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Perspectives Nenuphar

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Sam 13 Aoû - 12:33
Enfin seul. C'est ce qu'il aurait voulu soupirer maintenant qu'il était de retour sur ses terres, et pourtant, Lejinoss ne parvenait pas à se réjouir de la tranquillité qui l'entourait. C'en était fini de toutes ces péripéties aux quatre coins du monde. Une vie à cent à l'heure telle que celle qu'il avait vécue ces deux derniers mois aurait eu raison de lui très rapidement. Leji n'était pas particulièrement cardiaque, mais un mandat d'arrêt international sur sa tête entremêlé de deux examens Hunter n'étaient guère souhaitables lorsqu'on s'était accoutumé jusqu'alors à une paisible routine.

Sa routine, l'hirsute ne la retrouverait jamais, son plus grand malheur en l'instant présent était qu'il l'ignorait. Cela faisait une semaine qu'il s'était séparé d'Erika. Ensemble, leur licence Hunter en poche, ils purent se justifier auprès des autorités japponaises pour éclaircir les circonstances du crime qu'ils n'avaient pas commis.
Reçus auprès d'un secrétaire d'état rattaché au ministère de l'intérieur, l'heure ne fut plus aux interrogatoires musclés comme lors de leur dernier séjour sur l'île, mais plutôt aux discussions posées. Erika sentait bien que les autorités refusaient de croire qu'ils n'avaient pas volé l'un de leurs sabres ancestraux au musée, toutefois, sans preuve concrète de la part des enquêteurs, et surtout, cachés derrière ce bouclier qu'était la licence Hunter, les deux présumés coupables purent enfin se débarrasser du mandat d'arrêt perché au dessus de leur cou tel une lame de guillotine.

Erika avait beaucoup de travail à rattraper du fait de sa cavale impromptue, aussi, elle n'accompagna pas Lejinoss dans sa quête de Greed Island. Tous deux savaient qu'ils seraient amenés à se retrouver tôt ou tard. Les Hunters collaboraient dans divers domaines, une archéologue en guise de contact pouvait s'avérer salutaire pour l'hirsute qui prit les coordonnées d'Erika.

Ayant raccompagné la jeune fille et l'irritant volatile perché sur son épaule, jusqu'à l'aéroport, il la salua avant qu'elle ne monte dans l'engin et ne décolle. Oui, il était enfin seul, mais après cette promiscuité de plusieurs semaines, la solitude qui l'accablait n'était pas celle qu'il affectionnait.
Cependant, peu lui importait d'être sans attache. Environ deux mois qu'il n'était pas rentré chez lui, le mal du pays primait sur tout autre sentiment. Il était venu le temps de tester si quatre-vingts quinze pour cent des services publics étaient vraiment gratuits lorsque l'on brandissait sa licence Hunter.

C'est après ces modestes événements qu'il était enfin de retour à Aijen. Arrivé à Kakin, il prit le train pour rejoindre la petite bourgade de Folay à l'Est du continent, son périple touchait à sa fin.

- Alors ça... C'est le pied.

Quelle plus grande joie pour l'hirsute d'être accueilli, non pas par des proches, mais par la fulgurante Tayato Starlet, son fidèle destrier coûteux en carburant. Maintenant qu'il était Hunter, Leji n'hésitait pas à bénéficier de tous les services publics possibles et imaginables. De Sahelta, on avait remorqué son véhicule jusqu'au port le plus proche afin de ramener le bolide à Kakin, de là, on l'avait à nouveau remorqué jusqu'à la gare de Folay comme il l'avait exigé.

- Ils auraient pu la nettoyer quand même. Feignasses.

Comme convenu, les clés se trouvaient sur la roue avant droite du véhicule. Une fois à bord, Lejinoss mit le contact tout en écoutant attentivement le moteur. Rien de ce qu'il entendait ne lui faisait plaisir. Salie par la poussière du désert de Goldo, et surtout malmenée par les escapades en milieu rocheux, la Starlet avait perdu de sa superbe. Aussi, la première escale de l'hirsute ne fut pas la maison familiale mais le garage le plus proche.

Foley tenait plus du village que de la ville. Le contexte rural de l'agglomération offrait un paysage pittoresque à tous ceux qui s'y aventuraient. En pareil endroit, il ne fallait pas s'attendre à trouver un garage de qualité. Néanmoins, Lejinoss savait à qui s'adresser, même si cela ne lui faisait pas plaisir.

"Citüdar et fils"

Ne portant pas dans son coeur le fils abruti qu'il avait fréquenté à l'école communale, Leji savait qu'on jugeait un arbre à ses fruits, ne connaissant le père que du fait des "on dit" relatant ses exploits dans les bars de la bourgade.

- Tiens, mais c'est ce petit con de Leji ! Longtemps qu'on t'avait pas vu, à croire que tu nous fuyais, nous autres, humbles pue-la-sueur et gagne-petit.

Si Citüdar père se montrait moqueur, Lejinoss discernait sans peine un fond d'amertume dans ces propos. Dans les parages, on n'appréciait pas trop que l'hirsute ait fait carrière et se soit enrichi. Il fallait dire aussi qu'il n'avait rien fait non plus pour se faire apprécier, se montrant très souvent méprisant à l'encontre des locaux qu'il s'amusait même à appeler "péons".

Il salua d'un signe de tête son ancien camarade d'école qui lui rendit son salut du fond du garage où il se trouvait. Après avoir inspecté le véhicule, Citüdar père ricana. La voiture était dans un sale état, notamment au niveau des amortisseurs.

- Je lui ai dit mille fois à ce con qu'il ne fallait pas conduire dans un champ de mine, mais moi on ne m'écoute jamais.

Bras croisés, adossé à l'un des piliers métalliques du garage, Lejinoss ne réagit pas à la réflexion qui se voulait bon enfant.

- Peu importe ce que ça coûte, si tu dois tout me changer, je paierai. Je la veux comme neuve, tu peux me faire ça en combien de temps ?

Cette arrogance dans le ton, cette manie de donner les ordres et jouer au petit chef, le garagiste n'appréciait pas particulièrement cela. Lejinoss n'avait jamais su se conformer à la bonhomie ambiante, toujours à part de la collectivité, tel un rat élevé parmi les porcs.

- Tu sais, y'en a bien pour trois semaines, le temps de commander les pièces et puis...

- Terel, je suis pas né de la dernière pluie, l'arnaque venant de ferrailleurs de ton genre, ça me connait, mais si tu craches sur deux millions de jenis, je vais voir ailleurs et on n'en parle plus.

Père et fils se regardèrent un court instant. Deux millions c'était une somme. Mais l'idée de devoir ramper face à un salopard comme l'hirsute les répugnait au plus haut point.

- Quatre jours, plutôt une semaine.

Il fallait croire que le chiffre d'affaire de la boutique nécessitait pour eux de devoir ramper. Les locaux n'en étaient pas à lui donner du "monsieur", mais devant quelques liasses, tout le monde s'inclinait. Leji le savait et en abusait.

- C'est moins long que ce que j'espérais. À ce prix là tu me passes un coup de poliche. Je repasse Lundi prochain, bossez bien mes braves.

"Mes braves", Leji n'avait pas lésiné sur les moyens. Il fallait dire que les deux garagistes étaient connus pour pratiquer l'escroquerie sans aucune forme de restriction, les mettre à genoux devant quelques billets était un plaisir qui ne se refusait pas.

À présent, l'hirsute entamait une marche à pied jusqu'à la demeure de ses parents à deux kilomètres de là où il se trouvait. En fils indigne, il n'avait pas pensé à passer un coup de fil pour prévenir de son arrivée. Le fils prodige était de retour, et le moins qu'on puisse dire était qu'on l'attendait de pied ferme.
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Dim 14 Aoû - 11:00
Sur sa route, on l'avait regardé du coin de l'oeil comme se méfiant de lui. Si Lejinoss se savait peu apprécié de la population locale, il ne pouvait s'empêcher de s'étonner d'une telle hostilité dans le regard de ses contemporains. Au delà de sa propension à agacer son monde, quelque chose de plus semblait déranger.

- Je demanderai à maman.

De toute manière, ces regards, il ne s'en souciait pas des masses pour ne pas dire aucunement. En chemin, il ne se gêna pas pour enjamber la haie d'un jardin et s'emparer de quelques fraises rougeoyantes. Presque arrivé chez lui, lèvres rougies par la consommation de fraises juteuses, il ne put s'empêcher de ressentir un certain soulagement en contemplant les murs de la demeure familiale. En bon sédentaire, s'éloigner trop longtemps de son point de chute générait en lui un manque. Ce mal du pays venait enfin de trouver son remède.

La demeure était une construction relativement ancienne, une grande maisons aux murs blancs salis et recouverts de plantes grimpantes d'un vert resplendissant. Plus en retrait dans le jardin, une petite construction délabrée servait de poulailler où cinq volailles se reposaient tandis que le coq se pavanait à l'air libre.
Ce paradis champêtre était en soi une raison valable pour ne jamais succomber aux sirènes du nomadisme. Qui de sain d'esprit aurait pu avoir dans l'idée de quitter une telle habitation ?

Frappant à la porte tout guilleret, et se surprenant d'ailleurs d'être d'aussi bonne humeur, Leji, trop sûr de lui, s'attendait à faire une surprise à ses parents. Il dû s'y reprendre à deux fois pour qu'on vienne lui ouvrir. Compte tenu de l'heure, sa mère préparait vraisemblablement le déjeuner, ce fut donc Taibug père qui accueillit sa progéniture.

- Salut Pa...

Vraisemblablement, Lejinoss n'avait pas vu venir la claque qui manqua de lui faire perdre l'équilibre. Muon Taibug, cent-dix kilos à la pesée pour son mètre quatre-vingt cinq semblait visiblement contrarié. Dans ces circonstances, le bon sens suggérait de poser une question afin de connaître l'origine d'un pareil excès de violence. Seulement, Leji, repensant à toutes les conneries qu'il avait faites depuis la dernière fois qu'il était venu et devait piocher parmi l'une d'entre elles afin de deviner la raison pour laquelle le paternel semblait si furibond.

- Ah ! J'y suis ! C'est à cause du mandat d'arrêt international c'est ça ?!

- C'est ça....

Cette fois, ce fut le revers de la main qui vint heurter l'autre joue de l'hirsute qui en tomba à la renverse, s'écrasant dans les bégonias se trouvant à l'entrée. Tout Hunter qu'il était, Leji ne faisait littéralement pas le poids face à son père, paisible retraité.

- Des inspecteurs qui se pointent, toi qui donnes pas de nouvelle, et tu reviens la fleur au fusil comme si de rien n'était ?! Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi Leji ?

En l'instant présent, ce qui le tournait pas rond chez l'hirsute était sa blessure dans le creux de sa joue suite à la volée qui l'avait fait valdinguer. Afin de se débarrasser du goût du sang dans la bouche, il cracha un mince filet sanguinolent. Grand mal lui en prit puisque son père revint à la charge, se saisissant de lui par le col et le soulevant comme un simple fétu de paille.

- Et en plus tu craches dans les bégonias de ta mère ?! Vandale !

Le festival des baffes de bûcheron reprit. Se protégeant du mieux qu'il pouvait avec ses bras, tel un enfant battu, qu'il était d'ailleurs, Lejinoss tentait de ramener son père à la raison du mieux qu'il pouvait. Ce dernier n'avait jamais frappé son fils qu'une fois ou deux à cause d'un mauvais bulletin de note, il rattrapait le temps perdu.

- Arrête papa ! Tu me fais mal !

Alertée par le bruit à l'entrée de chez elle, la mère Taibug quitta ses fourneaux un instant afin de prendre connaissance de la situation au pas de la porte. La corpulence de son mari l'empêchant de voir qui il était en train de malmener, elle comprit en voyant l'accoutrement orange du malheureux suspendu à bout de bras par son père.

- Mais tu es fou Muon ?! Tu vas le tuer !

- J'y compte bien ! Il a craché dans les bégonias !

Bien qu'elle ne faisait pas le poids non plus face au retraité vindicatif, elle tira sur sa chemise à carreaux pour le retenir. Devant l'insistance de sa femme, le père Taibug reposa sa progéniture à terre et s'en retourna dans le salon sans un mot.

- Ah maman tu tombes bien, j'allais lui expliq....

L'heure des explications n'était pas encore venue puisqu'il se prit une baffe, plus légère mais toute aussi désagréable, de la part de sa mère. Celle-ci lui répéta en substance les même griefs que son père lui avait rapporté. Sans écouter, Lejinoss attendit que le silence se fit pour en placer une. C'était une question de patience, sa mère étant aussi bavarde que son père aimait distribuer des claques.
L'hirsute profita d'un bref instant où elle reprenait sa respiration entre deux torrents de reproches pour enfin se manifester.

- J'ai plus de mandat d'arrêt ! C'était pas moi !

Révélation inconvenante s'il en était, même Muon avait entendu du salon où il s'était engouffré. Alors, chose prodigieuse, sa mère laissa enfin place au silence. Ce ne fut hélas que de courte durée.

- Plus de mandat, très bien ! Mais je peux savoir pourquoi tu ne préviens pas avant de venir ?! J'ai rien eu le temps de préparer, tu exagères.

Jamais les reproches ne cesseraient. Après que l'atmosphère se soit calmée, tous purent enfin passer à table où l'hirsute était installé avec une compresse sur chaque joue. Entre deux bouchées de blanc de poulet, il leur résuma ses dernières semaines. Il fut d'ailleurs déçu de voir à quel point ses parents semblaient peu surpris en apprenant qu'il était titulaire de la licence Hunter. En vérité, toutes ces histoires de Hunter leurs paraissaient si lointaines qu'ils ne cherchaient pas à comprendre l'intérêt d'une telle organisation.

À l'heure du café, on l'interrogea sur ses projets futurs. À bien y réfléchir, Lejinoss n'y avait pas réfléchi en profondeur. Libéré de ses obsessions, il ne s'était pas rué sur l'ordinateur le plus proche afin de consulter les informations sur Greed Island. Sans doute était-ce ce qu'il allait faire dans un futur proche. Mais avant ça, il lui tardait de retrouver une certaine connaissance.

- Tu es sûr que tu ne veux pas rester dormir à la maison ?

- Nan, c'est bon papa, après la cavale j'ai pas mal de choses à rattraper. Je vous appellerai.

Le soleil était presque entièrement couché.  Sur le quai de la gare, les époux Taibug étaient venus raccompagner leur fils qui repartait déjà vers de nouvelles aventures. Il embrassa ses parents avant de monter dans le train. Sa destination se trouvait à trois-cent kilomètres de là.
Cette connaissance qu'il s'apprêtait à retrouver allait l'aiguiller vers des horizons qu'il n'aurait jamais pu soupçonner. Les prochaines heures à passer dans le train constitueraient peut-être le dernier temps de repos de sa vie.
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Dim 14 Aoû - 15:51
Le train s'apprête à entrer en gare de Garzik.


Tête dans le cul, et peut-être pas dans le sien tant son esprit était embrumé, Leji émergeait. Après avoir dormi, ou plutôt siesté sur la banquette du train, il regarda par la fenêtre. Il faisait nuit noire, et pourtant, une lueur blanchâtre agressait ses yeux qui se réveillaient à peine. De la neige à perte de vue. Pas de doute il se trouvait à l'Est d'Aijen. Ne s'étant embarrassé que d'une valise et d'une mallette où son ordinateur était rangé, l'hirsute n'avait pas pensé à prendre de petite laine.

Sa mère avait pourtant tant insisté pour qu'il prenne un gilet. On reconnaissait les fils indignes à leur teint bleuté quand le froid venait égratigner leur peau nue. En chemisette, à se frictionner les bras, il tardait à Lejinoss de monter à bord d'un taxi avec le chauffage. Difficile en ces contrées de se faire respecter quand on est un touriste. S'attendant aux pires arnaques de la part de chauffeurs de connivence avec la mafia locale, Leji se hasarda à prendre le bus pour rejoindre le centre ville.

Bien évidemment, les transports en commun encore en circulation dataient de décennies avant sa naissance, et hors de question d'avoir accès au chauffage à bord. Grelottant un peu plus à chaque minute qui passait, l'hirsute se demandait si un Hunter était déjà mort de froid dans un bus miteux.
Mais il lui restait de la ressource. Déposé devant un gratte-ciel de construction récente, il fut ravi de ne pas avoir à marcher dans le froid avant de parvenir à destination.

Engouffré dans le hall, il avait l'impression de revivre. Depuis le temps qu'il était arrivé à Garzik, Leji en était venu à se demander si le chauffage existait en ces terres dévastées par le froid, enfin il avait la preuve que oui. Avant de se ruer dans l'ascenseur, il profita de la chaleur ambiante encore quelques minutes. Il s'en serait fallu d'un quart d'heure supplémentaire pour que des engelures ne viennent déchirer son épiderme.

- Dire que les gens s'en accommodent...

Sauvé du climat impitoyable, il monta dans l'ascenseur.

- Trente-cinq étages ?....

Atteint d'un doute, il sortit de la cabine et ressortit devant le bâtiment, se risquant à nouveau à braver le froid pour confirmer une suspicion. La paranoïa avait cela de bon qu'elle permettait de remarquer des détails parfois imperceptibles.

- Trente-quatre, trente-cinq, trente-six...

Sourcillant, il préféra ne pas y prêter plus attention que cela. Il poserait la question à qui de droit. Retournant enfin à sa cabine d'ascenseur, il appuya sur le bouton "35" et s'éleva une fois que les portes se refermèrent. Yeux rivés sur le cadran qui indiquait les étages, il n'osait cligner des yeux. Parvenu à l'étage quatorze, il sourit. Désormais, il savait où était localisé l'étage manquant, ayant remarqué que la fréquence enregistrée par le cadran entre l'étage treize et quatorze était plus longue que pour les autres étages.

*ding*


L'étage qu'il venait d'atteindre constituait le sommet de la tour, il s'agissait d'un immense bureau sombre, éclairé de diodes et d'écrans digitaux. Devant ces écrans, un homme pianotait sur divers claviers comme un organiste fou. Sans même se retourner, sa voix résonna dans la gigantesque pièce.

- Lejinoss... C'est bien ça ?

L'individu se stoppa dans ses activités sans pour autant faire face au nouvel entrant.

- Ce sera "Monsieur le Hunter Lejinoss Taibug" pour toi.

Pouffant brièvement, le maître des lieux reprit son travail.

- Parce que tu crois qu'une connerie de licence suffit à faire de toi un Hunter ? Mon pauvre garçon... Hunter, c'est une affaire de vocation, et aussi d'expérience. Est-ce que tu sais seulement ce qu'est le Nen ?

Un test. Ce devait être un test. Lejinoss s'attendait à ce que ce soit une question piège et que rien d'existant ne s'appelle "Nen". Néanmoins, il ne put s'empêcher d'investiguer.

- Nen... Nénuphar ? Éclaire-moi donc de ta lumière divine Manil, je ne sais pas de quoi tu parles.

Manil ne prit même pas la peine de soupirer et pointa du doigt un dispositif informatique capable de lire les licences de Hunter pour accéder au site. Depuis qu'il avait réussi sa session de l'examen Hunter, Leji ne s'était pas encore essayé à explorer les informations.

- C'est sécurisé, intraçable, personne ne viendra jusqu'ici pour te piquer ta licence. Vérifie par toi même ce que c'est que le Nen. Si tu réagis comme je l'espère... Il y a moyen que je puisse tester quelque chose...

Angoissé par cette dernière remarque, Lejinoss n'hésita pas davantage et partit à la pêche aux informations. Un Léviathan ne tarderait pas à mordre à l'hameçon.
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Mar 16 Aoû - 12:39
Désormais, plus aucune information ne pouvait échapper à l'hirsute, ce n'était pas une licence qu'il avait acquise, mais un passe partout menant à une connaissance qu'on pourrait croire infinie. L'interface du site des Hunters était plutôt dynamique, il s'agissait d'une présentation d'un Saloon. Une affiche "Wanted" servait de base de données recensant tous les criminels susceptibles d'être poursuivis par les Blacklist Hunter.

Toutefois, ce n'était pas cela qui intéressait Leji. S'il mit quelques minutes avant de s'acclimater à cette interface pas forcément intuitive et difficile d'accès lors de la première utilisation, enfin il trouva ce qu'il cherchait. Le barman était l'icône sur laquelle cliquer afin d'obtenir des informations diverses et variées.

- Évidemment...

Lorsqu'il entendit le ton amer de son invité, Manil ne put s'empêcher de dissimuler sa satisfaction. Lejinoss venait de découvrir que chaque information était payante. Le prix était variable, parfois insignifiant selon le sujet concerné, mais se chiffrant la plupart du temps très au delà du million de jenis. La mise à disposition des informations était une manne financière incontournable de l'association.
Une fois entré qu'il eut entré "Nen" dans la barre de recherche, une multitude de résultats s'afficha. Certains étaient affublés de termes techniques incompréhensibles, d'autres portaient sur l'étude de ce Nen opérée par certains Hunters. Les prix firent littéralement grincer des dents l'hirsute. Le moins cher se chiffrait à deux millions de jenis, quant au plus coûteux, le simple fait de consulter l'information délesterait le curieux d'un quart de milliard sur son compte en banque.

Cinq millions de jenis pour une présentation du Nen. Hésitant et hasardant un regard en direction de Manil qui n'avait d'yeux que pour ses écrans d'ordinateur, Leji finit par débourser la somme.

Code:
Le Nen est la prédisposition à l'émanation et au contrôle de son aura.
[...] La maîtrise du Nen se subdivise en différents catégories, le Ten, le Ren, le Zetsu et le Hatsu, ces mêmes catégories se déclinant en variantes. [...] Le deuxième commandement Hunter prévoit la maîtrise du Nen pour chaque Hunter du fait de l'atout qu'il constitue pour le combat.

Retroussant le nez et relevant légèrement la lèvre supérieure, Lejinoss apparaissait pour le moins sceptique. Et comme chez lui, le scepticisme allait de pair avec l'irrespect et l'anathème, son commentaire fut aussi cinglant qu'à l'accoutumée.

- Contrôle de son aura ? Qu'est-ce que c'est que cette connerie new age encore ?

Cette "connerie new age" lui effleura la moelle épinière de manière subite. Quelque chose de terrifiant semblait émaner de Manil. Pourtant, le Hacker Hunter n'avait fait que tourner la tête en sa direction, mais il se dégageait de lui quelque chose d'oppressant. Était-ce une pulsion meurtrière ? Quoi que ce fut, Leji ressentait un instant ce qu'une gazelle éprouvait confrontée à un lion. La crainte le paralysait, pourtant, aucune contrainte physique ne l'empêchait de s'enfuir.
Comment l'atmosphère avait-elle changée ainsi ? Comment était-il seulement possible de changer une atmosphère ? Tant de questions s'accumulaient dans le crâne de l'hirsute. Son regard se troubla. L'oppression était telle qu'il en avait oublié de respirer. Il suait à grosses gouttes et les uniques mouvements que son corps pouvaient encore se permettre étaient des tremblements.
Engouffré dans cette émanation macabre, la mort paru plus souhaitable qu'un contact prolongé avec cette sensation terrifiante, cette aura de étouffante.

- L.... L'aura !

Incapable de parler, ses dernières forces lui permirent de balbutier ce simple terme lui échappant comme un cri du coeur. Une parole salvatrice puisque la sensation qui l'écrasait depuis quelques secondes à peine cessa subitement. Comme ôté d'un poids, les jambes de l'hirsute se mirent à flageller avant de se dérober sous lui.
Leji tomba à genoux se rattrapant en posant les paumes à terre. Haletant, éreinté, son calvaire venait de cesser.

- Décidément, je ne m'en lasserai jamais.

Cette épreuve qu'il venait d'infliger à l'intrus ayant pénétré son bureau, Manil l'avait accomplie sans le moindre remord, sachant exactement dans quel état cela réduirait Lejinoss. Contemplant avec une certaine satisfaction sa victime qui se remettait tout juste d'une agonie atroce, il piocha dans un sachet de chips posé sur son bureau afin d'en croquer une.

- C'est... C'est ça le Nen ?

Pas de réponse. Le Hacker Hunter piaffait plus qu'il ne mâchait, se frottant les mains pour en faire déguerpir le sel s'y étant collé. Sa pitance avalée, il daigna répondre au lamentable spécimen orangé qui trouvait à peine la force pour se redresser.

- Sympathique comme connerie new age non ?

Sur ces mots, il se dressa de son siège, se tînt debout face à Leji, qu'il surpassait de presque une tête, réajusta ses lunettes, puis lui tourna le dos avant d'aller dans une petite pièce au fond de l'immense bureau, vraisemblablement les toilettes. Tout en se vidant la vessie, il fit part du fond de sa pensée.

- Comme je te disais lorsque tu es arrivé, j'ai bien quelque chose à tester. Sur l'article que tu as regardé, il était question de l'ouverture des shôkos ?

La fiche de renseignement, Leji ne l'avait lue qu'en diagonale ne comprenant pas le dixième de ce qui y avait été rédigé. De toute manière, le mot shôko n'y était pas mentionné, et l'hirsute se contenta de faire non de la tête. Devant la puissance manifeste de Manil qui l'avait réduit à néant sans même avoir à le frapper, Lejinoss se comporta avec humilité et réserve, osant à peine parler.

- Donc... Les shôkos hop, la petite goutte sont les points sensibles de l'organisme d'où émane l'aura. Chaque personne a les shôkos très légèrement ouverts, d'où ne sort qu'une quantité d'aura minime.

Poursuivant son explication, il sortit des cabinets après s'être lavé les mains, avec une serviette pour s'essuyer.

- Normalement, l'ouverture des shôkos demande une concentration assez intense et des mois d'entraînement avant d'obtenir un résultat concluant. C'est comme ça que j'ai appris.

Il jeta la serviette dans une corbeille à linge sale et retourna s'installer sur son siège.

- Mais ?

- Cependant... Il existe une autre méthode assez brutale et risquée pour ouvrir les shôkos. Avec ma maîtrise du Nen, je me demande si j'ai suffisamment d'adresse pour l'effectuer. Mais pour ça il me faudrait un cobaye.

Manil considérait ses semblables avec beaucoup de froideur, un humain était soit une entité utilitaire pouvant servir ses intérêts, soit un nuisible, c'est donc avec cette considération lui étant propre qu'il s'adressait à Lejinoss. Ce dernier ne se renfrogna pas en entendant le terme "cobaye". Étrangement, cette idée ne le dérangeait pas plus que ça, et pour cause, cette histoire de Nen avait caressé son intérêt.

- Et si tu ouvrais mes shôkos ? Je pourrais faire le truc que tu as fait avec ton aura ?

Ne s'attendant pas à une telle réaction de la part d'un individu qu'il considérait comme particulièrement lâche, le Hacker Hunter sourit.

- Ce que je t'ai montré... Ce n'est que le sommet de l'Iceberg. Une fois que tu maîtriseras le Nen, tu y seras beaucoup moins sensible, et surtout capable d'accomplir des choses dépassant l'entendement.

Se saisissant d'une canette de soda traînant sur le bureau, il ingurgita le fond de limonade tiède qui s'y trouvait, jetant ensuite le contenant dans une corbeille à papier. Après s'être essuyé la bouche, son regard se fit plus froid.

- Seulement... Comme je te l'ai dit, c'est risqué. Si tu te loupes pour contrôler ton aura, elle t'échappera totalement et...

Il soupira.

- Et franchement... À trois heure du matin j'ai autre chose à foutre que d'enterrer tes restes dehors.

Risqué, le mot était faible, c'était suicidaire. Mais l'idée de maîtriser une pareille force faisait encore frémir l'hirsute, pas de peur, mais d'excitation. Avec le Nen, sans doute pourrait-il tenir tête à des monstres de puissance comme Sam.

- Dis-voir. C'était pas toi qui recherchait un exemplaire de G.I ? De ce que je sais, il faut le Nen pour entrer dans le jeu, donc à un moment ou un autre il f....

- T'emmerde pas à essayer de me convaincre, j'en suis.

Prêt à sacrifier sa vie de manière irrationnelle pour maîtriser ce Nen dont il venait seulement d'entendre parler, Leji était en voie de devenir un Hunter à part entière, se conformant au deuxième commandement de la charte de l'organisation.
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Ven 19 Aoû - 10:06
Tout scientifique devait apprendre de ses erreurs. Les chercheurs les plus prolifiques en venaient à cumuler des centaines si ce n'est des milliers d'échecs avant de trouver une recette miracle. Le secret consistait en la capacité à ne pas se décourager. Certes, Manil avait échoué lors de sa première expérimentation, mais il ne comptait pas baisser les bras.

- Tant pis, faudra que je retente à l'occasion.

L'occasion ne risquait pas de se représenter de sitôt. Qui d'autre aurait la bêtise de s'amener à lui pour lui servir de cobaye sans condition ? Peut-être était-ce la première et dernière fois qu'il tentait d'ouvrir les shôkos pour initier au Nen. D'ailleurs, le Hacker Hunter, accroupi devant ce qui fut, l'espace d'un instant, son élève, relativisa rapidement son échec.
Après tout, il était parvenu à ouvrir les shôkos de Lejinoss du premier coup, la part de responsabilité dans l'échec tenait à l'hirsute et à personne d'autre. C'était sa faute, et uniquement la sienne s'il gisait sur le sol.

Tout avait pourtant bien commencé, assis sur une chaise branlante, ayant enlevé sa chemise comme pour aller chez le médecin, Leji, en marcel présentait son dos à Manil. Ce dernier n'avait ni vu ni entendu quoi que ce soit relatif à l'ouverture forcée des shôkos, il se lançait donc dans l'inconnu le plus total, ce qui était le propre du Hunter.
Paume posée sur le dos du futur initié au Nen, il réfléchit à comment faire s'ouvrir ces verrous vitaux qu'étaient les shôkos. S'aidant du Gyô au niveau des yeux, il cherchait à percevoir par où l'infime aura émanant du corps de l'hirsute se profilait.

- Je vois, tout ce qu'il faut c'est un peu d'émission pour ouvrir tout ça.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Ferme-là tu me déconcentres. Je discutais avec le seul interlocuteur valable dans la pièce, c'est à dire moi même.

Lejinoss prit sur lui. Il n'y avait de toute manière rien d'autre à faire, toute tentative de représailles à l'encontre du Hacker Hunter relevant du registre du suicide. Sans crier gare, Manil venait d'oeuvre. L'hirsute fut pris d'une bouffée de chaleur, comme enveloppé dans un cocon moelleux et chaud, sa vision se troubla, pire encore, il lui semblait avoir des hallucinations. Pour la première fois, il ouvrait les yeux et pouvait percevoir son aura débordante onduler et lui échapper. Jusqu'à présent, jamais Lejinoss n'avait ressenti une telle impression de puissance.

- Retiens-là crétin !

L'intonation de Manil se voulait légèrement inquiète. Pas pour Leji, bien entendu, mais pour le succès de son expérience.

- Ton aura ! Tu dois la contenir, si tu la laisses t'échapper entièrement tu y passes.

Comment pouvait-il retenir une aura dont il ne connaissait encore rien une demi heure auparavant ? Paniqué, Leji mendia les conseils. Manil avait appris le Nen d'une méthode tout à fait différente, il n'avait jamais été question pour lui de jaillissement soudain et ininterrompu de son aura, aussi, son expérience personnelle ne lui était pas d'une grande aide.
Alors, l'hirsute serra les dents, crisa ses poings, contracta chaque muscle, fit tout ce qui était en son pouvoir pour calmer l'hémorragie. Mais rien n'y faisait. L'aura relevait du psychique et non du physique, savoir la contrôler était une vue de l'esprit. Cet esprit s'estompait peu à peu. Dans un soubresaut du désespoir, Lejinoss se leva avant de tomber immédiatement sur le sol.

Manil l'observa quelques minutes avant de soupirer et de croiser les bras.

- Et merde c'est loupé.

Voilà tout ce que lui suggérait la mort d'un homme. Après s'être lamenté sur cette défaite, il fallait dorénavant envisager la manière dont disposer du corps. Aller à la morgue le déposer et brandir la licence Hunter pour ne pas avoir à se justifier était envisageable, mais il n'avait pas envie de se lancer dans une virée nocturne.
Dès lors, il saisit la dépouille de Leji d'une de ses mains puissantes puis le porta sur une de ses épaules.

- Je vais mettre ça devant la porte, les femmes de ménage se démerderont avec.

En ce bas monde, il y avait deux catégories : ceux qui assumaient leurs actes, et ceux qui avaient une fortune suffisamment conséquente pour forcer leur personnel à s'occuper des tâches les plus ingrates.

- *Keuf*... *Keuf*...

Cette toux fit stopper la marche de Manil. Sans apparaître surpris, toujours aussi indifférent, il tourna la tête en arrière, du côté où se trouvait la bobine de Leji positionné inerte sur épaule droite de son initiateur au Nen.

- M'enterre pas trop vite fils de... *keuf* *keuf*... fils de p...

Dans un léger mouvement de rotation du bassin, Manil se mis à basculer latéralement pour cogner la tête de Leji contre le mur.

- Je te préférais quand tu étais mort. Là au moins, tu avais le bon sens de fermer ta gueule.

Frottant la bosse sur son front, l'hirsute se retrouva à nouveau face contre terre et se roula mollement sur le dos, tout son corps étant engourdit par l'épreuve qu'il venait de subir. Après s'être écroulé, il était resté conscient. Ce n'est que là qu'il avait pu se concentrer. Ses forces physiques lui ayant fait défaut, seule sa cervelle demeurait fonctionnelle. C'est en réfléchissant qu'il avait pu atténuer le flux d'aura sortant pour la conserver autour de lui.
La première étape était maîtrisée.
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Lun 22 Aoû - 10:48
PAN !

Suite à la détonation qui était, sans l'ombre d'un doute, issue du canon fumant d'une arme de poing, un bruit de cavalcade se fit entendre. Manifestement, le chasseur avait raté sa proie qui s'enfonçait des les couloirs sans éclairage du dédale dans lequel elle s'était fourrée.

- Ne fais pas l'enfant je te dis !

Quand on savait qui tenait l'arme, on se doutait de l'identité de la cible mouvante. Manil avait vraisemblablement pris Leji en chasse. Nen on pas, un calibre 22 faisait amplement l'affaire quand il s'agissait de s'occuper d'individus jugés encombrant. Ça ou occuper ses Samedis soirs de manière peu conventionnelle.
Le Hacker Hunter concentra son aura au niveau de la vision, abusant allègrement du Gyô qu'il maîtrisait convenablement, il recherchait une empreinte d'aura vers laquelle diriger le canon de son arme. Rien à l'horizon. Alors, il se tourna en direction de la cage d'ascenseur, personne non plus.

- T'as survécu à l'éveil au Nen, le plus dur est derrière toi. Amène-toi je te dis qu'on en finisse avec le test.

Avec Manil, les tests ne s'arrêtaient jamais, tout du moins, pas aussi longtemps que le cobaye restait en vie. En somme, Lejinoss avait eu la mauvaise idée de ne pas expirer après qu'on ait ouvert ses shôkos. Cela faisait cinq jours qu'il avait rejoint le cercle très fermé des utilisateurs de Nen, et son initiation n'était pas de tout repos.
Celui qui l'avait formé, et qui sous certains angles pouvait être considéré comme son maître, lui avait expliqué sommairement les modalités du Nen. Notamment, il lui avait appris à faire le point : le Ten, exercice à pratiquer régulièrement. D'après ses dires, cet exercice était "comme un moyen de fluidifier l'aura pour en avoir un meilleur contrôle". À défaut d'être technique, cette explication avait un fond de vrai.

Les premiers jours, ils avaient discuté en profondeur du Nen tandis que l'hirsute pratiquait son Ten avec une rigueur qu'on ne lui connaissait pas. S'étant essayé un instant au Ren, l'émanation massive d'aura avait manqué de le faire tourner de l'oeil bien qu'elle ne dura qu'une seconde. Il lui fallait encore un peu d'entraînement avant d'être performant dans ce domaine.
Ten, Ren, Ken, Shû, Ryu, In, Zetsu, Gyô, Kô, tous les sujets y étaient passés. Tous à l'exception du plus important : le Hatsu. On avait coutume de garder le meilleur pour la fin par chez Manil, et le meilleur était plutôt gratiné.

- Et moi j'appartiens à quelle catégorie ?

Des étoiles pleins les yeux, ayant maintenant une idée du potentiel quasi illimité qu'offrait le Nen grâce au Hatsu, Lejinoss avait posé la question qui fâche. Question pourtant anodine à laquelle la réponse se formulait en général simplement, seulement, le Hacker Hunter aimait compliquer ce qui ne l'était pas.

- Il y a bien un test.... Le test du verre d'eau mais....

Devant l'hésitation de son "maître", Leji craignait le pire. Pourtant, il n'y avait rien à redouter d'une telle expérience, déclencher son Nen autour d'un verre d'eau sur lequel se trouve une feuille végétale suffisait à identifier la catégorie de Nen.

- Mais c'est un peu trop conventionnel, j'aurais bien envie de tester une autre méthode. Attends.

S'en retournant à son bureau, il fouilla dans un de ses tiroirs, affichant une moue contrariée de ne pas retrouver ses affaires. D'un geste brusque il en ressortit un Barreta calibre 22.

- Voilà. Si monsieur veut bien se donner la peine de m'accompagner.

Un verre d'eau, Lejinoss en aurait bien eu besoin, pour se rafraîchir les idées surtout. Manil avait l'air confiant, aussi, son élève lui emboîta le pas dans la cage d'ascenseur. Celui-ci descendit jusqu'à l'étage quatorze, alors, le Hacker Hunter immobilisa leur nacelle entre deux étages. Cela ne surprit pas l'hirsute un instant. Il allait enfin découvrir cet étage non répertorié.

Les portes s'ouvrirent.

Là, face à eux, seul un étage vide composé de couloirs et de pièces sombres se présentaient à eux. Seulement, du peu que Leji parvenait à discerner dans la pénombre, il lui semblait avoir remarqué des tâches dont il se doutait de la provenance. Des traces de sang parcouraient les murs gris de l'étage. L'hémoglobine semblait avoir coulé à profusion. Paniqué, l'hirsute se retourna vers Manil qui inspectait son arme tout en sifflotant. Observant le visage décomposé de son élève, puis portant son regard vers le couloir qui s'offrait à eux, il eut un léger rictus, presque innocent.

- Ça ? Une salle d'interrogatoire, et éventuellement salle de jeu quand l'envie m'en dit héhé. Tu comprends, je ne vais pas délibérément risquer de salir mon bureau quand je dois faire parler des hackers qui se prennent pour des résistants en herbe. Alors je les traîne ici, leur met une branlée qui dure parfois des heures si ce n'est des jours et....

Il s'interrompit en vérifiant le chargeur de son arme qu'il remit à sa place immédiatement. Peu souriant d'habitude, une certaine candeur semblait émaner d'un léger sourire d'apparence bienveillante.

- ... Et j'ai toujours et les renseignements que je souhaitais.

Un Hunter est autorisé à tuer, la torture représente en revanche un volet plus flou de la législation pénale incombant à l'organisation. Certains élans de cruauté gratuite pouvaient en effet justifier que des Blacklist Hunter viennent fureter leur nez dans des affaires qui ne les regardaient pas. Après tout, le comité Hunter avait une renommée internationale à préserver. Que ses membres soient constitués de génocidaires en puissance aurait pu leur ôter certains passes-droits et autres avantages financiers et diplomatiques.
Manil savait qu'il était, du fait de son travail, trop important pour être poursuivi par l'organisation, cette dernière, elle, se doutait bien des méthodes employées pour assurer la sécurité informatique internationale.

Parmi les malheureux qu'avait alpagué le Hacker Hunter, il y avait eu Leji, attaqué sur un malentendu, mais il y en avait eu des centaines d'autres. Certains d'entre eux pirataient par vice. L'argent étant un appât qui leur avait valu une torture pimentée. Mais il y avait aussi eu des résistants à certains régimes hargneux. La neutralité affichée par l'association Hunter impliquait qu'elle respectait chaque État, et ce, que ses dirigeants soient légitimes ou non.
Amateurs, voleurs, terroristes, résistants, pour Manil, cela revenait au même. Il était un Hunter, et pourchassait ses proies dont l'unique caractère qui l'intéressait tenait au fait qu'ils s'introduisaient en fraude dans des systèmes informatiques. Il ne lui en fallait pas plus, et jamais les remords ne l'avaient même effleuré à l'idée qu'il ait contribué, malgré lui, à maintenir des chefs d'État iniques en étouffant une résistance dont la cause était juste.

- Donc mon idée de test est la suivante. Je te tire dessus. Si tu es du renforcement, tu réussiras à encaisser le coup.

L'idée était en soit cohérente à défaut d'être raisonnable.

- Et si je ne suis pas du renforcement ?

Le maître resta figé un instant, pensif. Lentement, il tourna sa tête en direction de Leji qui se trouvait à côté de lui, son ton était calme et inquiétant.

- Le mieux, crois-moi, ce serait que tu sois du renforcement.

Ni une, ni deux, Lejinoss bondit de la cage d'ascenseur et s'engouffra dans la pénombre. Il avait compris ce qu'impliquait l'hypothèse où il n'appartiendrait pas au renforcement, et c'est ainsi que la chasse avait commencée.

Un nouveau tir résonna dans l'étage sombre. Manil n'avait pas aperçu sa proie, mais c'était sa manière à lui de la faire sortir des fourrées. La tactique n'eut pas l'effet escompté. Pas de bruits de pas, mais en revanche, un son attira son attention. De l'eau s'écoulait quelque part sur sa droite.
Avançant prudemment d'un pas feutré et silencieux, le Hacker Hunter parvint au fond du couloir, devant lui, les toilettes. Souriant un instant pensant que Lejinoss avait eu la bêtise d'aller se vider la vessie, il se demanda s'il ne s'agissait pas d'une diversion. Quoi de plus simple que de faire couler l'eau du robinet pour l'attirer ici tandis que la proie se dirigeait vers l'ascenseur.

- Non... On se serait forcément croisé...

D'un coup de pied violent, il enfonça une porte qui n'était même pas fermée à clé. Devant lui, avec entre les mains un verre qu'il avait chopé dans une des pièces recelant quelques objets de débarras, Leji, dans un ultime espoir l'avait rempli au robinet.

- Le test du verre d'eau, le test du verre d'eau !

Manil fit non de la tête, déterminé dans la poursuite de son test personnel. Braquant le Barreta contre le front de Leji, seul un individu appartenant au renforcement accentué et ayant derrière lui des semaines d'entraînement aurait pu en sortir sans dégâts irréversibles.
Mais le regard du maître se reporta sur le contenu du verre.

- C'est toi qui a mis cette saleté dans l'eau ?

Surpris par la question, l'hirsute regarda dans son verre, quelque peu étonné de ce qu'il y trouva. On aurait dit une bactérie visible à l'oeil nu. Quelque chose d'assez ragoûtant. Comprenant que Lejinoss ne saisissait pas non plus d'où provenait cette impureté, Manil soupira et remit le cran de sécurité de son arme qu'il rangea à l'arrière de son pantalon puis  enfonça ses lunettes sur son nez d'un coup d'index.
Ne sachant pas en quoi exactement consistait le test du verre d'eau, Leji avait fait au mieux. Ayant enclenché son Nen alors qu'il tenait le récipient dans les mains, une impureté s'était créée dans le liquide sans qu'il ne s'en rende compte.

- Bon, tu es de la matérialisation. Au fond j'aurais dû m'en douter, il n'y a que des crétins de cette catégorie pour être aussi péteux.

À son tour, l'hirsute soupira, mais de soulagement. Que n'aurait-il pas donné pour être initié au Nen par un individu plus sain d'esprit. Alors qu'ils reprenaient tous les deux la direction de l'ascenseur, Manil conservait son air grave.

- J'ai pas réussi à repérer ton aura malgré mon Gyô... Tu maîtrises le Zetsu on dirait.

Apprenant cela, enorgueilli d'une telle nouvelle, Leji fanfaronna.

- Que veux-tu, il y a ceux qui on le talent et ceux qui ne l'ont pas.

Le Hacker Hunter aurait pu se montrer agacé d'une telle réflexion mais resta tout aussi impassible.

- Ce n'est pas un cas isolé. Certains soldats avaient réussi à maîtriser le Zetsu malgré eux, c'est une question d'hygiène de vie, de volonté d'être discret. Dans ton cas, je pense qu'on pourrait dire qu'il s'agit de l'aboutissement de ta lâcheté.

Avant même que Lejinoss ne conteste, Manil poursuivit son explication.

- Tu es sûrement un type qui n'avait pas beaucoup d'amis, le dernier qu'on choisit en sport, une sorte de fantôme pour ceux qui t'entourent. Bref, un type si insignifiant que tu as fini par t'effacer malgré toi au point de maîtriser le Zetsu, j'ai raison ?

- Au basket j'étais un bon arrière meneur et on me choisissait dans les premiers...

Éludant la question en répondant à côté, Leji avait confirmé les dires de son maître.

- Tant mieux pour le Zetsu, on pourra aborder le Hatsu plus rapidement. Tu aurais une idée de ce que tu voudrait matérialiser ?

N'y ayant pourtant jamais réfléchi jusque là. La réponse de l'hirsute fut aussi naturelle qu'expéditive.

- Oui.
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Jeu 25 Aoû - 11:17
La paume de sa main droite était orientée vers le plafond, sa main gauche se nouait autour de son poignet droit, comme si la main qu'il maintenait au niveau de son visage était trop lourde. Le Gyô n'était pas son fort. Faire circuler l'aura vers un point précis demandait une concentration extrême, au moindre relâchement, toute cette aura se dispersait.
Cet exercice, il l'avait répété à l'envie pendant quatre jours entiers. D'après Manil qui, lassé, en était retourné à ses écrans, il fallait à présent à l'hirsute vingt secondes pour concentrer l'équivalent de vingt pour cent de son aura dans sa main droite.

Assis en tailleur à même le sol, le tout à quelques mètres du bureau où travaillait son maître, Leji avait fini par faire partie des meubles, les femmes ne ménages ne faisaient plus attention à lui. À leurs yeux, il n'était qu'une sorte de lunatique qui aimait brandir la paume droite en l'air d'un air sérieux et qui triturait à l'envie une clé USB et des disquettes.

Car l'hirsute n'en n'était pas resté au Gyô. Grillant les étapes, il avait dans l'idée de maîtriser un Hatsu en peu de temps. Manil, sans trop de conviction, lui avait plus ou moins assuré qu'il serait possible de matérialiser un objet d'une taille aussi minime que ceux qu'il avait en tête.
Toute matérialisation devait passer par le Gyô, on concentrait une quantité d'aura impressionnante afin de la condenser en un objet précis. Pour réussir à reproduire la forme d'un objet en particulier, la méthode était connue de tous les praticiens du Nen : Scruter, toucher, et même dessiner l'objet en question, qu'il devienne omniprésent dans son esprit jusqu'à pouvoir être généré naturellement.

La clé USB et la disquette étant des objets remarquablement simples à reproduire en surface, le Gyô de Lejinoss semblait s'agiter, comme perturbé avant de se contracter vers le centre de la paume levée. En sueur, serrant les dents, Leji savait que s'il venait à cligner des yeux une seule fois, l'image mentale de l'objet qu'il cherchait à bâtir à partir de son aura risquait de se disperser. L'aura prenait forme, mais ne parvenait à établir quelque chose de tangible.
Se risquant à lâcher son poignet droit, de sa main gauche, il serra non sans force la clé USB que Manil lui avait prêté. Ce métal froid, cette légèreté, cette solidité, il s'en imprégnait et la retranscrivait dans sa main droite où la réplique prenait forme.

L'aura concentrée se dispersa, éprouvé psychiquement, l'hirsute en tomba à la renverse, haletant. Malgré la perturbation qu'avait générée cette petite scène, le Hacker Hunter n'avait pas quitté ses écrans des yeux.

- Il faut te reconnaître un certain talent pour l'échec. D'habitude à force d'essayer encore et encore, un être normal serait parvenu à un résultat concluant, mais pas toi. En un sens, ça force le respect.

Sans prêter attention à cet ancien cobaye qui lui servait à présent d'élève, Manil fut légèrement surpris en entendant le génie de l'échec se mettre à ricaner entre deux reprises de souffle. Daignant enfin jeter un oeil à ce guignol orangé qui squattait son bureau, le Hacker Hunter leva un sourcil. Alors qu'il était allongé, Leji tendait un bras tremblant en l'air au bout duquel se trouvait la réplique de la clé USB qu'il avait tant cherché à reproduire.


La forme était différente que celle qu'il avait triturée pendant de longs jours. On aurait dit une simple clé, avec au bout, un anneau dans lequel il avait engouffré son index. Replaçant l'objet dans la paume de sa main, il le jeta en direction de Manil, comme pour exhiber son trophée sous le nez de son maître.
La clé n'atteignit jamais le bureau. Au fur et à mesure qu'elle s'était éloignée de son créateur, elle avait fini par se dématérialiser jusqu'à n'être plus qu'une légère dose d'aura se dispersant dans l'air.

- Ah....

Méprisant, secouant doucement la tête de droite à gauche, le maître en avait vu suffisamment et se remit à pianoter.

- La plupart des utilisateurs de la matérialisation ne se séparent jamais de leur objet. C'est plus ou moins partie intégrante de leur aura, pour certains, les objets font même partie de leur En. Avant d'en avoir une bonne maîtrise, tu ne pourras pas te séparer de ce que tu as matérialisé sans que ça ne disparaisse.

Frappant violemment une touche de son clavier, comme administrant un point final, il fit pivoter son siège en direction de Lejinoss qui peinait à se rasseoir, courbaturé qu'il était par ces efforts dont l'intensité se répercutait sur sa santé physique.

- Qui plus est, à part la surface extérieure de la clé, tu n'a rien reproduit. Si je l'avais tenue dans la main, ta clé n'aurait été qu'un bout de métal sans la moindre d'utilité.

Leji ne l'interrompit pas, sachant qu'il avait raison. Peut-être avait-il visé trop haut en tentant de matérialiser un Hatsu aussi complexe que ce qu'il appelait son "Key Data".

- L'idée comme je t'ai dit, c'est de créer une clé USB spéciale capable d'absorber les données et informations de n'importe quel support physique non biologique. Avec le Nen, c'est possible de créer quelque chose comme ça ?

Manil acquiesça.

- Alors comment je peux faire un truc pareil ?

Le Hacker Hunter croisa les bras. Ce Hatsu dont il avait entendu parler l'intéressait puisqu'il pouvait servir ses intérêts propres. Étant lui même très inapte à la matérialisation, un élève capable de combler ses lacunes était une opportunité qu'il commençait enfin à chérir. Aussi, il s'impliqua davantage dans l'entraînement de Lejinoss.

- Si tu veux que ta clé absorbe de l'information, tu dois toi même absorber de l'information. En fin de compte, un Hatsu matérialisé, de ce que j'ai déjà vu, ce n'est que plus ou moins l'extension du bonhomme qui en est à l'origine.

Cela, il le savait de source sûre, s'était déjà confronté à des praticiens du Nen de toutes spécialisations. Ceux qu'il détestait étaient de loin les utilisateurs de la matérialisation, souvent à l'origine des Hatsus les plus tortueux et vicieux.
Fouillant dans ses tiroirs, Manil partait en quête d'un nouvel objet salvateur. La dernière fois qu'il avait mis le nez dedans, il en avait sortit une arme à feu, aussi, Leji se mit à déglutir par avance.
Seulement cette fois, pas question de Barreta, un simple livre de poche corné et en mauvais état fut extrait du tiroir. Manil le jeta entre les mains tremblantes de son élève.

- "Nous nous retrouverons sous les saules".... Mais... Ma parole... Tu lis des romans à l'eau de rose !

Imperturbable, Manil ignora la remarque et reprit ses consignes.

- Ce bouquin fait à peu près deux-cents pages.

Se servant dans un paquet de chips toujours présent sur son bureau, il mâchouilla bruyamment en ayant l'air de réfléchir.

- Tu m'apprends tout ce qui y est écrit par coeur. Je te donnerai une phrase au hasard, et tu devras me dire la suite, me donner le nom du chapitre, de la page. Ta connaissance doit être encyclopédique. Aucune donnée ne doit t'échapper.

Yeux fixés sur la quatrième de couverture, l'hirsute comprenait l'intérêt d'un tel exercice pour son entraînement. Il hocha la tête et brandit légèrement le livre de poche d'un air désabusé.

- Ça m'a l'air d'une bonne idée, mais t'as rien de plus hétérosexuel comme lecture ?

Manil reprit sa symphonie sur clavier n'adressant plus son regard froid et désincarné à cet élève ingrat qu'était Lejinoss.

- Si tu patientes jusqu'à demain, je pourrais éventuellement te faire apprendre par coeur la rubrique nécrologique, seulement j'ai bien peur que tu n'y figures en première page, dans la rubrique "On dira que c'est un accident".

Leji se mit à lire frénétiquement ce roman d'amour au style particulièrement pauvre, destiné aux ménagères ayant du temps à perdre. Il fallait souffrir pour progresser, à chacun sa croix, la sienne s'appelait "Nous nous retrouverons sous les saules".
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Lun 29 Aoû - 10:16
- "Puis, Périgourdine enleva sa robe de satin et...."

- Et vas te faire foutre ! J'aurais besoin d'une thérapie après avoir lu une merde pareille. De tous les chapitres du bouquin, tu veux me faire réciter celui où elle se fait emmancher par des peintres en bâtiment !

Ce chapitre, comme les autres, il l'avait lu et relu, et encore relu jusqu'à la nausée. À croire que cela amusait son maître de le torturer de cette manière. "Nous nous retrouverons sous les saules" s'était remarquablement bien vendu en dépit de la médiocrité du style et même l'indigence de l'intrigue. Un livre écrit par une femme, pour les femmes, et qui vous dégoûtait des femmes.

Finalement, ce chapitre, Lejinoss le récita la mort dans l'âme. Cela lui avait pris du temps, mais il était parvenu à retenir la quasi totalité de "l'ouvrage". La syntaxe était si pauvre et enfantine, les figures de styles élaborées si absentes, que l'apprentissage fut bien plus aisé que l'hirsute ne l'aurait cru.
Tout en lisant, il avait pratiqué son Ten avec assiduité et trituré machinalement la clé USB et la disquette qu'il cherchait à reproduire.

La séance de récitation terminée, vînt alors le moment d'en revenir à la matérialisation de son Hatsu. Même si l'entreprise prit encore du temps, il semblait à Leji qu'il avait eu moins de mal que quelques jours auparavant.

- Maintenant mets-là dans un de mes PC pour voir si tu peux en extraire quoi que ce soit.

L'élève pris son maître au mot, cependant, le début de l'expérience ne fut pas concluante.

- Merde... Ça rentre pas dans le port USB...

Comme quoi, la clé était loin d'être identique à celle qu'il avait examinée pendant des journées entières, il s'était réapproprié inconsciemment son apparence. Cherchant à forcer le port USB, son Key Data s'enfonça soudain dans la tour de l'ordinateur comme dans une surface aquatique.

- Oh... Qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je fais ?!

Manil haussa les épaules. Si cette expérience était inédite pour l'hirsute, ce n'était pas la première fois que le Hacker Hunter observait des bizarreries occasionnées par le Nen.

- Évite de péter mon P.C, ce sera un bon début.

L'ordinateur semblait en parfait état de fonctionnement malgré le fait qu'il soit pénétré par un appareil inconnu. Leji était incapable de sortir la clé de là où il l'avait enfoncée et paniqua quelque peu.

- N'insiste pas en tirant dessus, vu le bruit que ça fait, on dirait que ça absorbe quelque chose. Patiente.

Deux, cinq, même dix minutes furent assez longues pour avoir raison de la patience de l'hirsute, cramponné à sa clé, enfoncée dans la tour telle Excalibur dans son rocher. Puis, sans violence aucune, il parvint à extraire son Hatsu qui venait de cesser de faire du bruit.

- Normalement, si les conditions que tu t'es fixées sont remplies, le reste devrait aller tout seul.

Le reste, c'était matérialiser une disquette qui restituerait toutes les informations absorbées. Pensant qu'il lui faudrait énormément de concentration pour générer pareil objet, à sa grande surprise, Lejinoss la matérialisa en quelques secondes, elle aussi n'était pas exactement fidèle à l'originale qu'il avait copiée.


Examinant l'extension de son Hatsu, il retroussa le nez. De cette disquette émanait une aura qui l'inquiétait. Cette aura, c'était pourtant la sienne.

- Et j'en fais quoi de ça ?

Imperturbable, Manil lui répondit naturellement :

- Une disquette en principe ça s'enfonce dans une fente.

Le silence qui suivit perdura pendant vingt bonnes secondes. Apprendre par coeur un livre pour ménagère, c'était une chose, s'enfoncer une disquette dans la raie, cela constituait en soi une condition que Lejinoss n'était pas disposé à remplir.

- Si la clé s'est enfoncée dans la surface de l'ordinateur sans même qu'il y ait de trou pour l'y insérer, c'est sûrement pareil pour la disquette...

Le Hacker Hunter savait tout cela, mais il voulait voir jusqu'où son élève était prêt à aller si on ne l'aiguillait pas correctement. Cet élève porta, craintif, la disquette au niveau de son front puis l'appuya contre sa peau.
Comme avec la clé, l'objet s'insérait dans une surface tangible comme si de rien n'était. Enfoncée de quelques millimètres seulement, la sensation s'avérait désagréable pour l'hirsute qui s'apprêtait à faire machine arrière. C'était sans compter Manil qui, impatient de voir des résultats, appuya violemment sur la main de Leji qui tenait la disquette pour lui enfoncer d'un coup dans le crâne.

L'aura qui émanait de son élève sembla se pétrifier un instant avant de fluctuer à nouveau normalement. Tétanisé par ce qu'il venait de ressentir, Lejinoss revînt à lui et regarda hagard le Hacker Hunter.

- Eh bien... Pirater le service informatique d'une base militaire simplement pour voir si tu pouvais avoir accès à leur système de lancement de missiles... Tu as de drôles de passes-temps.

Pour la première fois depuis qu'il avait rencontré Leji, Manil parut surpris. Ce que son élève venait de dire était entièrement vrai, dans l'unité centrale où il avait planté le Key Data figurait des rapports sur ses tentatives d'infraction dans des systèmes militaires de divers pays. Même le meilleur des hackers ayant accès à l'ordinateur n'aurait été capable de mettre la main sur pareilles données en moins d'un mois de travail.

- Finalement... T'es peut-être un élève valable...
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Ven 19 Mai - 18:26
- Ouais... ouaiiiiiis ouaiiiiiis ...! Que ? Combien ? Non, là non. Mais parce que, je vais pas payer autant pour du gardiennage, où que vous en êtes ? Tu... Tu... Me coupe pas Citüdar, vraiment ne me coupe pas ! Je disais, tu vas garder ma bagnole, je paierai un supplément, mais certainement pas un demi-million de jenis.
Comment ça quand ? Dans moins de deux semaines. Ouais ? Non je peux pas être plus précis. C'est ça. C'est çaaaaaa. À la revoyure.


Il aurait manqué de briser la coque de son téléphone en raccrochant. Se pinçant les lèvres un instant, perdu dans quelques pensées infécondes, Leji balaya du regard ce bureau qu'il n'avait pas quitté depuis des jours. Des jours ce n'était pas une durée précise. La durée de son séjour chez Manil, à profiter de son hospitalité autant qu'à subir ses brimades, l'hirsute n'aurait su la dater correctement. Le temps, il l'avait, mais quelle quantité en avait-il gaspillé ici au juste ?

Si ce n'est quelques vagues conversations au téléphone avec ses parents, il n'avait eu aucun contact avec l'extérieur. L'entraînement avait tourné à l'ermitage. En dehors d'un Hacker Hunter, marginal parmi les marginaux et quelques femmes de ménages discrètes, Leji en prenait enfin conscience : il n'avait pas croisé une seule âme.

- Merde Manil... Depuis combien de temps je suis ici ?

- Trop longtemps.

Un constat aussi prévisible que sans appel. Comme à l'accoutumée, l'hôte en ces lieux n'accorda pas un regard à celui qui s'était imposé chez lui comme son élève autant que son cobaye. Yeux rivés sur ses écrans, lunettes au bout du nez, il jouissait sporadiquement du maigre plaisir que consistait la traque virtuelle d'ici à ce qu'elle se concrétise dans le réel, là où il pourrait entamer un autre de ses "interrogatoires".
L'hirsute, debout au milieu de la pièce, son portable toujours en main se torturait les méninges à essayer de tracer la date de son arrivée ici. C'en était devenu une obsession. Privé de la lumière du jour, occupé inlassablement à contrôler son aura jusqu'à épuisement et recommencer sans cesse à chaque réveil, il avait perdu toute notion du temps.

Acclimaté au son des ventilateurs internes des innombrables ordinateurs cloisonnant presque la pièce tant ils étaient légions, Leji ne réagit pas - toujours perdu dans ses pensées - lorsque l'imprimante inonda la quiétude de la pièce de son vrombissement strident. Ce furent pas moins de trois pages qui éructèrent par la bête mécanique, trois pages dont Manil se saisit brusquement pour enfin décoller de son fauteuil et les écraser contre le torse de son squatteur orangé.

Soudain réveillé par la brutalité d'un homme pourtant imperturbable, le principal intéressé fit ployer son cou, constatant légèrement ahuri les papiers virevoltant de sa poitrine jusqu'au sol. Courbaturé qu'il était, Leji fit néanmoins un effort en ramassant ces feuilles semblant revêtir un intérêt particulier aux yeux du Hacker Hunter qui l'hébergeait.

- "Budget chips 182 000 jenis, taux d'intérêt 11%, budget eau minérale 171 000 jenis, taux d'intérêt 8%".

Des chiffres aussi éloquents amenaient à une question essentielle :

- Qu'est-ce que c'est que cette merde ?

Encore à lire, Lejinoss se cramponnait aux papiers, manquant de les déchirer un peu plus à chaque ligne. Accompagnant cette agréable lecture de sa voix grave et monocorde, Manil accablait - achevait même - son élève qui sentait son porte-feuille s'alléger au fur et à mesure qu'il parcourait son regard sur le papier.

- Depuis que tu es là je tiens une comptabilité.

- "Mètre cube d'air respiré corrélé au prix du mètre carré et de l'inflation immobilière" ?! "Taux d'intérêt 22%" ?!

Paisible contrairement à son colocataire qui découvrait des variables financières insoupçonnées, le propriétaire des lieux s'en retournait à son siège, tapotant à nouveau frénétiquement sur le clavier. À Leji les joies de la surfacturation.

- "Tarif enseignement...." Oh nom de...

Quelques instants auparavant, il se plaignait auprès de son garagiste pour une affaire d'un demi million de yens. Une broutille, il s'en rendait compte à présent. Le simple fait de prononcer les sommes dues lui auraient écorché la langue et le supplice s'étalait sur trois pages en petits caractères.
La comptabilité étant datée, le seul avantage à cette affliction pécuniaire constituait en la possibilité de tracer la durée de son entraînement.
Cela faisait dix semaines qu'il avait été initié au Nen, depuis lors, il n'avait cessé d'y consacrer ses journées. Mais cette fois, ce n'était pas le poids de l'entraînement intensif ou l'exténuation du contrôle de l'aura qui l'avait mis à genoux, seulement quelques millions de jenis.

- C'est tout ce que j'ai sur mon compte... au jeni près.... Attends une minute...

Roulées en boule, les feuilles de la discorde furent jetées sur l'écran où Manil collait son nez. Ainsi avait été requise son attention. Conscient autant qu'agacé, le binoclard à la carrure d'athlète fit légèrement pivoter son cou, marquant ainsi le fait qu'il tendait l'oreille. Car encore une fois, il se refusait à apposer son regard à ce qui se voulait être son élève.

- T'as jeté un œil à mes comptes fumier !

- Le "fumier" est de trop.

- D'accord pardon je le retire t'énerve pas. Mais merde, c'est une arnaque !

C'était effectivement une arnaque. Une arnaque hélas légale quand on savait magner comme Manil les procédures judiciaires et financières de haute volée. Un hacker comme lui avait plusieurs cordes à son arc, cela lui facilitait la tâche lorsqu'il cherchait à affaiblir une proie, l'attaquant toujours au porte-monnaie afin de mieux la débusquer.
Cette comptabilité était avant tout une manière de rappeler à Lejinoss la nature de leur relation, que ce dernier ne se méprenne pas à le considérer comme un ami. Bien sûr, si au passage il pouvait lui nuire financièrement, cette externalité relevait d'un bonus mesquin dont il s'accommodait parfaitement.

- Paie.

L'injonction était claire. Limpide même. Si intelligible d'ailleurs que Leji ne trouva à y redire. Évidemment, il serra les dents en introduisant sa carte bancaire et plissa les yeux en constatant le zéro absolu se manifester sur son compte, mais qu'y pouvait-il ?
Approximativement un trimestre de perfectionnement aux bases du Nen ne lui serait d'aucune aide face au Hacker Hunter qui venait de le délester. Au fond, s'il se doutait que l'écart de puissance était considérable, l'ayant déjà expérimenté durant leur première rencontre. L'hirsute n'avait d'ailleurs pas d'idée précise sur l'étendue du pouvoir concret sommeillant derrière la trop timide aura de son précepteur.

- Même pas un au revoir ?

Avait demandé Leji alors que les portes de l'ascenseur se refermaient. Sans user de violence ou de menace, Manil venait en réalité de le foutre à la porte sans sommation. Ce parasite venu envahir son espace vital lui avait pompé l'air depuis trop longtemps. C'était en tout cas la version officielle qu'il avait à fournir.
De son En, il le sentit partir, s'éloigner alors que la cage d'ascenseur fusait vers le rez-de-chaussée. Il était parti.

Alors, lui qui avait improvisé son rôle de maître pris une profonde inspiration et leva son nez de l'écran, ne manquant pas de remettre ses lunettes en place. Doté d'un visage habituellement sévère, ce dernier prenait des teintes hargneuse tandis qu'il réfléchissait, se perdant dans les méandres de pensées peu reluisantes.

- Pourquoi cette faculté en particulier ?






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