoisi.

On frappait à la porte. Cela pouvait durer encore longtemps, Guijes n'était disposé à recevoir personne et ne prit pas la peine de répondre encore moins de se déplacer pour aller ouvrir. Vingt-et-une heure passée, ce n'était manifestement pas le service de chambre qui avait fait le déplacement. Lorsque les gonds de la porte sautèrent, il était d'autant plus évident que le comité venu pendre la crémaillère n'était pas passé pour mettre de l'ordre.

- Listoban ! Où tu te planques ?!

Poser des questions avant même d'analyser la situation. Le blondinet décoloré qui avait fait irruption avec deux caïds avait quelques carences lorsqu'il s'agissait de mener une enquête posée. Lui faisait plutôt dans le registre chaussures en béton et baptême dans la baie la plus proche. Il suffisait d'écouter l'eau du robinet couler pour présumer de la présence du caractériel trapu. La porte de son appartement étalée à même le sol, l'expansif ultra-violent ne s'en souciait pas plus que ça. Cigare non allumé au bec, il s'employait à se laver les mains correctement. Ce n'était pas parce qu'on était d'une brutalité sans pareille qu'il fallait lésiner avec l'hygiène après tout.
Tandis que ses trois invités fouillaient et renversaient tout ce qui se trouvait sur leur passage - davantage pour faire un effet que pour une quelconque raison valable - la brute qu'ils recherchaient restait stoïque et les mains propres. Confronté à cette intrusion soudaine dans son nouveau domicile, il dû se rendre à l'évidence.

- Ces fumiers m'avaient pas dit que c'était une coloc.

Ses mains essuyées il sortit vivement de la salle de bain pour pousser sa gueulante. Tout était sens dessus dessous et ça ne faisait pourtant pas vingt minute qu'il avait établi ses quartiers ici. Les femmes de ménage auraient du pain sur la planche.

- Ah te v'là ! Tu croyais peut-être que tu pourrais nous échapper en t'arrêtant avant le cent-quarantième étage ? Mais je vais te dire une bonne chose mon petit père....

Quoi qu'il ait eu à lui dire, le jeune blanc-bec fut jeté par la fenêtre après - bien évidemment - que Guijes l'ait ouverte durant sa brève logorrhée. "Allez, zou" s'était-il exclamé en expédiant le surplus de charge pondérale qui braillait dans son appartement.
Ne restaient que les deux gorilles qui hésitèrent avant de sortir le calibre de leur veste. Jusqu'à présent, dans l'histoire de l'humanité, jamais il ne fut question de massacre à la table basse. Puisqu'il fallait une première fois à tout, Guijes avait fait preuve autant d'inventivité que de sauvagerie pour traiter le problème de vermine qui infestait sa demeure. Ce n'est qu'alors que le téléphone sonna.

- Putain. Jamais tranquille.

Décrochant vivement, saluant d'un "Quoi ?!" - réponse aussi grossière qu'à sa mesure - il reconnut la voix du directeur de bureau devant lequel il avait été convoqué pour discuter du léger problème mafieux à la Tour Céleste.

- Monsieur Listoban... On m'a signalé que quelqu'un.... serait passé par votre fenêtre il y a peu.

- Vous inquiétez pas, il a pas cassé la fenêtre en tombant. Tout va bien.

Tout allait bien, sauf bien sûr pour celui qui avait dû descendre cent-cinquante étages d'un plongeon.

- C'était un suicide donc ?

Demanda sur un ton pernicieux le petit agent de bureau qui comptait enterrer toute enquête criminelle. À cela, la bête humaine lui répondit après avoir scruté l'immense flaque de sang étalée sous les deux gaillards qu'il venait d'achever.

- Plutôt un triple suicide en fait. Dites. J'espère que vos femmes de ménage sont bien outillées pour nettoyer le parquet, parce que j'aime autant vous dire qu'il va falloir briquer sec.
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